Grrnd Zero : actu et redif (cas de force majeure)

Je vous ai déjà parlé de Grrnd Zero sur mon précédent blog, au moment de la fermeture de ses locaux à Gerland au printemps 2013. Il y était question de son avenir, notamment. Leur newsletter du 18 novembre 2013 confirmait qu’il y avait hélas des raisons d’être inquiet. Donc un billet particulier, reprenant le contenu de cette newsletter, ainsi que la rediff dudit billet daté du 29 avril 2013. Pour résumer : 15 ans que je suis à Lyon, et la problématique pour la musique locale n’a pas ou peu bougé sur toutes ces années. Et GZ n’en est qu’un symptôme parmi tant d’autres.

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1) newsletter de Grrrnd Zero du 18 novembre 2013 (extraits) :

« Comment siphonner l’enthousiasme

Y a pleins de concerts à faire dont deux GZ le 20 (Stranded Horse et Boubacar Cissokho + François Virot) et le 25 novembre (Scout Niblett + 300ma), mais comme ça se passe mal avec les pouvoirs publics, on va expliquer un peu précisément tout ça. […]

En clair nos récents échanges avec nos interlocuteurs de la Ville de Lyon n’ont rien donné de bon, puis ils ont achevé de catapulter notre inquiétude à des altitudes stratosphériques. Maintenant nous dérivons à haute vitesse dans les jetstreams de l’angoisse.

Qu’est-ce qui se passe donc chez nous ?

On est parti de Gerland en mai dernier faisant confiance à un gros projet de relogement à Vaulx-en-Velin. Un lieu appartenant au Grand Lyon, confié à nous pour 5 ans, sans loyer, car dans un très sale état et abandonné depuis plusieurs années. C’est-à-dire sans électricité, ni eau, ni chauffage, ni fenêtres, ni murs. Une grosse friche industrielle inutilisable dans l’état, où tout est à reprendre : la salle de concert doit être construite à partir de zéro, de même pour une grosse partie des activités de création (à peine 500m2 pourraient être utilisés rapidement hors permis de construire), tout doit être remis aux normes, c’est un énorme chantier.

Si nous avons accepté ce plan c’est que la ville de Lyon avait alors promis un financement de 300 000 euros en subvention d’investissement pour rendre utilisable 2000m2 de la friche et réouvrir gz et sa nouvelle salle courant 2014. Ce qui nous a semblé énorme sur le coup mais lorsque l’on connait les coûts moyen de rénovation au m² (entre 300 et 500e au m² normalement pour les travaux qui nous concernent), cette somme était déjà insuffisante. On s’est malgré tout dit qu’en payant juste les matériaux et en faisant le plus possible nous-même, on pouvait s’en sortir dans la sobriété et enfin permettre à gz de s’installer et se développer un peu plus. En contrepartie à notre investissement dans le dossier, la promesse de la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de Lyon était alors de finaliser l’assemblage et financement du projet pour la fin du mandat municipal actuel, pour garantir des délais acceptables d’ouverture du lieu et ne pas nous mettre en porte-à-faux avec les élections.

C’était le plan en mai dernier.

Or depuis mai c’est l’enlisement total. 7 mois plus tard nous n’avons même pas vu passer un brouillon de convention. La Ville de Lyon n’a toujours pas réglé le partage des responsabilités entre Vaulx-en-Velin, le Grand Lyon et Grrrnd Zero, et nous n’avons donc toujours pas pu engager de travaux. Alors même que le 40 rue Pré-Gaudry est toujours debout et vide. Et mieux, le financement est maintenant divisé par 3.

Nous en sommes à un point de blocage où nous n’avons même pas d’explications précises de la DAC. Nous demandons avec insistance des réunions (la dernière remonte à 5 mois !), la mise en place d’un agenda commun, que nos architectes rencontrent les officiels et le propriétaire, rien ne se passe, on nous lâche à peine que c’est plus compliqué que prévu.

