Musées, osez la photo (et les blogueurs) !

Quiconque s’est déjà rendu dans un musée a eu envie de prendre en photo une œuvre. Pour en garder un souvenir, pour la montrer à son entourage, pour écrire un papier dessus, etc. Mais la politique des musées sur le sujet fait le grand écart selon les lieux : de l’interdiction totale à l’autorisation sans contrainte, en passant par l’agrément limitée à un usage personnel, ou par un surcoût au billet d’entrée. Et d’expérience, on constate une politique plutôt restrictive quand on se ballade avec un Reflex, alors que l’usage du smartphone est démocratisé et beaucoup plus toléré. Ou plus discrètement utilisé. Bref, un flou artistique sur le sujet.

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A l’heure du règne numérique et faisant fi de toute question de droits d’image des artistes sur les œuvres, voici trois raisons pour lesquelles le public devrait pouvoir photographier librement (et sans flash) les productions artistiques qu’il est venu voir :

– parce qu’un musée qui bénéficie de dotations publiques doit le rendre, en quelque sorte, à ses visiteurs. C’est l’argent des contribuables qui a permis d’acquérir telle œuvre ou de monter telle exposition, il ne semble pas illogique qu’en retour le public puisse garder, sous forme photographique, sa part de l’œuvre.

– parce que l’œuvreva être partagée par le visiteur avec son entourage sous différentes formes : compte FacebookTwitter, Tumblr, Flickr, fond d’écran à la maison ou au travail… Le visiteur devient ainsi un ambassadeur de l’événement du musée. Et les audaces photographiques de certains serviront autant le lieu que l’œuvre concernée, notamment car les réseaux sociaux sont des relais d’information efficaces mais aussi réactifs. Et des études récentes montrent qu’une image ou photo postée sur Facebook suscite plus de commentaires qu’un simple statut écrit (donc du genre « je suis au Musée d’Art Contemporain »). Et encore plus dans le domaine de l’art : une photo de sculpture bizarroïde va beaucoup plus attirer l’attention et les réactions qu’une énième photo de chat.

Pour preuve, lors de concours un peu originaux lancés par les structures culturelles présentes sur les réseaux sociaux (du petit ciné de quartier au CDN) avec leurs communautés, le succès est très souvent au rendez-vous. Mais cela nécessite que les enjeux du web 2 soient compris et intégrés dans la stratégie de communication de la structure, et qu’elle dispose de Community Managers formés (non, un stagiaire N’EST PAS toujours la solution).

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– parce qu’en terme de communication, le bouche-à-oreille fait des miracles sur la fréquentation. À l’heure où le numérique prend le pas sur les médias traditionnels, les articles spécialisés de la presse écrite ne sont plus les seuls prescripteurs, et certaines grandes marques ou institutions commencent à intégrer les blogueurs dans leurs stratégies RP. Ils sont peut-être parfois moins spécialisés, mais touchent une audience qui au départ n’est pas toujours la cible des journalistes habituellement concernés, ou qui ne s’informe pas par les réseaux d’information traditionnels. Élargir cette audience via ces nouveaux acteurs du web que sont les blogueurs est donc un bon calcul, et cette ouverture à des rédacteurs parfois non professionnels peut aussi apporter un bénéfice d’image sans réel surcoût, axé sur la proximité et la simplicité. Les blogueurs étant souvent des communicants expérimentés, la viralité qu’ils pousseront fera le reste.

Le blogueur écrit/photographie d’abord par passion, et s’il retire rarement des bénéfices financiers de son blog, cette absence de rémunération est le prix de sa liberté de plume quand un journaliste craindra peut-être qu’un papier négatif remette en cause les achats d’espaces publicitaires dans son journal. Il est donc important pour les structures d’identifier les leaders d’opinion (généralistes et spécialisés) afin d’établir un dialogue qui sur le long terme profitera aux deux parties. Et parce qu’il aime bien tout faire (le blogueur est un artisan), il préférera souvent réaliser lui-même ses clichés d’illustrations plutôt qu’avoir recours aux photos de presse. Les musées ont donc tout intérêt à lui faciliter la tâche et lui faire confiance pour l’iconographie de ses papiers.

En cas de bad buzz à gérer, les blogs peuvent aussi être un support supplémentaire pour faire passer un argumentaire de défense plus rapidement mis en ligne : publier une page sur un blog est moins contraignant que de bouleverser la mise en page d’un journal, journal qui sera publié au mieux le lendemain et oublié le surlendemain, etc.

Encore une fois, le blogueur écrit pour le plaisir, son but n’est pas d’être négativement critique mais de faire partager à son audience ses coups de cœur. D’où des papiers souvent positifs sur les blogs : ce que l’on a moins aimé, on n’en parle pas, tout simplement.

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A partir du simple sujet de l’autorisation de photographier, cette proximité que le musée aura réussi à instaurer avec son public et ses relais médias ne peut lui être que bénéfique sur le long terme, en fréquentation, en image de marque et en relations presse. Par la photo, les œuvres rentrent chez les gens, un lien affectif est créé entre le visiteur et le musée, et ce lien favorisera un rapport moins solennel avec le lieu-musée démythifié, avec l’œuvre d’art devenue accessible. Un rapport plus horizontal dans lequel le musée a tout à gagner.

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2 réflexions sur “Musées, osez la photo (et les blogueurs) !

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