Salade lyonnaise : l’addition !

La campagne municipale lyonnaise de 2014 a vu débarquer un OVNI journalistique particulier : salade lyonnaise, un blog politique tenu par Antoine Comte, journaliste à l’hebdomadaire lyonnais Tribune de Lyon. Ce blog a donné des couleurs à une campagne atone et sans réel suspens. Et il a surtout insufflé un coup de neuf au traitement de l’actualité politique lyonnaise, rompant avec une tradition locale globalement feutrée.
Retour sur cette aventure journalistico-numérique et sur la campagne municipale lyonnaise avec Antoine Comte.

Antoine Comte lors d'une conférence de presse pendant la campagne municipale 2014.

Antoine Comte lors d’une conférence de presse pendant la campagne municipale 2014.

Pourquoi et quand est née l’idée de faire Salade Lyonnaise ?
Avec François Sapy, le directeur de Tribune de Lyon, on s’est dit «comment traiter l’actualité des élections municipales de façon originale ? » et surtout, comment intéresser les lyonnais à la politique ? On voit à notre échelle que la politique n’intéresse plus les gens : quand on choisit de mettre en une un dossier politique à Tribune de Lyon, ça ne fonctionne malheureusement pas du tout en terme de ventes. C’est le côté « tous pourris », «j’en ai marre de voter parce que droite ou gauche, ils font tous la même chose » qui revient en boucle. Donc, il fallait qu’on trouve un moyen d’intéresser les gens à ce scrutin majeur. On est donc parti sur l’idée de tenir un blog de campagne.

On a choisi le nom « Salade Lyonnaise ». Pourquoi ? Tout bêtement parce que c’est une spécialité gastronomique locale bien connue à Lyon et que c’est un nom que l’on retient bien. Et puis la « salade », parce que la politique est une grande salade : on se tire dans les pattes, on s’aime, puis on s’oppose, après on fait alliance avec le plus offrant… La politique, c’est une tambouille, une grosse salade et c’était assez marrant de lier le côté spécialité culinaire au côté « salade » de la politique.

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visuel du site saladelyonnaise.com

On voulait aussi faire un blog avec des informations exclusives qu’on ne trouvait pas ailleurs. Des infos de coulisses, un peu croustillantes. Par exemple, quand Michel Havard a fait son grand meeting, j’allais dans sa loge avant son discours et je le prenais en photo pendant qu’il relisait les fiches de son discours. Et je publiais la photo avec dans le commentaire : « Michel Havard, en pleine concentration. Il commencera son discours avec tel thème »… Il me donnait en avant-première quelques trucs qu’il allait annoncer durant son meeting. Avant le débat sur TLM, j’allais discuter aussi avec les candidats au maquillage pour voir comment ils se sentaient… Bref, des trucs de coulisse qu’on ne voyait pas dans d’autres médias. On s’est dit aussi qu’on ne parlerait pas des municipales sur le site de Tribune de Lyon car le blog était dédié à ça pendant les trois gros mois de la campagne, de janvier à avril.

On a aussi voulu faire quelque chose d’assez interactif, au jour le jour. Je faisais à peu près 6 ou 7 posts quotidiens. Ça faisait des grosses journées, en fonction des meetings en soirée, des porte-à-porte, des distributions de tracts sur les marchés, des conférences de presse, des visites de terrain des candidats… Dans ce côté interactif, on invitait également les Lyonnais à nous envoyer leurs photos des candidats en campagne, pour la publier quasi-instantanément sur le site. En vérifiant bien sûr qu’il n’y ait pas de caractère pornographique ou insultant, grâce à un filtre.

Et ces envois étaient anonymes ?
Oui, totalement anonymes. Cela n’engageait donc pas l’internaute en indiquant pour qui il allait voter, etc. Après, si la personne voulait qu’on précise son nom, on le publiait.