Plus le temps passe et plus les communications se relâchent. C’est par exemple au hasard d’une rencontre dans un pot mondain (autorisé une fois par an par le komintern gz) que nous avons appris que seulement 100 000 euros allaient être votés sur la fin 2013. On est vraiment à un point où on reçoit des mails de réponses à peine plus longs qu’un sms alors qu’on exprime méthodiquement notre inquiétude. On a fini par faire un ultimatum et il est arrivé à terme la semaine dernière. Voilà pourquoi on fait cette newsletter.

100 000 euros vont donc a priori être votés lors de ce Conseil Municipal de novembre. Oui, ça parait gros comme somme, mais ça rend tout projet initial de rénovation infaisable. Le souci c’est que toute mention de la suite du financement disparait. Et lorsqu’on demande où sont les 300 000 et quand la suite sera votée, silence total. Tout nous porte à croire à une grosse entourloupe là-dessus vu qu’ils nous avaient promis de tout voter en un seul coup, avec avance d’argent progressive sur factures dès 2013. Pourquoi nous maintient-on dans le flou ? Pourquoi n’est-il pas prévu de suite au financement ? Où est passée la garantie que tout serait réglé en dehors des élections ? On nous demande simplement de prévoir un chantier sans garantie niveau budget et sans agenda.

On se retrouve donc avec un projet ultra complexe, pensé chichement sur un budget de 300 000 et dont seuls 100 000 semblent finalement exister, sans contractualisation du bien, avec 7 mois de retard purement administratifs, et pas de nouvelles, ni de concessions. Et maintenant il ne manque plus que les élections pour bloquer tout le processus. Victoire !

Qu’est-ce qu’on compte faire maintenant ?

Dès cette semaine nous avertissons la presse On espère que des articles les feront réagir. Toi qui connais le rédac chef du new york times, tu sais ce qu’il te reste à faire.

On va également produire une nouvelle série d’affiches thématiques pour occuper un peu leur espace. Des sessions collectives pourront prendre place.

Enfin, en l’absence de prise de position claire de la Ville il sera temps de mener des actions plus frontales comme, imaginons, squatter un nouveau bâtiment appartenant aux pouvoirs publics, exploitable sans investir plusieurs centaines de milliers d’euros de travaux. Après 9 ans d’existence, des centaines de concerts et des dizaines de rendez vous avec les pouvoirs publics, il serait dommage de repartir du point de départ, mais bon.

Nos objectifs sont simples :

– que la Ville, le Grand Lyon et l’ensemble des pouvoirs publics concernés brisent leurs voeux de silence et officialisent le projet dans le détail avec toutes les promesses initiales (financement, durée, conditions d’accès).

– qu’une convention soit scellée par le sang entre GZ, le Grand Lyon et la Ville.

– qu’un calendrier soit inscrit en gras sur chaque en-tête officiel de la ville, histoire d’être bien sûr que ça ne se perde pas.

– enfin, vu le retard pris et la complexité grandissante du projet nous demandons un allongement de la durée d’accès au lieu.

Nous avons joué le jeu de la confiance avec la Ville, nous sommes partis de Gerlande sur leur bonne foi, dans le prolongement de la stratégie initiale de gz : trouver un compromis avec les pouvoirs publics pour fortifier nos actions. Ils ont essayé de nous convaincre un temps que Grrrnd avait obtenu au bout de 9 ans un niveau de reconnaissance qui épargnait au projet de reprendre des modes d’action plus coup de poing, il faut croire qu’ils se sont plantés eux-mêmes. Si la situation ne se débloque pas, la Ville sera seule responsable de notre retour à la vie sauvage. […] »

2) la redif de mon article du 29 avril 2013 :

Grrnd Zero : Gerland, rideau. Après, Vaulx.

Samedi 27 avril, c’était soirée « liquidation totale » à Grrrnd Zero Gerland. Une fin ultime pour LE lieu alternatif de Lyon, agrémentée symboliquement de l’accueil de la soirée de clôture du 4e Grand Salon de la Micro Édition. Vie et mort d’un monument local des nuits lyonnaises, avant une résurrection incertaine.

