Médias : RhôneAlpes Images lance sa webtélé (pas que) locale

Le jeudi 26 septembre, Jean-Jack Queyranne (Président du Conseil régional Rhône-Alpes) et Hervé Saulignac (vice-président de Rhône-Alpes Tourisme) ont officiellement lancé Rhône-Alpes TV . Annoncée comme une télé 2.0, cette webTV avec un bouquet de chaînes thématiques (dont de la VOD) propose des innovations intéressantes autant qu’il soulève quelques questions liées justement à ce choix du Web 2.0. Visite du propriétaire.

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La vidéo sur le web : contexte

Déjà, on va rappeler une chose : Youtube est le 2e réseau social mondial derrière Facebook en terme de fréquentation (plus d’un milliard de visiteurs uniques par mois, et le 3e site le plus visité au monde). Et on ne parle pas de Dailymotion et autres. Tout ça pour dire que la vidéo est l’avenir du web, pour beaucoup. Et facilité dorénavant par l’arrivée de la 4G (mobile) et de la fibre (chez soi). Ce n’est donc pas pour rien que ce secteur attire de nombreux acteurs de la web-économie (tout en créant des besoins de plus en plus conséquents, notamment au niveau de la taille des serveurs de stockage).1

À l’origine : le contenu

Le contenu, ce sont des films, des documentaires, des archives, des captations, des événements sportifs fournis par de nombreux partenaires : des archives (l’INA a mis au pot une centaine de documents), des films (Rhône-Alpes Cinéma, Folimages, etc.) ou des docus et reportages (Cocotte Minute Prod, TV8 Mont-Blanc, TLM, Télé Grenoble, JPL Prod, etc.). Ces partenariats sont en partie payant, avec une convention de 20 000€/an pour pouvoir utiliser un catalogue. S’ajoutent à ces contenus variés des commandes dont les droits sont détenus par la Région.

Le financement

Le site n’intègre pas de publicités (mais les CGU s’en réservent la possibilité). Rhône-Alpes Tourisme a indiqué que le budget de cette plateforme a été de 200 000€ : la moitié pour l’intégration technique aux plateformes vidéo BrightCove, l’autre allouée au travail de design et de gestion du projet par NovaStream, société qui avait emporté l’appel d’offre.

La plateforme, première du genre pour la promotion du local, intéresse d’autres régions. Le concept pourrait donc être proposé sur d’autres territoires, voire au national sur un angle « La France des régions ».

Jean-Jack Queyranne (Président du Conseil régional Rhône-Alpes) et Hervé Saulignac (vice-président de Rhône-Alpes Tourisme) ont officiellement lancé Rhône-Alpes TV http://www.rhonealpes.tv/

Jean-Jack Queyranne (Président du Conseil régional Rhône-Alpes) et Hervé Saulignac (vice-président de Rhône-Alpes Tourisme) ont officiellement lancé Rhône-Alpes TV http://www.rhonealpes.tv/

Un bouquet de chaînes bien garni

Rhône-Alpes TV, c’est un bouquet de chaînes assez variées. Pour le versant télé traditionnel, on dispose de canaux dédiés :

  • RA-TV Première qui reprend « le meilleur » du contenu proposé
  • RA-TV Culture avec une programmation de captations de spectacles de festivals ou structures culturelles, archives de l’INA, etc.
  • RA-TV Voyage ou comment découvrir la région Rhône-Alpes en images en mode virée touristique
  • RA-TV Sport pour souffrir dans son canapé face aux marathons régionaux, Foulée Blanche, outdoor…
  • RA-TV Saveurs qui, vous vous en doutez, va parler gastronomie
  • RA-TV Montagne dédié à la découverte des massifs du coin, avec des marmottes et des compets sportives aussi
  • RA-TV Discover la chaîne qui attise ma curiosité : disponible en allemand, italien et anglais, les programmes – sous-titrés en français – sont des sujets sur la région produits par des chaînes étrangères. un regard extérieur, donc
  • RA-TV VOD qui comme son nom l’indique, est une chaîne d’achat de programmes tels que les films co-produits en région, les docus, etc. En rétribution, sont annoncés 80 % des recettes au producteur et 20 % à RATV. Étude en cours pour que les possesseurs de la carte lycéens M’RA puissent y avoir accès gratuitement
  • ViaRhôna TV sera consacrée au fleuve du Rhône et ses rives, pour ne plus se limiter aux ballades sur les berges lyonnaises

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la télé 2.0, elle est où ?

l’approche 2.0 se fait sous plusieurs axes :

  • des chaînes spécifiques :
    • TV Bienvenue chez vous : vous avez envie de faire découvrir un coin, une activité ? Une équipe vient filmer tout ça avec du vous dedans, et les spectateurs votent pour le sujet le plus sympa. Principe d’ambassadeurs de la région.
    • TV Créative : là on est dans le dur du 2.0 : il s’agit ni plus ni moins d’un espace communautaire d’hébergement de vidéos réalisées par les internautes et qui les postent eux-même (en plus d’une pré-sélection faite par l’équipe de Rhône-Alpes TV). Le dossier de presse incite à orienter les vidéos vers « les clips, reportages ou œuvres numériques », quelque soit le support de réalisation (on espère que ça ne piquera pas trop les yeux). Les vidéos ne doivent pas peser plus de 2 Go. La proposition de films peut se faire aussi sur les autres chaînes thématiques, mais ces propositions ne seront pas publiées avant d’être visionnées par les modérateurs.
  • Partage : possibilité de partage des pages sur les réseaux sociaux, rien de neuf de ce côté-là, c’est démocratisé
  • Mobilité : la webTV est disponible évidemment sur internet mais aussi en version mobile et tablettes. Un espace GoogleTV a aussi été créé pour l’occasion. A aussi été pris en compte l’équipement futur des foyers en télévisions connectées.
  • Géolocalisation : là, on a LA bonne idée du projet. Un sujet vous intéresse, un lieu vous a tapé dans l’oeil dans le docu sur les bouquetins centenaires ? Hop, en un clic le repaire des bestioles s’affiche sur une map, et vous avez donc les coordonnées de la destination de votre prochaine randonnée. Ça marche aussi dans l’autre sens. Vous débarquez dans un lieu dont vous ne connaissez rien ? Un coup de géolocalisation, et Rhône-Alpes TV vous propose de visionner les vidéos qui ont été tournées à proximité. Un point d’entrée assez malin, je trouve.