Dans ces éléments que vous avez reçus, vous avez eu des archives d’anciennes élections. Si tu avais un truc à choisir parmi ce qu’on vous a envoyé ?
Je me souviens des photos des militants UMP et PS qui se faisaient la guerre. Par exemple sur les lunettes ridicules de Michel Havard, ou sur une photo d’un chien habillé aux couleurs de l’UMP, avec les lunettes et les pin’s Michel Havard. Il y avait aussi des clichés où les militants UMP portaient des masques de Michel Havard et les militants PS se moquaient d’eux. Inversement, les militants UMP se moquaient aussi des écharpes roses du PS et envoyaient des photos de Gérard Collomb dans des drôles de positions… Je retiens aussi les détournements des affiches de campagne des candidats de chaque bord avec des slogans amusants… C’était marrant.

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Tu étais le seul rédacteur à bord ?
Oui, jusqu’au soir du premier tour, j’étais le seul rédacteur. J’ai commencé la campagne fin décembre-début janvier, et une stagiaire a travaillé à temps plein avec moi à partir de mi-février. Mais au soir des deux tours, l’ensemble de la rédaction de Tribune de Lyon a été mobilisée car il fallait qu’on soit dans les différents QG et la Préfecture. Je ne pouvais pas être partout !

Tu étais en vadrouille pour le blog, en plus de faire tes papiers pour la version papier de Tribune ?
J’ai été délesté de la rubrique actu-société dont je suis responsable. J’occupais en gros 80 % de mon temps pour le site et 20 % pour Tribune de Lyon afin que le journal puisse quand même tourner en terme d’actus. Je ne faisais plus d’articles longs parce que c’était impossible, mais j’écrivais les brèves d’actualité pour le bouclage du print le lundi et le mardi.
Pour résumer, mes journées étaient quasiment entièrement consacrées à l’écriture et l’envoi en live de billets sur le blog. Ce qui nous a permis de nous distinguer des autres. Un compte-rendu de meeting, il fallait attendre le lendemain pour le lire dans Le Progrès. Alors que nous, nous le mettions en ligne le soir, voire même en direct, pour que les lecteurs aient de l’info fraîche.
C’était une charge de travail énorme, c’était très chronophage… Je pouvais commencer mes journées à 8h et les finir vers 2 heures du matin. Mais c’était passionnant.

Tu as été assez près des candidats, mais aussi des militants, qui étaient du coup proches de vous par ce système de publication interactive. Ça allait dans les deux sens, et pourtant tu as parfois été pris à partie. Est-ce que tu t’attendais à ça ?
Franchement, non, je ne m’y attendais pas. Le camp de Collomb n’a pas toujours joué le jeu, car je pense qu’il n’a pas compris ce qu’on voulait faire.

L’UMP, le FN, les Verts, Lyon Citoyenne et Solidaire ont joué le jeu ?
Ils ont joué le jeu car ils étaient en position de challengers. Ils n’avaient rien à perdre. Notamment Michel Havard, qui avait besoin que la presse parle de lui pour se faire connaître des Lyonnais. Il avait un vrai déficit de notoriété. C’est vrai qui connaît Michel Havard à Lyon, à part les personnes engagées en politique ou qui suivent de près la politique lyonnaise ? On avait d’ailleurs fait un sondage sur ce sujet. On avait filmé une quarantaine de personnes dans le 5e arrondissement où il se présentait, et je crois qu’il n’y en avait que 9 qui le connaissaient. Et encore, ils ne savaient pas tous dire de quel bord politique il était. Du coup, il a joué le jeu avec nous, comme il l’a fait avec les autres médias. Pour Gérard Collomb, son but, et ça se comprend, c’était de sortir le moins possible du bois, de rester tranquille en vantant son bilan sans s’exposer plus que ça. Il n’avait donc pas trop d’intérêt à être sur Salade Lyonnaise. Il a communiqué deux ou trois fois, mais pas à outrance. Les autres, comme les Verts et Lyon Citoyenne et Solidaire, avaient comme Havard besoin qu’on parle d’eux. Le FN, on les a peut-être un peu moins traités que les autres, c’était plus compliqué.

