Presse et internet : Le Progrès se développe sur le web #PQR #media

La question d’internet dans la presse est d’actualité depuis de nombreuses années. Mais loin d’être une réussite, l’appréhension du web pour les médias d’information imprimés est plutôt proche du virage raté que d’une parfaite prise en compte des enjeux et des potentialités du numérique. Pourtant, cela n’empêche pas les rédactions de se pencher très sérieusement sur le sujet, le web étant dorénavant inévitable pour les grands – et les petits – titres de presse. Aucun modèle économique réellement viable ne semble encore émerger pour un secteur en crise, et les difficultés sont très différentes selon qu’il s’agisse d’un mensuel, d’un hebdomadaire ou d’un quotidien.
Après l’exemple de la Nouvelle République du Centre-Ouest, suite de nos grands entretiens sur la PQR et le numérique, avec le quotidien lyonnais Le Progrès. Avec Jean-Philippe Vigouroux, responsable du Service Internet, nous avons abordé avec les thèmes des modèles économiques, des nouveaux usages que permet le numérique, des blogueurs, des réseaux sociaux…

(Et un grand merci aux doigts agiles d’Alexandre Suaudeau ! #TeamCdF)

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compte Twitter Le Progrès-Lyon

Jean-Philippe Vigouroux, bonjour. Commençons cet entretien sur l’existence de comptes Twitter du Progrès dédiés à des informations municipales : des nouveaux comptes « ville », dont celui de Lyon qui est vraiment récent, et le compte Tarare qui a été créé un petit peu avant.
Oui,
le compte Tarare n’est pas vieux non plus… En fait il y en a plusieurs qui ne se voient pas forcément, qu’on utilise ponctuellement. Et on a le compte principal, @Le_Progrès.

La NR a fait des comptes Facebook départementaux et des comptes Twitter « ville ». De fait ils jouent sur différentes notions de territoires en fonction des supports. Une approche intéressante, je trouve.
Ce qui est délicat à cerner c’est qu’on a des moyens limités pour alimenter ces comptes. Partant du principe qu’on veut le faire correctement et qu’on ne veut pas mettre un petit outil d’alimentation automatique, plus on est dans de l’info locale et plus ça me semble délicat de pousser les infos sur Facebook sans entretenir la relation. Je ne parle même pas d’animer la communauté, je parle déjà d’aller lire les questions qu’on nous pose, d’essayer d’y répondre. Sur le Facebook général du
Progrès, avec 70 000 fans, c’est quasi-injouable, parce que là ce n’est plus un service « lecteurs » qu’il faudrait ! Mais si on descend au niveau d’un Facebook Firminy et qu’on ne va pas regarder les messages, qu’on ne prend pas la peine de temps en temps de répondre un peu aux gens, à mon avis on fait fausse route. Parce que les gens vont dire « ils postent leurs articles sur Facebook mais ils ne répondent jamais ». Je vois bien les réactions de certains twittos quand on ne leur répond pas…

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page Facebook du Progrès

Publier du contenu sans échange, c’est du push seulement…
Voilà, donc on est passé à la problématique de dire « où on va ? Jusqu’à quel niveau on descend ? Est-ce que la césure départementale a encore un sens pour les gens ? » Je suis pas convaincu de ça.

Quand on est en zone rurale, le rapport au territoire est peut-être différent, non ?
C’est différent et c’est vrai qu’on parle plus avec
La Tribune de Saint-Etienne aux Stéphanois et aux gens du grand bassin stéphanois qu’aux gens de Roanne… Je dirais que tout dépend de la cohérence qu’on a sur une zone en fait. On a un compte Facebook pour Villefranche-sur-Saône et le Beaujolais, où là ça se découpe bien parce que c’est un territoire, une identité : c’est la Calade, c’est le Beaujolais, donc ça fonctionne pas trop mal. A Lyon aussi.
Il y a un compte
Twitter et un compte Facebook Forez qui ont été créés à la rentrée, pour dynamiser un petit peu cette zone. Donc tweets et Facebook annoncent un peu les contenus du journal, on est toujours entre l’info en continu et la promotion des contenus payants.

