Bordeaux, night on(e) (ep. 1/3)

En avril 2009, visite chez l’ami Gaël, exilé en terre bordelaise. En mode gonzo-blogging.

Bordeaux, terre des Montaigne, Planus, Jurietti, et autres Medoc, me voilà enfin.

(source : Google image, requête "Bordeaux")

(source : Google image, requête « Bordeaux »)

Chatoyante ville du sud ouest (m’en fous si c’est pas dans le sud ouest, j’ai pas fait géographie 2e langue moi, contrairement à d’autres), je te découvre enfin. En terre d’accueil du ballon rond reclue en Ovalie, tu m’accueilles d’une chatoyante pluie, métaphore bruinée des liens quasi-littoraux et atlantiques qui se tissent de Lorient (et Christian Gourcuff, le père) à toi (Yoann, le fils).
Y’a quand même des fois où la généalogie, on aimerait bien qu’elle arrête de tapiner vers la météo parce que bon, le temps pourri, on aimerait bien passer à autre chose. A moins que ce ne soit que la vengeance de Vannes après le match de samedi dernier.

Mais la pluie est mon alliée, tu ne m’auras pas comme ça.

Arrivée par les bords de la Garonne, la ville (le centre-ville, merci Gaël pour la nuance) est plutôt bien mise en valeur. Gaël m’invite à pénétrer le cercle de la caste gauchisante et inadaptée des intermittents du spectacle locale (locale au féminin, passque c’est la caste, qui est locale, vous m’aurez pas sur les accords).

L’intermittent, donc, quand il ne travaille pas (soit plus souvent qu’on pense) et quand il ne voyage pas (id.), fait des travaux chez lui ou boit des bières dans les nombreux bars de la ville. Sa connaissance des bars du cru se justifie par une forte démarche militante vers le bio et tout ce qui est à base de plantes sous toutes ses formes, houblon compris. Le bio et le houblon n’étant pas à la portée de toutes les bourses, il préfère rester discret en opérant une ronde savamment étudiée de tous les établissements de nuits en multipliant les comptoirs. Ainsi, il n’apparait jamais comme un habitué et peut donc sans nuire à sa réputation collectionner les pintes vides. Et puis aussi parce qu’expliquer à tout le monde en quoi consiste son boulot d’intermittent, au bout d’un moment en face de quelqu’un qui ne comprend rien, ça donne soif.
L’intermittent du spectacle est toujours propriétaire et fait toujours des travaux chez lui. A Bordeaux en tout cas. Et se demande bien à quoi correspond ce tiers prévisionnel des impôts qu’il a reçu, mais on peut pas tout savoir non plus, même pour un intermittent.
Lorsqu’il travaille, l’intermittent fait des grosses journées et ne sait plus faire la différence entre le jour et la nuit, novembre ou mai, le Jeudi de l’Ascension ou la Fête du Maréchal Pétain. Son horloge biologique le rend donc inapte – bien que très facile à vivre – à toute communion sociale reconnue (1/3 des intermittents n’y connaissent rien au foot, 20% oublient même de manger le soir si personne ne le leur rappelle) et rend plus difficile un rapprochement durable avec un membre femelle de la même espèce (80%). Du coup, désorienté, l’intermittent du spectacle retrouve jusqu’à très tard le soir d’autres intermittents du spectacle. Ainsi, il peut se changer les idées avec du houblon ou de la locale, dans son grand appart ou dans l’un des bars des environs.

Gaël est un intermittent encore plus intelligent que les autres : il n’est pas très manuel, mais a déjà manœuvré pour que ses amis intermittents viennent faire les travaux chez lui dans son futur appart. C’est pour ça que c’est mon pote, Gaël : pourquoi se fatiguer quand d’autres peuvent travailler à notre place ?

A Bordeaux, apparemment il se passe des trucs au niveau culturel. Mais par modestie (Juppé n’est pas maire de la ville pour rien), Bordeaux reste très discret sur ce qui s’organise ici. Par peur du m’as-tu-vu, par humilité, les structures communiquent tardivement sur les événements organisés, afin de ne pas trop froisser les nombreux viticulteurs du coin très occupés à faire vivre et découvrir leurs cépages aux palais curieux. Comme ça aussi les gens n’encombrent pas trop le très beau centre-ville avec leurs voitures même s’il y a plein de places au parking des berges de la Garonne, qui en euros girondins coûte à peu près aussi cher qu’en euro-lyonnais. Bordeaux est séparé en deux par la Garonne, mais si on traverse le pont en face du centre-ville, il n’y a pas grand chose à voir, à faire, et c’est une zone habitée par des zombies ou des pauvres, je sais plus. Dans le centre-ville, des rues pavées et des habitations avec beaucoup de cachet. Et ces bâtisses qui de l’extérieur pourraient confirmer une image un peu bourgeoises sont aménagées de manière à pourtant favoriser le lien social : de par les cours intérieures, très belles, ainsi que par des murs peu épais qui permettent de participer par la pensée aux activités reproductrices du voisin de palier. Ça crée des liens, forcément, le dimanche matin quand tout ce petit monde se retrouve à la boulangerie.

Il n’y a pas de métro comme dans les villes de gauche, mais par contre un tramway de droite circule dans la ville.

Demain, Marché des Capucins, ballade au centre-ville et sur les berges, aménagées comme à Lyon mais en moins bien, rapport à Juppé qui ne froisserait pour rien au monde son homologue lyonnais, cf. plus haut.

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