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Pour ceux qui ne le connaissent pas, donc, voici Michel Havard.

Plus compliqué car leur QG était dans le 8e arrondissement, alors que tous les autres QG de campagne des candidats étaient en presqu’île ?
Non, les distances ne m’ont pas fait peur durant la campagne, sinon j’aurais arrêté tout de suite. Je suis même allé dans des quartiers que je ne connaissais même pas, ça m’a fait découvrir Lyon ! (rires) Plus sérieusement, j’ai vraiment essayé de couvrir tout le territoire lyonnais.

Le FN a moins communiqué et j’ai peu de réseau côté FN, c’est vrai. Ce sont des militants qui communiquent peu et qui travaillent beaucoup entre eux. Alors que l’UMP, le PS sont plus ouverts, me semble-t-il. Après, c’est vrai qu’on a eu un vrai souci avec Gérard Collomb. J’ai été pris à partie notamment à sa permanence le soir du 1e tour, parce que peu de temps avant, j’avais sorti quelques infos explosives sur Elvire Servien, la tête de liste de Gérard Collomb dans le 6e arrondissement. Elle avait un appartement fictif pour pouvoir se présenter à Lyon alors qu’elle habitait dans les Monts d’Or. On a prouvé qu’elle nous avait menti, et j’ai carrément publié des photos de son « appartement » pour montrer à tout le monde qu’il était bien inhabitable. C’était un cagibi ! C’est quand même une chirurgienne de renom qui travaille à l’hôpital de la Croix-Rousse en chirurgie orthopédique, spécialiste du genou, je la voyait mal habiter dans un appartement de cet taille (9 m²) à Lyon juste pour se présenter dans le 6e. Donc voilà, on avait sorti ça et d’autres affaires qui avaient un petit peu énervé les troupes de Gérard Collomb, sachant que lors d’une campagne, les gens sont sur les nerfs. Donc le soir du 1e tour, ils ont voulu me prendre me monter qu’ils étaient mécontents et ils ont essayer de dissuader de rester au local du maire de Lyon. C’est une réaction que je peux comprendre, mais j’avoue que je ne m’attendais pas à ça. J’ai eu des menaces, ils m’ont demandé de sortir, m’ont accusé d’enregistrer les gens que j’interviewais… Après, je crois que si Michel Havard avait été maire de Lyon depuis 2001 comme Gérard Collomb, il se serait peut-être aussi comporté de la même façon avec moi, ce n’est pas une question de droite ou de gauche. C’est juste que quand on est installé à la mairie centrale depuis un certain nombre d’années, on n’a pas envie d’être bousculé, tout simplement. Et en sortant des affaires comme l’appartement Servien, ça a un peu réveillé cette campagne très molle. 

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visuel du site saladelyonnaise.com

On pouvait avoir l’impression d’une campagne qui n’avançait pas trop sur le terrain, mais qui était très active sur internet et les réseaux sociaux. Pour moi, c’est peut-être la première véritable campagne numérique à Lyon, avec ses bons et ses mauvais côtés.
Oui, on a eu pas mal de trolls, de droite mais surtout de gauche. Toute la journée des insultes… Un jour j’ai clairement dit aux équipes de campagne de Gérard Collomb de se calmer et de tenir leurs troupes notamment sur le web. Je faisais mon métier de journaliste, j’en avais un peu ras-le-bol d’être insulté publiquement, sur twitter notamment. On a aussi eu une tentative de piratage du site… Il y a eu des pratiques qui ont été détestables sur les réseaux sociaux. Mais le trolling permanent montre la pauvreté du débat. J’aurais préféré que les militants, les élus, les candidats débattent entre eux.

Le suivi au quotidien, je n’en ai pas vu beaucoup d’autres le faire.