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Sur le compte Twitter
Progrès-Lyon il y a des interactions avec les twittos, changement notable par rapport au compte Twitter officiel du Progrès
Ce compte Twitter
Progrès-Lyon, il y a une volonté de vraiment le prendre en main. Le but c’est d’essayer justement de ne pas rater les gens qui nous interrogent ou nous mentionnent, d’essayer de suivre un petit peu ces choses-là. Ça s’inscrit dans un projet plus global pour dynamiser les contenus lyonnais du Progrès. Et ça implique forcément une présence accrue avec un compte Twitter dédié.

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compte Twiter Le Progrès-Tarare

Combien de personnes gèrent le compte Twitter Tarare ?
C’est l’agence locale qui le gère. Ils sont trois. Ils utilisaient Twitter depuis un petit moment. Du Twitter classique, un peu de teasing. C’était déjà
Le Progrès-Tarare. Et puis il y a eu un changement de chef d’agence juste avant l’été, qui en plus du Twitter fait du Facebook.

Et le compte Twitter Lyon ?
A Lyon, aujourd’hui c’est alimenté par le desk web car ce sont eux qui sont le plus souvent amenés à publier sur le web des informations lyonnaises. Je m’en occupe aussi avec Sandrine Chabert, la nouvelle chef d’agence de la locale de Lyon. On y va discrètement, sans faire de bruit, on regarde et puis on verra comment on monte en puissance. On ne cherche pas forcément à avoir 40 000 followers. C’est plus un outil pour montrer les contenus qu’on propose à Lyon que les gens ne connaissent pas forcément.

Cela peut-il amener des interactions lors des événements organisés par Le Progrès1, ou d’autres événements d’actualité que le journal couvre ?
Oui, être en capacité d’animer et faire réagir cette communauté, ce qu’on ne peut pas faire aujourd’hui avec le gros compte
Le Progrès. Solliciter sur de la remontée d’info, des demandes de témoignage, tout ce qu’on peut imaginer faire quand on cible plus localement une audience. Et là encore on n’en est qu’aux prémisses.
Comparé à Facebook, Twitter nous rapporte peu en audience. En revanche, on montre qu’on est rapide sur l’info parce que de nombreux confrères, des concurrents de desks (comme le bureau de l’AFP ou d’autres) passent aussi leurs infos ou font de la veille d’abord via Twitter. Ils viennent moins sur les sites. Donc, du coup on twitte, pour être vu par les lecteurs et les autres rédactions.

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Les locaux du Progrès, dans le quartier Confluence (Lyon).


Comment sont accompagnés les membres de la rédaction, dans cette approche numérique ?

On a entamé un programme de formation depuis 2013. J’aurais préféré qu’on fasse ça avant, mais du coup il y a aussi une maturité des gens qui fait qu’ils sont peut-être plus réceptifs aujourd’hui que si on avait lancé un programme de formation en 2010 ou 2011.
C’est un programme de formation de deux jours sur les fondamentaux, qu’on a appelé « l’agilité numérique » : comment bien maîtriser son navigateur, comment être efficace dans ses recherches Google, dans l’organisation des outils, connaître les petits sites pour se dépanner… Et puis faire ses premiers pas sur Twitter, connaître un peu l’environnement des réseaux sociaux, gérer ses alertes mail, les flux RSS…

Ces formations sont axées web global, pas uniquement réseaux sociaux ?
Oui, c’est vraiment web global, pour dire « internet est devenu un outil de votre quotidien ». Quand on va expliquer à un journaliste qu’il peut filtrer ses recherches Google et chercher sur un site donné, chercher par PDF, filtrer par les options de recherche, sa réaction est « Ça sert pas tous les jours mais c’est bien de savoir ». C’est trop tôt pour faire un bilan mais il n’y a plus forcément de blocage, et les agences locales deviennent elles-même demandeuses. C’est le top quand ça commence à venir naturellement. Certaines relations conflictuelles avec le web en général n’ont peut-être pas encore été toutes réglées, mais globalement, ça se passe très bien.