Et après : les questions qui se posent (et qui fâchent ?)

Le web, avenir de la télé locale ? Cette plateforme sera un bon test car le modèle des télévisions locales, souvent reléguées au fin fond des listes de chaînes proposées par les opérateurs Triple/quadruple play actuels, est loin d’être pérenne (on connaît les soucis de TLM ou de Télé Grenoble). Le web pourra-t-il contrecarrer cette tendance ? C’est un défi autant qu’un test grandeur nature, dont les résultats seront attendus autant par les médias que par les fournisseurs de contenus vidéos.

Par ailleurs, les programmes étant sur un mode d’exploitation de catalogue, cela ne crée pas forcément de débouchées pour des journalistes et techniciens locaux aux statuts de plus en plus précaires. Et un certain flou a été entretenu sur la ligne de programmation, mais la direction du projet échouant à Rhône-Alpes Tourisme, cela donne quand même une bonne indication.

Modération des vidéos : on l’a dit, l’espace Creative ne sera pas modéré a priori. Cela veut dire qu’en cas de vidéo inadéquate, les alertes seront lancées par les visiteurs eux-mêmes (la « police » de RA-TV n’intervenant qu’après). Si légalement l’équipe est couverte avec le statut d’hébergeur (pour un statut d’éditeur pour les autres chaînes), cela suffira-t-il à éviter les dérapages alors que le contrôle est délégué aux visiteurs du site, une audience forcément incertaine. D’autant qu’avec 4 échéances électorales à venir en deux ans, il y a un risque de vidéos de trolls politiques. À surveiller peut-être plus que prévu pour l’équipe de modérateurs ?

Rétribution des contributeurs : les vidéos déposées par la communauté peuvent être reprises dans les autres chaînes thématiques. Les CGU indiquent que l’internaute va « concéder, à titre gratuit et non-exclusif, à l’Editeur le droit de diffusion » à la chaîne, l’internaute se trouve ainsi dans la situation de fournir du contenu gratuitement sans rétribution, contrairement à la majorité des autres partenaires fournisseurs de contenus. Quelle valeur ajoutée aurait un internaute à poster sa vidéo ici plutôt que sur Youtube ? L’effet d’identification locale suffira-t-il à le motiver, ou multipliera-t-il les supports de diffusion dont RA-TV ne sera qu’un espace parmi d’autres ? Seule l’expérience nous en donnera la réponse.

Galaxie et satellites : le bouquet devait initialement comporter une chaîne OnlyLyon. Qui est toujours en projet, nous a-t-on dit. Mais entre les enjeux des élections municipales et régionales, ainsi que de la future métropole, on souhaite que ce retrait ne soit pas lié aux relations parfois tendues entre G. Collomb, Président du Grand-Lyon (qui gère la marque OnlyLyon) et JJ Queyranne, Président de la région et promoteur de Rhône-Alpes TV.

Du local au global : enfin, la chaîne TV Discover est accessible en allemand, anglais et italien, les documents étant sous-titrés en français. On peut déplorer que des sous-titres dans ces langues ne soient pas disponibles pour les autres chaînes, cela aurait été pourtant très utile pour les nombreux visiteurs étrangers. Et quand on sait combien la clientèle étrangère est draguée, il serait paradoxal de ne pas proposer une offre de programmes élargie disponible en sous-titres multilangue.

Au final, cette V1 de plateforme innovante paraît plutôt bien pensée. On suivra donc avec attention autant ses résultats que ses évolutions. Quel plan de communication sera mis en place ? Le risque d’un tel média est de basculer sur un mode de promotion touristique alors que le contenu initial (et le catalogue disponible) ne s’arrête pas qu’à cet aspect. D’autant que Rhône-Alpes TV entre en concurrence avec les chaînes locales dont elle utilise les productions, tout en visant une communauté plus large. Saura-t-elle trouver son public, dont les cibles sont autant les autochtones que les touristes ? On attend la réponse à ces questions avec impatience.

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Pour pousser un peu plus loin cette contextualisation : les vidéos étant plus volumineuses que du simple texte échangé lors d’un chat, cela explique que les « fournisseurs de tuyaux », propriétaires des lignes physiques, fassent un important lobbying pour des facturations se basant sur un volume défini de transfert de données numériques (cela se fait déjà finalement en téléphonie, et c’est déjà le cas pour de nombreux fournisseurs d’accès internet à l’étranger). Et cela pose la question d’un web pour tous, dont les pays en voie de développement, ou d’un web à deux vitesses divisé géographiquement, et donc inégalitaire. Mais c’est un autre débat.

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