Revenons au contenu. Au tout début de la campagne officielle, on avait discuté ensemble de ce que tu voulais faire de ce blog : de l’actualité politique et des coulisses. Et j’ai le sentiment – qui n’engage que moi – que ça a glissé de plus en plus vers des coulisses, de l’anecdotique, avec moins de contenu politique.
Je trouve que c’est le contraire. Au début j’avais peu d’informations, peu de militants et d’élus qui se confiaient à moi. Et c’était assez compliqué de faire comprendre le concept car c’était novateur… On a fait une soirée d’inauguration pour expliquer ce Salade Lyonnaise aux élus. Plusieurs médias étaient présents, ça avait été d’ailleurs repris dans Le Parisien via une dépêche AFP. Le site n’existait pas avant la campagne, on avait clairement annoncé qu’il disparaîtrait à l’issue de la campagne et que ce serait un site avec du contenu à picorer mais mis en ligne très fréquemment, un roulement continu de contenu.

La première semaine ça n’a pas pris tout de suite. Parce que je mettais des posts qui n’étaient pas très politiques. Par exemples les chaussettes bleu-blanc-rouge d’un élu UMP, c’était drôle, mais c’était une anecdote, on n’allait pas assez dans la révélation politique de faits de campagne. Il me semble qu’on est de plus en plus allé vers ça, justement, avec l’affaire Servien, le meeting au Pathé Vaise où Gérard Collomb annonce près de 2 500 spectateurs alors qu’il y en a moitié moins. Je suis le premier à publier cette info que les autres médias locaux et même Libé reprendront aussi ensuite.
Après, il y avait peut-être le côté plus anecdotique où je parlais plus de moi. Et ce qui était compliqué, c’était justement de parler à la première personne. Je racontais du vécu. Quand j’ai commencé à me faire prendre à partie, si je ne le disais pas là, je ne l’aurais jamais dit.

Ça dépendait aussi de l’actualité, des infos que j’avais. A un moment, la campagne était tellement molle que je me suis demandé comment on allait faire. Et puis finalement ça a tenu, même s’il y a eu des moments avec moins de posts. Mais il me semble quand même que plus la campagne avançait, plus j’avais des trucs solides. Au début on se rodait, on regardait ce qui plaisait ou pas… Le sondage sur la notoriété de Havard a été beaucoup vu, et les gens nous disaient « vous avez raison, personne ne le connaît ». Même des gens de l’UMP ne le connaissaient pas. Ensuite, l’affaire de l’appartement d’Elvire Servien, le meeting de Gérard Collomb, Odile Belinga qui n’habite pas le 1e arrondissement alors qu’elle s’y présente…

Odile Belinga a mené la liste "Evidemment Lyon" dans le 1e arrondissement.

Odile Belinga a mené la liste « Evidemment Lyon » dans le 1e arrondissement.

En étant au contact avec les équipes de campagne et les militants, aussi, j’ai eu plein d’infos. Et souvent j’étais le seul journaliste à les suivre, pendant que d’autres se contentaient des conférences de presse et des meetings. Le suivi au quotidien, je n’en ai pas vu beaucoup d’autres le faire.  Un porte-à-porte dans la tour de la Duchère : personne ne le faisait, ça. C’était avec l’équipe d’Hubert Jullien-Laferrière, qui est maintenant le maire du 9e arrondissement élu sur les listes de Gérard Collomb, et il a pris un risque en acceptant que je le suive car on pouvait tomber sur des gens qui lui fermaient la porte au nez, qui étaient mécontents de Gérard Collomb… C’est arrivé, je les ai filmés, je l’ai raconté… J’ai essayé de suivre cette campagne au quotidien et sur le terrain.
J’ai essayé d’être équitable dans les temps de parole, de  médiatisation de chaque parti, de chaque candidat. Après, forcément, quand sur une semaine on mettait plus d’articles de l’UMP que du PS j’étais pour Michel Havard, puis quand les articles sur le PS étaient plus nombreux j’étais pour Collomb. Quand je mettais des papiers sur le Gram j’étais pour Nathalie Perrin-Gilbert… J’étais pour tout le monde ! Alors qu’on faisait juste notre travail, on parlait de la réalité du terrain en toute neutralité. On n’était pour personne en particulier.