Pendant ces formations, y a-t-il des différences de réceptions entre les nouveaux journalistes ou même les stagiaires, et des journalistes plus anciens, plus historiques de la maison ?
Il n’y en a pas autant qu’on pourrait l’imaginer en fait. Parce que le journaliste est une espèce à part. Je trouve que les journalistes ne sont pas geek, dans le sens positif du terme. On s’est construit toute une philosophie, dans la presse quotidienne en général, à dire « la technique c’est pas l’affaire des journalistes ». Au point qu’à un moment donné, il y a quelques années, je me suis demandé si on n’allait pas être la dernière profession à pas être équipée d’un ordinateur sur son bureau !
Concernant la rédaction web, je suis surpris parce qu’on a rarement des demandes de stages spécifiquement pour le web. J’ai des témoignages de jeunes stagiaires qui disaient qu’en étant en filière web dans leur école, ils étaient un peu vus comme des techniciens ou des sous-journalistes par ceux qui avaient pris presse écrite. Et je crois que malheureusement ces habitudes-là ont la vie dure. Mais on peut aussi tomber sur des gens de 30 ans peu à l’aise avec l’outil informatique. Je pense que c’est surtout une affaire de curiosité d’esprit, pas une question d’âge.

Le Progrès prêt pour l'autoroute de l'information qu'est le web :)

Le Progrès prêt pour l’autoroute de l’information qu’est le web 🙂


Twitter permet à un journaliste de se constituer un réseau. Là où avant c’était au café, maintenant ça passe aussi par Twitter. Ça peut être aussi utile pour chercher des témoignages, mais ça nécessite de répondre, que le compte soit animé.
C’est clair. Là-dessus il faut du Twitter local. Mais il faut l’animer, bien l’avoir bossé en amont, bien le connaître, etc.

On en revient aux équipes, la formation des équipes, l’appréhension d’une culture globale générale du web et de l’outil en particulier.
Je pense qu’il faut arriver à faire comprendre aux jeunes que les réseaux sociaux sont importants. Souvent ils arrivent en étant de plus en plus formés. Mais il faut vraiment qu’ils sachent le maîtriser, dans ce cadre journalistique. Et qu’ils se méfient quand même : oui, ça se joue beaucoup plus sur les réseaux sociaux qu’avant, mais ça ne se joue pas que là.

Le travail de veille, d’entretien des relations, mais aussi de vérifier, sourcer l’information ?
Voilà, le colonel de gendarmerie, il faut aller manger avec lui de temps en temps, etc. C’est une évidence mais je le précise bien quand je fais les formations. Je leur dis bien « attention, je ne suis pas en train de vous montrer des trucs qui vont vous faire changer vos pratiques métier, je vous apporte des compléments. Quand vous allez sur le terrain récupérer l’info directe, c’est très bien. Mais sachez que quand vous ne pouvez pas le faire, il y a peut-être d’autres moyens de la collecter. Quand vous êtes coincés ou quand vous n’avez pas les coordonnées de la personne, internet peut être un moyen ». De toute façon ça a été bénéfique. Et on a quelques anecdotes qui marquent les gens : on a vu passer il y a quelques années un stagiaire d’école, qui ne connaissait pas sa zone, et qui a sorti quelques infos. Pas des grands scoops, mais il n’avait pas eu besoin du communiqué de presse ou de l’agenda de la mairie. « tu l’as eu comment ? » « sur Twitter, j’ai vu quelqu’un qui en parlait… ». Là les journalistes locaux se sont dit « on connaît bien notre zone, et on n’avait pas cette info, il faut qu’on soit aussi sur Twitter. » C’est important, ce côté maillage du territoire, le fait d’être connecté à des comptes Twitter intéressant autour de soi.

