Le Temps qu’il reste (jusqu’ici tout va mal)

Sept ans après Intervention Divine, Elia Suleiman frappait un grand coup à Cannes avec Le Temps qu’il reste, qui sort ce mois-ci. Un nouveau film biographique, mais pas que…

 

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Fuad, le père d’Elia Suleiman, est très actif sur le front de la résistance contre l’invasion israélienne en 1948. Il tombe malade après l’institution de l’état israélien. Rupture dans le film. De la reconstitution de la vaine résistance face à l’envahisseur israélien on part sur la peinture de la cellule familiale d’Elia Suleiman, né en 1960. Et de leur vie dans un univers où les Palestiniens se résignent à la défaite, vivant dans un monde qui ne reconnaît pas leur culture, dans lequel ils n’ont plus de repères. Le mode de vie israélien est imposé à tous, la propagande à l’œuvre au quotidien. On y pleure partout le décès de Nasser dont l’Egypte est le seul pays arabe à avoir reconnu l’existence d’Israël – sauf le petit Suleiman, que son instituteur tente désespérément de raisonner un enfant aux diatribes anti-américaines bien discordantes pour l’ordre établi. Le quotidien dans les territoires occupés a rendu banale la présence de l‘armée, sa surveillance et son harcèlement permanent, et la construction récente du mur de Jérusalem ne suscite pas de réaction… Les motifs symétriques, esthétique très présente chez Elia Suleiman, sont utilisés à l’excès, comme une saturation de cet ordre imposé à la communauté palestinienne, voguant entre résignation au quotidien et refuge vers l’irréel (la télévision, notamment), voire la folie. Son père malade, Elia Suleiman reprendra-t-il le flambeau de la lutte ? Non, tout le long de son enfance, il observera, fasciné mais à distance, les amorces d’émeutes contestataires contre l’armée, mini-intifadas où les pierres font face aux fusils et aux tanks.

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En rendant ainsi hommage à son père, Elia Suleiman fait état de plus de six décennies d’une population palestinienne dépossédée de ses terres, de sa culture, obligée de s’exiler parfois. De politique, le film glisse progressivement vers l’émotion de la vie de cette famille, portée par le regard poétique du réalisateur dont le sens de l’absurde fait mouche pour dénoncer la culture israélienne imposée à tous, et les moyens gigantesques utilisés par l’autorité pour contenir une communauté palestinienne rendue déjà bien inoffensive.

 

Combien de temps il reste, avant la fin des tensions ?

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