les détrackeurs : data-journalisme, traçage numérique et vidéo-surveillance à Lyon

Comment sommes-nous tracés au quotidien, que ce soit dans notre usage du net, à travers les objets que nous emportons ou simplement en nous baladant dans la rue ? Onze étudiants en master « nouvelles pratiques journalistiques » à l’université Lyon2 se sont emparés d’un sujet plus que jamais d’actualité.

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page d’accueil du site ledetrackeurs.fr

En mutualisant compétences et recherches, ils ont mis en place dans le cadre de leur cours le site lesdetrackeurs.fr. Un site d’information comportant des articles pédagogiques sur le big data, le traitement de vos données par votre banquier, les puces RFID ou la géolocalisation.
Les fameuses « nouvelles pratiques journalistiques » se retrouvent dans ce qui fait la valeur ajoutée du site, multimédia : une carte interactive avec les emplacements des caméras de surveillance à Lyon et sa périphérie (et une invitation à découvrir combien de caméras suivent notre trajet de la maison au boulot), une animation sur les différents objets de notre quotidien qui collectent des données, et un dispositif sur les traces que nous laissons sur internet.

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test de la cartographie des caméras de surveillance à Lyon : 37 caméras de surveillance jalonnent le trajet place Bellecour-place des Terreaux. (source : lesdetrackeurs.fr)

Lesdetrackeurs est bien un site du journalisme du futur (très proche) : du contenu rédactionnel et vidéo, l’utilisation de la data (datamining), et des formats interactifs ou ludiques. Un écosystème 2.0 pour faire connaître  le site sur la toile a aussi été mis en place : des comptes Twitter, Facebook, Instagram, etc. Le tout avec un certain sens du teasing : les trois dispositifs-vitrine ont été dévoilés un par un, à quelques jours d’intervalle, et une bande-annonce vidéo annonçait la date de mise en ligne du site. Le journaliste du futur, forcément présent sur la toile, doit dorénavant savoir communiquer !

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Les objets qui nous tracent : ceux qu’on devine, ceux auxquels il faudra peut-être s’habituer, et ceux qu’on ne soupçonnait pas. (source : lesdetrackeurs.fr)

Pour en savoir plus, trois questions à Marianne Deygout, rédactrice en chef des Détrackeurs :

Pourquoi avoir choisi ce thème du tracking ? Il y a une démarche d’information, mais aussi citoyenne ?
Concrètement nous sommes fichés et tracés partout, tout au long de notre vie. Il s’agit d’une contrainte par rapport aux libertés individuelles, mais aussi d’un avantage dans la société organisée. Dans l’équipe, nous partagions le besoin de questionner ce sujet en profondeur.
La surveillance s’est profondément généralisée et développée grâce aux avancées technologiques, mais la loi n’avance pas au même rythme.
Par rapport au tracking sur le web par exemple, le marché de l’utilisation des cookies s’est développé en 6 mois, comme nous le racontait un consultant en digital marketing au cours de l’enquête. La CNIL a mis 14 ans à les encadrer par une loi.
Elle ne peut pas veiller seule à la préservation de la vie privée ou des libertés individuelles. C’est mieux que nous soyons tous au courant de comment nos informations personnelles sont récupérées pour pouvoir se faire son idée. Ce n’est qu’une fois avec tous les éléments en main qu’il est possible de trouver un juste équilibre. Avec ce projet, on souhaitait faciliter la tâche aux utilisateurs lyonnais. Mais il ne s’agit pas d’un site militant. 

Dans quel but avez-vous imaginé vos dispositifs de cartographie des caméras de surveillance, d’objets traceurs ou de traçage sur internet ? Quelles ont été vos sources ?
Notre projet de site internet est avant tout un projet universitaire. Nous avions la consigne d’apporter avec ce site d’information des « dispositifs innovants ». L’interactivité nous semblait l’élément à mettre en valeur, telle une marque de fabrique. La carte interactive des caméras permet à chaque lecteur/utilisateur de s’approprier le sujet en indiquant son parcours quotidien. De même pour les objets traceurs, nous mettons en scène des personnages sur lesquels il est facile de s’identifier. Jeudi 20 novembre, nous dévoilons le prochain dispositif : il s’agira d’un questionnaire qui évalue (selon une jauge dynamique) le degré de traçabilité du lecteur sur internet. Plusieurs profils types seront ensuite analysés.
Les sources globales de notre enquête (toujours en cours) seraient trop longues à énumérer ici, mais brièvement, pour la cartographie des caméras, nous nous sommes appuyés sur la base de données collaborative lyon.sous-surveillance.net. Il s’agit là en revanche d’un site militant, maigrement mis à jour. Nous avons donc complété ces ressources avec des recherches minutieuses aux archives municipales de Lyon, où l’on retrouve en détail les comptes-rendus de conseils municipaux, et les projets d’installation de caméras par la ville (Sonia Baritello, notre chef de rubrique, mérite une médaille de bravoure). 

Avez-vous fait appel à d’autres compétences pour créer le site ?
Le dispositif des objets traceurs a été réalisé en partenariat avec deux étudiantes en graphisme de Gamagora, que nous avons démarchées. Un de nos professeur nous apporte son aide pour l’hébergement et l’écriture du site, mais Antoine Cauty, responsable web de notre équipe, se débrouille généralement de façon autonome pour nous trouver des solutions.
Le dispositif de la cartographie interactive et de la jauge dynamique a été réalisé bénévolement par un ami informaticien.

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