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Le Progrès
a nommé Michel Mekki2 pour s’occuper globalement du web. Est-ce que cette nomination est dans la continuité de ce qui a été entrepris ces dernières années autour d’internet ?
On travaille ensemble avec Michel depuis un an et demi déjà au sein du groupe de travail sur internet, qu’il coordonne à l’échelle du Groupe Progrès. Sa nomination est donc un prolongement naturel pour moi. On échange énormément, ça fonctionne très bien. Il connaît parfaitement le groupe donc je pense que ça va se faire naturellement. Et il y a des choses qui vont bouger, qui sont pas forcément liées à l’arrivée de Michel. On va forcément être amené à développer de nouveaux produits, des nouvelles offres d’abonnements numériques, de nouveaux contenus… Est-ce que l’initiative de Sud-Ouest sur l’édition un peu différente le soir
est quelque chose de pertinent ? On regarde attentivement. Le premier qui va rencontrer un succès en PQR avec des offres comme ça va être suivi par tous les autres.

Accès gratuit ou payant : en PQR, il y a eu beaucoup d’idées de développement mais personne n’est allé vraiment tester, que ce soit du tout-payant ou des articles payants en nombre limité. L’Equipe commence à évoluer un petit peu sur ses tarifs d’articles en ligne, et c’est bien parce que c’est peut-être un blocage. Les articles du Monde à 2 € l’unité, plus chers que l’édition papier complète, ça n’incite pas le lecteur à prendre cette habitude.
C’est peut-être l’un des travers de la PQR française : elle regarde beaucoup ce que fait la PQR française. Ceci étant, c’est toujours dangereux de se comparer, par exemple quand on fait du
paywall en PQR parce que le New-York Times fait du paywall. LE NYT, c’est LA référence sauf que… c’est le New-York Times ! Et malgré ça, ils viennent de licencier des journalistes. La référence a longtemps été et est toujours aussi The Guardian. Mais le Guardian n’a trouvé aucune rentabilité. Ils ont aussi licencié du monde, ils ont des pertes colossales. Pour des pertes bien inférieures, Libération a licencié en 2014 plus de 60 personnes.
Même si c’est intéressant de regarder les initiatives, ce ne sont pas toujours des modèles qu’on peut transposer. Quand
Le Soir lance son édition du soir en PDF, c’est très bien. Sauf qu’ils ont juste une édition, ils ont donc le temps de réaliser un journal format PDF sur mesure, dans lequel on peut zoomer, ou faire un lien vers une galerie photo. Nous, on a 17 éditions, Le Dauphiné Libéré en a 24… C’est juste impossible. On n’embauche plus dans nos boîtes. Et sans embaucher je ne sais pas comment faire, ou alors on ferme des agences…

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J’ai l’impression qu’on est au creux d’une vague : avant il y avait peut-être des choses à tenter que personne n’a osé faire avec une rentabilité seulement à terme, pas immédiate. Et les titres sont actuellement coincés pour tenter des expériences sur le web car les ventes du print baissent.
Oui, c’est ça, ça va être compliqué. Mais le signe encourageant que je retiens, c’est ce qui s’est passé sur les deux dernières années : on est parti de très peu d’abonnés numériques à un volume très intéressant aujourd’hui. Et ça compte vraiment aujourd’hui dans la diffusion du
Progrès, dans la diffusion payée, dans l’OJD. Le truc déclencheur a été de coupler l’abonnement avec une tablette de qualité, bénéficiant des dernières mises à jour. Le parti, c’était de dire « vous payez votre iPad sur la durée, pour vous permettre de lire Le Progrès, mais il vous servira aussi à bien d’autres choses ». Ça a très bien marché auprès de gens qui n’étaient plus abonnés au Progrès depuis des années ou qui n’avaient jamais été abonnés. Et sans impact sur le prix du journal.
Parfois aussi, on a eu des abonnés qui nous disaient « six mois par an je suis sur la Côte-d’Azur et six mois par an je suis à Saint-Étienne, donc avec la tablette, ça ira très bien ». On a eu beaucoup de conquêtes d’abonnés comme ça.