On dit que les gens ne s’intéressent pas à la politique, mais si les élus ne font rien pour ça, il ne faut pas s’étonner. 

Ton billet final, un billet d’impression paru aussi dans Tribune de Lyon, était un papier-bilan assez amer sur ces quelques semaines. Qu’est-ce que tu en retiens, de cette expérience d’une campagne qui a vu l’émergence de l’expression politique des militants via les réseaux sociaux, et de l’univers médiatico-politique ?
C’est la première campagne que je couvrais en tant que journaliste politique. Dans ce papier, je disais que pour une première, j’étais très déçu. Je m’attendais à un truc vivant, avec des débats sur tous les projets présentés, la droite et la gauche qui s’affrontent, Gérard Collomb qui va se faire attaquer par l’extrême-gauche et l’UMP par le FN, les Verts qui seront au milieu avec Eric Lafond et son parti centriste… Et ça n’a pas été du tout le cas. Je pense que Havard voulait le combat mais n’a pas réussi à s’imposer pour dire à Gérard Collomb « il faut qu’on débatte, qu’on fasse un bilan de votre mandat ». A part dans ses conférences de presse où il disait qu’il ne s’était rien passé pour le quartier Grolée, que l’Hôtel-Dieu était un projet très cher et que le musée des Confluences allait ruiner la métropole, ça en est resté là. Il n’y a jamais eu d’échanges entre les deux candidats. Et même lors des débats à TLM et au Progrès, ça a été très soft. Finalement, le débat le plus intéressant a été dans le 1e arrondissement, entre Nathalie Perrin-Gilbert et l’équipe d’Odile Belinga. C’est là où, en tant que journalistes, on s’est le plus amusé ! Il y a eu du spectacle, des gens pris à partie… C’était une vraie campagne, même si ça n’a pas du être toujours facile pour les militants, des deux côtés. Après, dans les autres arrondissements… Dans le 4e, avec  Kimelfeld, il ne s’est rien passé, Hamelin ne l’a absolument pas attaqué. Dans le 2e, Broliquier savait qu’il allait gagner, dans le 6e la droite est élue dès le 1e tour et Elvire Servien a été inexistante… Dans le 8e, la gauche savait qu’elle allait passer même si le FN avec Boudot fait un score important… 

Nathalie Perrin-Gilbert, qui a mené la liste "Lyon citoyenne et solidaire" dans le 1e arrondissement.

Nathalie Perrin-Gilbert a mené la liste « Lyon Citoyenne et Solidaire » dans le 1e arrondissement.

En tant que journaliste, ce que j’en retiens, donc, c’est une déception à cause de l’absence de débats d’idées. Une campagne molle et pas passionnante ni pour les journalistes, ni pour les citoyens… On dit que les gens ne s’intéressent pas à la politique, mais si les élus ne font rien pour ça, il ne faut pas s’étonner. 

Et je ne pensais pas qu’il y aurait aussi ces prises à parties que j’ai eues, ces affrontements… C’est peut-être un peu caricatural, mais quand on refuse à un journaliste de rentrer dans un local de campagne parce qu’il a publié un article qui ne plaît pas au candidat, je trouve ça limite. Au FN on a eu des soucis aussi… Une candidate FN avait eu sa liste invalidée par la Préfecture, on les avait un peu moqués et ils l’avaient mal pris… En gros, dès qu’il y avait une critique, quel que soit le camp, on était quasiment blacklisté. Est-ce qu’on visait juste et qu’ils se sont dit « il ne faut plus leur parler, ils peuvent nous faire perdre des voix », je n’en sais rien, mais il y a eu une forme de « censure » qui m’a gênée parfois.

