« Le Vernissage » : le street-art, art pour tous du XXIe siècle #theatre #critique

Début décembre 2014, l’œcuménique scène du théâtre de Vénissieux accueillait la compagnie stéphanoise La Quincaillerie Moderne pour un spectacle dédié au street-art. Mis en scène par Benjamin Villemagne, Le Vernissage invite des graffeurs à réaliser une fresque en live. Mais au-delà de la performance façon Le Mystère Picasso, il place le graff au même rang que les arts graphiques traditionnels.

2014-12-Vernissage-5

Le spectacle commence par un montage d’images issues du film Style Wars. Réalisé en 1983, ce documentaire américain filme des graffeurs new-yorkais ainsi que les réactions de rejet (passants, police, jusqu’à des spots moralisateurs de personnalités incitant à ne pas graffer) que le graff suscite. Et une habile mise en perspective avec la prolifération de publicités dans l’espace urbain qui, elles, ne choquent personne… Au milieu de ces images, certains plans plus contemporains de Lyon et d’ailleurs en France. Dès cette introduction, le ton est donné : le graff, c’est de l’art, pas du vandalisme. Et un art populaire.

Lumière sur la scène. Une caméra fixée sur un train miniature se promène à travers un paysage urbain en modèle réduit, où des maquettes de hangars ou de locomotives sont couvertes des blazes des graffeurs-acteurs (Pitr et Ankhon, en alternance avec Totipote*) et d’autres noms amis. L’esprit collectif n’est pas un vain mot, et on s’amuse donc de reconnaître Mongolz, Ella, Tapinos, etc. Après une présentation en dessin et calligraphie, les choses sérieuses commencent.

2014-12-Vernissage-2

Le spectacle joue alors avec la projection : la vidéo d’un mur couvert de graffiti remis « au propre », vierge. C’est ce nouveau terrain de jeu qui sera revisité, pendant toute la représentation, par les deux peintres, sur la musique hip hop de Le Dix. Au début chacun dans son coin pour de petits graffitis et des blazes, pour aboutir progressivement à une fresque géante et improvisée mêlant les univers des deux artistes. Des caches sont ensuite apposés sur certaines parties de la peinture géante. Toute la surface est ensuite repeinte en gris monochrome, effaçant l’œuvre.

Mais pas totalement, pour autant. En effet, les caches sont ensuite enlevés. On découvre ainsi des parcelles de la fresques, avec un rendu tendant vers l’abstrait. Touche finale, ces tableaux modèles réduits se retrouvent… encadrés. L’accessoire du cadre permet de signifier que la peinture sur mur mérite elle aussi ses lettres de noblesse, au même rang que la peinture traditionnelle. Un statut pas toujours acquis, malgré la présence au Panthéon de l’art contemporain de peintres urbains comme Basquiat ou Keith Haring.

2014-12-Vernissage-4

Jusqu’aux coulures de peinture, le graffiti est indubitablement un art éphémère, ce qui le rend d’autant plus vivant. Un art riche d’une variété infinie, dont le principal musée est la rue, qu’il faut apprendre à regarder autrement pour des visites sans cesse renouvelées par les multiples talents qui l’habillent. C’est aussi cette curiosité à voir autrement notre environnement que propose le Vernissage, d’une manière bien communicative : dès la fin du spectacle, une furieuse envie de dessiner sur les murs risque de s’emparer de vous. Le street-art, héritier de Fluxus ?

*le groupe Schlaasss était aussi présent, lorsque je suis allé voir le spectacle !

LE VERNISSAGE – short teaser from CINEMI on Vimeo.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s