Au niveau de l’âge des abonnés numériques, il y a eu une étude ?
Dans l’édition numérique, ce sont les mêmes contenus que le print. Et il se trouve que la tablette n’est pas un support particulièrement jeune. Le paradoxe, c’est que ça marche beaucoup mieux auprès des seniors que l’ordinateur. Donc ce n’est pas parce qu’on a une offre sur tablette qu’on va capter un lectorat qui a dix ans de moins. Après, dans le détail par tranche d’âge de nos abonnés web, on touche quand même des gens qui sont plus jeunes, voire une plus forte capacité à toucher les très jeunes. Une capacité que le
print a beaucoup moins.

L'agence locale d'Ambérieu-en-Bugey dans l'Ain.

L’agence locale d’Ambérieu-en-Bugey dans l’Ain.

La lecture de la presse sur tablette ou ordinateur, une tendance générale ?
Oui. Toutefois, pour moi, l’objectif du
Progrès aujourd’hui n’est pas d’aller chercher des 18-25 mais plutôt les 30-40. J’ai toujours entendu dire que le lectorat de la presse locale est plutôt inséré socialement, actif, etc. On fidélise plus facilement des gens qui ont ce profil que des gens de 20-22 ans qui ne sont pas forcément fixés dans leur vie future, dans leur ville future.
L’avantage de la PQR, qui couvre une globalité d’un territoire, c’est qu’elle peut toucher ses lecteurs soit sur des critères géographiques, soit sur des thématiques très variées. Ce sont ces différents points d’entrée-là qui font cumuler une audience.
Et c’est aussi un des buts que doit poursuivre ce compte Twitter. Vous êtes fan de l’OL : vous ne le savez peut-être pas, mais on a du contenu tous les jours pour vous ! Même s’il n’est pas forcément gratuit.

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Des hebdos, des mensuels peuvent s’adapter à réduire des parutions papier pour faire de l’actu chaude sur le web et de l’actu froide dans la version imprimée. Pour la PQR, ça paraît plus problématique…

C’est plus dur. Et pour autant… On est d’accord, dans le concept, ça ne se discute même pas : aujourd’hui vous avez 265 journalistes au
Progrès. Vous enlevez les six du web, vous en avez 259 qui sont tous les jours tournés vers la parution print, le bouclage et l’imprimé. S’inscrire dans du web, faire de l’info en continu, c’est compliqué. Pour autant les hebdos qui sont présents sur nos zones pourraient envoyer beaucoup d’infos sur leurs sites web et ils ne le font pas. Parce qu’en fait, ce sont les équipes qui font du print qui écrivent aussi pour le web. Donc qu’elles fassent du print une fois par semaine ou une fois par jour, elles font quand même du print, et finalement le retournement est manifestement aussi dur à faire chez eux que chez nous.

Parmi les mensuels dont les rédactions sont locales, Acteurs De l’Economie / La Tribune a basculé sur ce modèle de réduire le rythme du print en lançant un abonnement web, notamment.
C’est particulier, ce n’est pas de la presse locale. Mais l’économie est vraiment LE domaine qui est parfait pour le web, qu’on peut faire payer sur le web. J’exagère un peu, mais les seuls qui ont réussi le modèle payant très tôt, ce sont
Les Echos.
Je m’attendais à voir en France des hebdos plus réactifs, plus mordants sur le web. Décomplexés par rapport au fait que de toute façon, une fois qu’ils ont bouclé l’édition papier le mercredi soir et que c’est parti à l’imprimeur, tout ce qui va tomber jusqu’au lundi peut être posté en ligne. Et non, rien de flagrant. Après, sur du mensuel, un peu plus.
Lyon Capitale fonctionne bien sur le web.
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Avec une rédaction web dédiée, à
Lyon Capitale.
Voilà.
En 2011 au Progrès, le web était un service de la rédaction, qui vivait un petit peu à part. Aujourd’hui tout s’est normalisé, la production web est entrée dans le paysage. Et on est sur la voie d’une fusion des rédactions web et print. Malgré tout, à l’inverse, on pourrait opposer au raisonnement de dire que quand on fait un quotidien c’est compliqué de se pencher dans le web parce qu’on a un journal à faire. Finalement ceux qui sont le plus habitués en presse papier à faire du chaud en permanence ce sont les quotidien. Les gens du Nouvel Observateur, qui ont l’habitude d’avoir une semaine pour boucler une enquête, pour faire un dossier de 15 000 signes, etc., si vous leur dites « peux-tu me faire ton papier plus court pour le web ! ». Le journaliste répondra « 400 signes ? C’est un chapeau, je ne peux pas ! » Ils ont pourtant tous mis en place des rédactions dédiées… Lyon Capitale, finalement, a sa rédaction web parce pour le journaliste qui est habitué à faire de l’enquête et à pondre des grands feuillets, est-ce que ce n’est pas aussi dur pour lui de se mettre à l’info en continu et à la réactivité ?

