8e Biennale Internationale du Design (St-Etienne) : quand le web 2 et le web 3 s’invitent

On a vu dans un billet précédent les geekeries proposées dans le cadre de la 8e Biennale Internationale du Design à St-Etienne, passons maintenant à un focus sur trois objets-happenings liés au web 2 (Facebook et Twitter, plus précisément) : le cintre C&A connecté à Facebook, puis le murmur study, imprimante géante à tweets, et enfin la performance de Twittercore, un karaoké grindcore basé lui aussi sur Twitter.

A noter que ces trois occurrences se trouvent dans des parties de la Biennale très borderline avec l’art contemporain, confirmant que ses frontières avec le design sont à mon sens parfois plus que floues.

– le cintre C&A-Facebook : les copains de Presse-Citron en ont déjà parlé il y a quelques temps, là on a pu l’admirer car on ne le trouve qu’au Brésil. Un cintre, donc, avec un compteur de « like » qui annonce le taux de satisfaction des Facebookiens sur le vêtement concerné. Et cette problématique très arty : « je veux m’habiller pour être unique et beau, donc dois-je choisir cette veste likée par des centaines de personnes, soit autant de porteurs de la même veste que moi ? Dois-je choisir d’être unique dans mon image de moi ou me dire que j’appartiens à une communauté qui partage mes goûts et dont le signe d’appartenance sera le port de cette veste ? » Expression personnelle et intime au cœur d’un espace numérique ouvert à tous vents, on est en plein dans la problématique des questions sur les relations entre réseaux sociaux et individu.

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murmur study, installation de Christopher Baker (2009) : le panneau de présentation nous informe que « cette cascade de tweets pose la question de l’archivage du réseau. Comment conserver le flot numérique ? Que faut-il en retenir ? Que faut-il oublier ? ». Basées sur des mots-clés spécifiques (de type « argh », « meh », « grrrr », « oooo », « ewww » et « hmph »), les requêtes crachent du tweet à l’infini (et en fin de Biennale, va y a voir une montagne de papier, aussi). L’auteur veut aussi souligner que cette overdose d’expressions très personnelles, intimes, et pourtant exposées à la face du monde de manière publique devrait nous inciter à réfléchir au contenu de nos timelines. Si le numérique s’archive, tout est-il à sauvegarder… A noter que vu que chez les artistes rien ne se perd, les rouleaux de papier thermique imprimés sont réutilisés soit pour des projets ultérieurs, soit exposés tels quel, soit tout simplement… recyclés.

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– Twittercore, performance deStefan Schäfer (voix) et Christoph Scherbaum (guitare) : le meilleur pour la fin, la performance « Twittercore » de l’Allemand Stefan Schaefer (qui pour une raison qui m’échappe vit aux Pays-Bas, alors que pourtant l’Allemagne c’est génial, bref) et de son compatriote à masque d’oiseau, digne de GrrrndZero. L’idée est simple : les deux performers, masqués, donnent un concert grindcore en « chantant » des messages twittés en direct avec le hashtag #twittercore. L’oiseau bleu au micro ne sait donc pas du tout ce qu’il va chanter, ni en quelle langue, en tout cas ce sera avec une grosse voix de métalleux. Contraste donc entre le contenu des messages improvisés, l’image graphique proprette de Twitter (revisitée en un logo personnalisé), et deux acolytes qui envoient du gros son affublés de masque d’oiseaux. Chaque nouveau tweet donne un rythme spécifique que le guitariste et le chanteur suivent, rythme qui s’arrête lorsque le tweet a été chanté. Le passage d’un tweet à l’autre se fait à l’aide d’une manette de Nintendo Wii, nommée « TwiiT ». Qualifié sur la toile de « Napalm Death du social media », Twittercore inspire sa démarche volontairement grotesque de conclusions de théoriciens des médias comme Geert Lovink qui considère que les propos tenus sur les réseaux sociaux sont souvent positifs – ou surtout overpositivés – et ne reflètent pas forcément l’état d’esprit réel de la personne qui s’exprime et qui se conforme aux codes formels des plateformes de réseaux sociaux.

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Murmur Study, Twittercore : deux projets qui auraient tout autant leur place dans un événement d’art contemporain. Mais quand on sait que de nombreux designers mènent en parallèle des projets artistiques (comme on retrouve aussi beaucoup de graphistes dans le street art), on se dit que tout débat sur « c’est du design ou de l’art contempo » est un peu vain, tant les deux univers se nourrissent conjointement les uns et les autres. Et tant mieux, n’en déplaise aux gardiens de chapelles !

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