Et le bilan de cette expérience journalistique via un site internet ?
C’était super bien ! On a mis en place, je crois, en restant modeste, une nouvelle façon de traiter une actualité ponctuelle, en tout cas à Lyon. On a réussi à intéresser les gens à une campagne lyonnaise, on l’a vu avec la fréquentation du site : on faisait quasiment plus de vues sur ce site inconnu et voué à disparaître que sur le site de Tribune de Lyon ! Après, c’est aussi le contexte, les gens parlaient des municipales, mais combien je vois d’élus ou de simples militants encore aujourd’hui, presque un an après, qui me disent « pourquoi vous avez arrêté ? C’était super ! ».

Ce qu’il faut faire, c’est de l’actualité de proximité intelligente. On voit que ça marche.

Il y a les Potins d’Angel pour le microcosme lyonnais, et il y avait Salade Lyonnaise
…pour le grand public, oui. On ne s’attendait pas à une telle fréquentation du site, et elle a été en constante progression au fur et à mesure des trois mois de campagne, avec des pics lors des meetings ou après les 1e et second tours. Je pense vraiment qu’on a apporté une autre vision de traitement de l’actualité politique lyonnaise. J’avais dit dans des interviews que c’était une sorte de Petit Journal à la lyonnaise, sans les moyens. J’étais tout seul dessus, et si on avait été trois ou quatre, on aurait pu faire un truc encore mieux. On aurait pu plus filmer, organiser des débats… On a aussi fait des chroniques avec la blogueuse Sophie la Modeuse, qui a un vrai lectorat dans le milieu de la mode avec son blog qui marche très bien. On lui avait demandé de parler du look des candidats, et même si on peut nous dire que ce n’est pas un sujet sérieux, ces conseils mode aux candidats pour séduire leurs électeurs font partie des thèmes du site qui ont le mieux marché. Heureusement ou malheureusement, je ne sais pas,  mais la politique pure et dure, comme je disais à propos des unes de dossiers politiques, ça n’intéresse pas toujours le lecteur. Ce qu’il faut faire, c’est de l’actualité de proximité intelligente. On voit que ça marche.  

Pour 2020, on reverra cette expérience ?
Je ne sais pas où je serai en 2020 ! Mais j’aimerais bien le refaire, peut-être sous une autre forme.
Ce qui était intéressant, c’était la maquette, dynamique, jolie. Et ce qui a plu aux gens, c’est que c’était vivant, il y avait tout le temps des posts. Et il y a eu énormément de commentaires, environ un millier pendant ces trois mois, ce qui est énorme pour un site local.
On a aussi été repris par des médias nationaux. J’ai couvert quelques communes en dehors de Lyon, et notamment Rillieux-la-Pape, où il y a eu un clash entre le maire PS sortant Renaud Gauquelin et son adjoint Jean-Christophe Darne, fils de Jacky Darne. Ils n’ont pas réussi à s’entendre pour faire une liste commune, ce qui a permis à l’UMP de l’emporter. Pendant la campagne, Najat Vallaud-Belkacem était venue soutenir Gauquelin sur un marché de Rillieux. Sauf que Darne avait voulu être présent aussi, et les deux candidats se sont quasiment tapés dessus. J’étais l’un des seuls journalistes là-bas, j’avais parlé de cette histoire qui a ensuite été reprise par le Figaro et d’autres journaux. Ce qui est certains, c’est que Salade Lyonnaise a compté pendant la campagne au niveau local, et je pense que l’actualité politique lyonnaise a été suivie au niveau national grâce à nous, même si le Progrès, référence lyonnaise, devait être évidemment suivie aussi. Plusieurs de nos articles ont été repris dans le Figaro, le Parisien, Libération… Mais les médias nationaux ont peu parlé de la campagne lyonnaise. D’ailleurs même au soir du second tour, je crois qu’il n’y a eu aucun direct de Lyon de la part des télévisions nationales.
En tout cas, ça fait plaisir de voir qu’on ne travaille pas pour rien, que des gens nous ont lus, ont participé, et que ça a été repris par des médias nationaux. Donc le refaire, pourquoi pas, sous quelle forme je ne sais pas. Et en 2020, la façon de faire du journalisme aura peut-être totalement changé. Si ça se trouve, en 2008, si j’avais proposé ce concept à Tribune de Lyon, on m’aurait sans doute répondu de traiter la campagne dans l’édition papier.