Les réseaux sociaux et les journalistes : 50% des cartes de presse sont attribuées à des pigistes, et a priori ça devrait augmenter. Y-a-t-il maintenant une nécessité à savoir se vendre, faire son auto-promotion et montrer qu’on a une audience ?
Le
personal branding… C’est un grand débat, ce qu’un journaliste rattaché à une rédaction peut dire ou pas sur son compte personnel. Si je prends les journalistes qui s’occupent du foot au Progrès : j’aime bien la manière de twitter de Christian Lanier car il a un positionnement différent de celui du journal sans se mettre à parler d’autre chose. Il est journaliste au Progrès, spécialiste de l’OL, un club qu’il couvre depuis 20 ou 25 ans. Je dirais que son compte Twitter est « anglé ». Antoine Osanna et Jean-François Gomez sont aussi sur Twitter mais juste pour faire de la veille, ils ne publient pas ou peu. Mais je n’ai pas envie que demain on décide de les obliger à publier sur Twitter sous leur nom. Il faut qu’ils le sentent, qu’ils en aient envie. Il faut quand même assumer de se mettre en avant.
Et puis il y a un autre débat : si un de nos rédacteurs a 6 000 followers, ça rapporte quoi au journal ? S’il s’en va, on a capitalisé sur quoi ? Je n’ai pas la réponse. J’ai tendance à dire aux confrères en locales : « vous twittez des infos du journal sous votre nom, pourquoi pas, mais ce qui me semble plus intéressant c’est que le journal twitte des infos du journal. Que vous existiez à part entière parce que vous incarnez le journal, oui, mais il me semble que ce n’est pas forcément la première pierre de l’édifice. »
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Vous êtes peu favorables aux comptes personnels de journalistes sur Twitter ?
C’est du faux perso. Quand je fais des formations, je dis aux rédacteurs à propos de la mention « mes propos n’engagent que moi » : si vous voulez qu’ils n’engagent que vous, vous ne dites pas que vous êtes journalistes au
Progrès. « Mes propos n’engagent que moi », c’est la phrase qui ne sert à rien.

Le site du Progrès accueille des blogs, tenus par des journalistes de la rédaction. Comment ces blogs vont évoluer ? Salade Lyonnaise, du journaliste de Tribune de Lyon Antoine Comte, a été offensive sur ce créneau du blog journalistique pendant les municipales
On va arrêter les blogs hébergés sur le site. Ils n’étaient pas très bien mis en valeur ou assez alimentés, et le gros du référencement est sur les papiers
Progrès, pas sur notre plate-forme blog. C’est notamment pour ça qu’on a créé une vraie rubrique sur le site et pas un blog, pour le service Documentation Photo qui souhaitait un espace.

