MAMMUTH : et seuls les fous survivront

Quatrième road movie pour le duo Delepine/Kervern, Mammuth passe du propos social et politique (la recherche de « papelards » de retraite) à la quête de soi et la libération du poids du passé, la conquête de l’amour libérateur s’il est envisagé comme absolu. Avec un Depardieu bouleversant, dès les premières images, et dans le ton de l’univers des réalisateurs.

2010-04-mammuth_aff
Premierplan du film : des morceaux de viande dans une chambre froide. Métaphore des travailleurs dont la vie active ne garde cyniquement que les meilleurs morceaux, se débarrassant des restes après usage. Le sort des retraités (et des vieux, par extension), ici, délaissés. Le ton est donné.

« les vrais films politiques sont des films sur la vie » G. Depardieu

Depardieu campe Serge Pilardosse/Mammouth, un équarisseur fraîchement à la retraite amené à rassembler les pièces manquantes du puzzle de sa vie administrative (des fiches de salaire manquantes pour pouvoir prétendre à une retraite à taux plein) et sentimentale (son premier amour de jeunesse fauché en plein vol lors d’un accident de moto alors qu’il était au volant). Un puzzle initialement cadeau de ses collègues lors du terrifiant pot de départ du début du film.

Serge part à la recherche de ses anciens employeurs et déchante de la réalité du monde (unjeune barman d’un bar où il fut videur trente années avant qui l’envoie promptement balader, un ancien vigneron qui l’informe qu’il ne l’a jamais déclaré car il était « trop con ») et du temps passé (une guinguette de campagne abandonnée où résonne encore l’ambiance passée, un ancien patron grabataire en maison de retraite dont il n’y aura rien à tirer). Un monde qui n’a plus rien d’humain, en somme.

Pour son périple, Serge/Mammout ressort sa moto et fait ressurgir le fantôme ensaglanté de son premier amour, fou et absolu, incarné par Isabelle Adjani, éternelle icône du cinéma français. La présence massive de Depardieu se découvre à l’art brut (concept inventé en 1945 par Jean Dubuffet qui désigne les productions de personnes indemnes de culture artistique, prolongement de l’art des fous mis en lumière au début des années 20). Miss Ming, artiste brute autiste fascinante et déjà aperçue dans Louise-Michel, joue sa nièce Solange qui l’initie à la douceur d’être. Etre soi, pleinement. Ce sera une première libération, les autres suivront.

Fini de subir les cons, soi. Mammuth peut enfin aspirer à être lui aussi un fou. Un fou d’amour.

2010-04-mammuth

MAMMUTH
Réalisé par Gustave Kervern, Benoît Delépine. 1h32
avec G. Depardieu, I. Adjani, Miss Ming, Y. Moreau

 

A lire : portrait de Miss Ming dans Libération (20/04/2010)

Publicités

Une réflexion sur “MAMMUTH : et seuls les fous survivront

  1. Pingback: Menu gastronomique (oct-nov 2010) | toniolibero

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s