Couvrir une campagne électorale, c'est épuisant. Mais Antoine Comte ne dort pas, sur cette photo, il prend des notes.

Couvrir une campagne électorale, c’est épuisant. Mais Antoine Comte ne dort pas, sur cette photo, il prend des notes.

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14 réflexions sur “Salade lyonnaise : l’addition !

  1. Intéressent, très..
    J’ai lu quelques posts de « Salade Lyonnaise » durant la campagne, je dois dire que l’angle de vue donnait un sacré coup de jeune dans la perception des choses, particulièrement via kweeper (de mémoire). Cette info 2.0+ mérite une deuxième édition en 2020, avec (pourquoi pas) des tribunes libres de quelques blogueurs de chaque camp politique, une idée..

    Sinon, pourquoi ne pas poursuivre l’aventure au delà des municipales?

    • yes, kweeper, effectivement.
      Et cette « lyonnaise des blogs d’actu », depuis le temps qu’on en parle… Mais il y en a hélas si peu à Lyon… 😦

  2. Intéressante entrevue d’un blog qui fut une occasion ratée. Salade lyonnaise est quand même nettement en dessous de ce que fut le blog du nouvel obs de 2008. Trop d’anecdotique par exemple sur les chaussettes de Havard en effet. Trop de règlements de comptes persos (et je dis bien persos et non politiques) de l’auteur sur les équipes de Collomb notamment mais pas seulement.

    Et puis il est difficile de reprocher aux politiques de ne pas avoir parlé de programme quand justement l’auteur ne s’est pas du tout focalisé dessus, quel que soit le camp. Je me rappelle d’un meeting de Havard avec des propositions et où n’en était sorti que des détails sur la salle et rien sur l’avenir de Lyon. On le voit d’ailleurs : l’auteur est content que cela se soit engueulé dans le 1er arrondissement mais ne parle pas du tout des projets différents entre NPG et les autres mais des bagarres.

    Un blog qui aurait pu être intéressant, qui a sorti quelques scoops ( Elvire Servien en effet par exemple ) mais est resté, il suffit d’interroger les journalistes lyonnais qui sont assez unanimes sur la question, dans le superficiel et le défouloir perso. Et qui a mis ses échecs sur le compte des autres. Dommage.

    • Tes remarques s’entendent. Mais je salue le travail réalisé, d’autant qu’il rompait avec les habitudes locales où on ne parle de rien de ce qui est dérangeant. La culture d’arrière-cuisine. Ce n’était peut-être pas parfait. Mais ça avait le mérite d’exister, et le blog du Progrès co-tenu par Michel Rivet-Paturel ou Geoffrey Mercier est resté silencieux. Doit-on reprocher l’initiative, ou l’absence d’alternatives concurrentes ?

      • Le fait d’exister ne saurait constituer un mérite en soi.
        Il existait d’autres blogs qui faisaient du contenu dans la presse, par exemple celui du progrès. Et on avait plusieurs candidats, blogueurs confirmés. Certains ont fait des propositions. Alors certes ils n’étaient pas journalistes, certes pas forcément des élus de premier plan mais justement les blogs ont vocation à donner la parole à tout le monde.
        Et il y eu des beaux articles de blogs chez certains.

        Je ne pense pas, à part quelques articles, que cette initiative a été vraiment utile. En réduisant la politique à l’anecdotique, en voulant à tout prix prouver que les politiques étaient des gens sans convictions on amène à ce que la campagne n’aie aucun intérêt. Se plaindre d’une campagne qu’on trouve sans intérêt c’est son droit. Surtout que ce n’est pas la faute de monsieur Comte si certains élus n’ont rien à dire.

