MAC LYON : Firman et Droguet, (ré)création avant les vacances

A quoi sert l’art contemporain ? Eternelle question, que l’on peut faire déborder sur de nombreux domaines artistiques. En amateur non spécialisé, j’y vois un espace de proposition poétique apte à susciter des images et des envies. A priori moins politique que Ben ou Kader Attia peuvent l’être, les œuvres exposées au Musée d’Art Contemporain de Lyon de Daniel Firman (« La matière grise », 2e et 3e étage) et de Philippe Droguet (« Blow up », 1e étage) en sont une très bonne illustration à travers l’occupation de l’espace physique et sonore, et d’un travail sur les matières. Si ces usages sont partagés par de nombreux autres artistes, le résultat est toutefois de très bonne facture (et accessible à tous âges, bonne nouvelle pour l’occupation de nos progénitures en ces temps de météo capricieuse). À condition de bien lire les notices mises à disposition dans le musée. Petit best of.

Daniel Firman, né en 1966 à Bron, a conçu la scénographie sur les deux étages alloués en utilisant les capacités du MAC, à savoir un plateau sur lequel il a pu organiser l’enchaînement et le volume des pièces, optimisant la mise en valeur de la sélection des œuvres présentes (majoritairement des sculptures).

Si ce n’est pas la première œuvre qui se présente à nous, l’éléphant en lévitation « Nasutamanus » est sans conteste LE clou de cette expo. Défiant les lois de la gravité, l’éléphant n’est en contact avec le mur que par sa trompe, et joue sur l’effet d’apesanteur du pachyderme présenté dos au sol. Effet de fascination garanti, à haute valeur poétique ajoutée. Idée bête comme tout, mais très efficace.

2013-06-nasutamanus

Les autres œuvres n’en sont pas moins dénuées d’intérêt, même si elles sont moins marquantes :

ainsi l’installation « Rotomatic », une imposante lessiveuse industrielle mise en abyme dans une vitrine rectangulaire, elle-même répondant au cubisme de la pièce qui l’accueille. Prenant au pied de la lettre l’expression « faire tourner une lessive », l’idée aussi toute bête est de faire des cycles à cette machine à laver, à ceci près que ce n’est pas le tambour de cette machine qui tourne, mais la machine elle-même à la vitesse des cycles traditionnels (attention, migraine ophtalmique lors de la phase essorage, rendue fascinante par la masse de l’objet).

On retrouve ce principe de mise en abyme dans l’espace avec « Je tourne autour de la terre entre ciel et bakélite », où six sculptures ont été modelées par l’artiste grâce à un procédé mécanique le faisant tourner autour des sculptures. Un atelier poterie inversé, où ce n’est plus la poterie qui tourne sur elle-même pour être façonnée, mais l’artiste qui tourne autour d’elle. La pièce circulaire rappelle ce mouvement, que les visiteurs reproduisent à leur tour.

2013-06-terre-ciel-bakelite

S’ensuivent deux ateliers danse se faisant écho autant qu’ils se complètent : dans un premier temps, pour « Géographie Lyon » on longe l’espace clos qui sert d’espace chorégraphique aux danseurs de la compagnie « les gens d’Uterpan » dont on ne fera qu’entendre sans la voir l’esthétique des pas. On est donc forcé d’imaginer cette chorégraphie qui se déroule à quelques centimètres de nous derrière la cloison opaque, de manière autant frustrante que libératrice de nos projections.

Avec « Duo », la pièce suivante nous donne en contraste des corps moulés de danseurs, remarquables de réalisme dans une pose chorégraphique conçue en cadavre exquis. Des corps, donc, mais là non plus pas de mouvement. Et si on entend encore les pas de « Géographie Lyon » résonner à côté, c’est encore à nous de faire œuvre d’imagination pour voir s’animer ces danseurs. Un enchaînement plutôt malin.

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Autre moulage, « Christine », corps immortalisé de la responsable d’équipe du MAC (comprendre : l’équipe des surveillants qui passent des heures assis à stresser à chaque entrée d’enfants dont la témérité est inversement proportionnelle à la solidité de certaines œuvres). La chef des surveillants, donc, mais qui fait face au mur, nous tournant le dos. Petit coup de cœur, donc, car il fait écho à une vieille série de photos de gardiens de musée que j’avais faite à Paris.

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A l’étage, petit coup de cœur pour « Cube », œuvre de formes géométriques en néons (néons qu’on retrouve sous divers usages à plusieurs reprises chez Firman) ainsi qu’aux guitares tournoyantes du « Drone project », variation sonore expérimentale hypnotisante. Et terminer sur « Luxman », où un tourne-disque tourne sur lui-même (sur le même principe que « Rotomatic », mais version beaucoup plus transportable), un verre de Vedett trônant immobile malgré le mouvement dudit tourne-disque. Et la Vedett, c’est bon.

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Si je vous ai d’abord présenté quelques-unes des œuvres de Firman, c’est parce que je vous conseille de finir par Philippe Droguet au 1e étage. Là, le processus de fabrication importe peu, c’est le résultat qui compte dans son baroque et sucré « Blow up », avec ses dangereusement esthétiques baignoires à clous (« cadeau ») ou encore ses « battes », des chaussettes bariolées remplies de plâtre qui m’ont fait penser à un hybride de prothèses de jambes, de battes de base-ball ou de quilles (rayer la mention inutile). D’autres œuvres parfois sensuelles, sinon ambiguës dans leur texture apparemment douce mais qui peut se révéler bien plus piégeuse vous feront regretter de ne pas être cet enfant – le dixième en une heure – que le gardien vient de sermonner car il s’était mis en tête de toucher ces petits clous rabotés pourtant bien séduisants de prime abord. Car l’envie d’y laisser traîner quelques doigts ne manquera pas de vous traverser l’esprit à vous aussi…

2013-06-bidet

2013-06-battes

Daniel Firman, « La matière grise »

Philippe Droguet, « Blow up »

jusqu’au 21 juillet 2013 au MAC Lyon

(et c’est encore plus intéressant en mode visite guidée, sachez-le)

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