On va les regretter, ces soirées sans fin de concerts de musique bizarre, bière locale (ou… russe) à la main. Basé depuis 2005 dans le 7e ardt de Lyon dans le quartier de Gerland, le haut-lieu des cultures alternatives ferme ses portes et sa scène au grand public, sacrifié sur l’autel de l’urbanisation. À l’heure où l’ilôt Mazagran du 7e ardt et son jardin participatif est au coeur de bisbilles avec la municipalité, alors que de nombreux autres endroits qui donnaient à Lyon une tonalité berlinoise ou barcelonaise ont eux aussi fermé (petite pensée au passage pour le K-Barré – lui aussi dans le 7e, ou pour les plus anciens d’entre nous, le Pezner à Villeurbanne), la capitale de la métropole européenne ne se construira pas sur ses spécificités culturelles.

Comme au Tacheles de Berlin, la résistance des forces vives de GZ n’aura pas suffi. On pourra regretter, du côté de GZ, une part d’inexpérience ou de naïveté, la volonté de continuer à exister par l’affichage sauvage en se passant des caisses de résonance médiatiques que sont les réseaux sociaux. On pourra leur objecter l’embarras récurrent causé à la mairie centrale par ce projet atypique, une mairie qui sera toujours restée floue officiellement dans ses positions, qui n’aura pu pérenniser leur colocation du Rail Théâtre (9e ardt de Lyon), et un transfert du bâtiment gerlandais au Grand Lyon qui aboutit à une interdiction d’organisation de manifestations publiques pour non-respect des normes de sécurité.

La réouverture à une programmation officielle fin 2012-début 2013 ne sera dûe qu’au réaménagement pour les Nuits Sonores 2012 du hangar Brossette qui jouxte les locaux de GZ (et encore, quelques travaux maison auront été nécessaire). Avant une fin programmée pour ce mois d’avril 2013, que scellait cette soirée via un set de groupes pour beaucoup habitués des lieux (citons au hasard l’époustouflant Sheik Anorak, Sathonay ou Chevignon).

Georges Kepenekian, adjoint à la Culture de Lyon, a indiqué en avril 2013 dans l’émission « Droit de Cité » sur les ondes de Radio Lyon Première (radio dont les murs sont quasi-mitoyens à GZ, ironie du sort) qu’un lieu était trouvé à Vaulx-en-Velin, pendant que la newsletter de GZ lançait le recrutement de maçons-paysagistes en ces termes :

« Ces locaux du futur sont à la fois très proches -14 minutes en métro à partir de l’Hotel de Ville- et très loin psychologiquement, puisqu’ils se situent aux confins de la ligne A. 

Pour l’heure le bâtiment est une ruine rappelant le quartier chrétien de Beyrouth en 1983, mais la Ville de Lyon s’engage à nous donner les moyens ($$$) d’y installer une salle de concerts aux normes, des bureaux, des locaux de répétition et une piscine à boules.

Quoi qu’il en soit, les travaux seront âpres et interminables. Ils devraient prendre à peu près un an, et tous les êtres désirant aider à ce que ça se fasse seront les bienvenus. En attendant, GZ aura un lieu temporaire, lui aussi soutenu ($$$) par Gérard et sa bande de bons dudes.« 

D’ici là, on continuera donc à suivre la prog alternative de GZ au Sonic (Lyon 5e), à l’Epicerie Moderne (Feyzin), au Périscope (Lyon 2e), à la Triperie (Lyon 1e), au Kraspek Myzik (Lyon 1e), etc. Depuis plus d’une décennie, la question des lieux de concert est toujours d’actualité. Jusqu’à ce qu’elle n’en soit plus une, faute de combattants.

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BONUS :

la p’tite série de photos maison (au Reflex et smartphone, roots quoi)

la playlist de la soirée du 27 avril 2013 pour mesurer les grands écarts qu’on a pu encaisser à ces soirées, pour notre plus grand bonheur

– un extrait de concert de Sheik Anorak enregistré… à GZ en 2009 :

PERFORMANCE – Sheik Anorak live from Amaury Riega on Vimeo.

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Une réflexion sur “Grrnd Zero : actu et redif (cas de force majeure)

  1. Pingback: Musique à Lyon : lettre ouverte de GZ à GC à propos de Bohlen | toniolibero

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