        Mais régler des comptes sur une partie de ses billets, même si on a aussi parfois besoin de se défouler face à des gens qu’on a trouvé brutaux, occulter les idées, les questions sur la ville dans ses écrits, chercher les conflits de personnes, puis après se plaindre d’un manque d’idées des politiques, c’est tout de même gonflé.

        Quand on avait la possibilité de donner lieu à du débat, c’est dommage d’avoir gâché tout cela.

  3. Merci pour l’interview, bien fichue et à laquelle AntoineComte répond de façon intéressante. Je suis assez d’accord avec Babouin Bleu dans son analyse. Je suis assez friand des blogs de campagne et j’ai moi aussi un souvenir ému du blog de Robert Marmoz en 2008: réellement décalé, fournissant un vrai lieu de débat et de discussion sur la campagne. Pour ma part j’ai trouvé que Salade Lyonnaise, si elle a eu le mérité d’exister, aurait pu aller plus au fond des choses.

    Je me suis retrouvé plusieurs fois à être le sujet éventuel du blog: une fois c’était parce qu’Antoine voulait se ‘faire » l’équipe de campagne numérique de Collomb (dont je n’étais p as), avec qui ses rapports étaient mauvais et avec qui il avait des différents qui apparaissaient souvent dans le blog. et m’avait attribué, sans vérifier le rôle de recruteur. L’autre fois c’était pour faire un article pour savoir si j’avais pas du mal à dire sur Bruno Charles, dont la fusion avec la liste rendait mon élection à la métropole impossible selon antoine (bon ça c’est bien fini pour moi et antoine n’était pas le seul à le croire, les équipes d’havard diffusaient alors des photos de moi en chien battu, charmant). Comme je n’ai pas dit de mal de Bruno, il n’y eu pas d’article. Par contre rien sur les projets dans nos quartiers.

    Et puis, mais l’auteur le dit lui-même, ces articles parfois too much comme les chaussettes de havard.

    Reste, et j’en suis d’accord, qu’avec une campagne comme celle-ci, qu’on ne peut pas faire de miracles. Le blogueur, qui a posé des idées d’ailleurs, et le militant en conviennent. Et que nous avons un certain souci niveau blogs d’opinions à Lyon où nous sommes peu. Reste aussi bien sûr, qu’il est toujours intéressant qu’un journaliste se lance dans le blog de campagne.

    • oui, c’est quand même terrible d’être si peu à Lyon et périphérie à traiter un peu d’actu… Mais c’est pas non plus tjs simple.

  4. Ce site était une honte pour la profession (ouf ils l’ont supprimé). Dévoiler l’adresse exacte d’une candidate et s’introduire à son domicile pour faire des photos !!!! On se serait plus cru sur 4chan ou sa version française, le Forum Blabla 18-25 ans de jeux vidéos ! Peut être qu’il n’avait plus l’âge pour être sur un tel forum, en tout cas, bel exemple d’immaturité et d’orgueil qui transpire dans cette interview.

    • et le refus de se remettre en cause de l’auteur: je fais des articles creux, je m’intéresse qu’aux poubelles d’une campagne, jamais aux programmes, et quand on me fait un reproche c’est qu’on veut faire pression sur moi.

  5. Bonjour;
    Saladelyonaise fut pour moi l’occasion d’expérimenter sur une courte séquence et sur un thème assez casse-gueule (la politique) ce qui est une de mes convictions : faire de l’information de proximité vivante, ouverte et temps-réel.

    J’ai quelques idées bien précises à ce sujet que j’aimerais développer avec d’autres.

    Je suis ravi de lire des commentaires qui vont dans ce sens .

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  7. Pingback: Le site Salade Lyonnaise se lance dans le payant #Lyon #media | toniolibero

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