Cette section des archives photo du Progrès est une très bonne idée, je trouve !
Oui, c’est super bien ! On leur a donné accès à notre puissant outil back office, qui permet de faire de plus beaux albums photos que sur la plate-forme blog. Avec la possibilité de faire une meilleure promotion des contenus. Et résultat, ça fait un carton. On les met en Une. Et c’est une grande valorisation du fonds ancien, qui est très riche. Le service Documentation photo est ravi !
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Pour la PQR, pour
Le Progrès, il y a une capitalisation de ces 135 années d’existence, car un quotidien est le témoin de ces décennies passées. Ces témoignages, ce sont les archives photo, mais ce patrimoine ne s’arrête pas à ça. Depuis des années, L’Équipe Magazine ressort en dernières pages les Unes d’il y a trente ans. Vous faîtes déjà cela au Progrès sur certaines parutions spécifiques, mais est-ce que ça pourrait être un peu plus récurrent dans le quotidien ?
Il y a des photos tirées du fond sur la Libération à Lyon. Dans les locaux historiques du
Progrès, là où il y a la FNAC rue de la République. Dans cet ancien hall du Progrès, c’était l’agora. A l’époque c’est vraiment là qu’on venait chercher des news, ça vivait, c’était bouillonnant. Il y avait des grands tableaux noirs où on écrivait les dépêches à la craie, et les gens venaient les lire, le hall est bondé.
Mais il y a une espèce de pudeur à la rédaction à aborder des sujets comme ça. Je suis Lyonnais, j’adore ma ville. Je suis de Monplaisir, j’y ai grandi et je suis très attaché à son patrimoine et son histoire, sans vivre dans le passé. Mais dès qu’on parle de sujets comme ça, les gens ont le sentiment qu’on va faire le journal qui regarde dans le rétro. Je pense que ça tient aussi au fait qu’à côté de ça, on n’a pas assez de contenu moderne. Du coup on a l’impression que si on rajoute du patrimoine, ce sera au détriment de l’information locale de proximité. Je pense qu’il faudrait arriver à…

Créer ?
Oui, c’est tout l’enjeu !

Est-ce que ça n’a pas été l’un des aspects positifs de l’évolution web : un peu plus de multimédia à l’intérieur des pages, avec les infographies comme celle qu’il y avait eu pendant les municipales sur l’historique des maires de Lyon, par Jean-Philippe Michaud. Ça peut être des photos justement en lien…
L’infographie qu’avait faite Sébastien
Jullien sur le staff technique de l’OL, c’était presque deux jours de boulot mais beaucoup mieux que de simplement dire « voilà le nouveau staff » avec quatre lignes par personne. C’était animé, sur la photo du staff, vous cliquiez sur Hubert Fournier et vous aviez des éléments de bio, etc. C’était sympa, ça a fait 30 000 pages vues, là où un simple article pour dire « le nouveau staff est …. » aurait 5 000 vues – ce qui aurait déjà été très bien. Donc c’est valorisant, c’est moderne, c’est sympa, c’est agréable à faire et on est content du contenu qu’on a produit.
On n’en fait pas autant qu’on voudrait, faute de moyens, faute de temps parce que le desk nous prend la majeure partie des ressources. On va plutôt dans le sens de conserver ça en attendant la possibilité de monter en puissance, de multiplier ces modes de traitement. Je pense que la plupart des deskers de mon service sont sur la même longueur d’onde : c’est beaucoup plus sympa de faire une frise chronologique ou un mini-webdoc…

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frise chronologique web retraçant tous les maires de Lyon, réalisée par le journaliste Jean-Philippe Michaud, à l’occasion des élections municipales 2014.

À titre personnel je ne suis pas un grand consommateur de vidéo sur le web. Même si ce media est annoncé comme l’avenir du web…
Ce qui marche, ce sont les vidéos buzz, les vidéos des youtubeurs comme Rémi Gaillard. Mais la vidéo d’info… On ne se fait jamais tourner une vidéo d’info entre nous. Et on n’aura jamais de clics sur une vidéo d’info sur Facebook. Et nous ne sommes pas en capacité aujourd’hui de faire des vrais et beaux sujets vidéos, parce que ce n’est pas notre métier… Faire des infographies animées, être réactif dans le traitement de l’actu via des infographies « à la mode », faire la cartographie via
Google Map des horaires des écoles du Rhône sur les nouveaux rythmes scolaires, c’est plus à notre portée. Dans la rédaction, les gens préfèrent faire ça et on a de meilleurs retours en audience. Et on est tout aussi complémentaire du print que quand on fait de la vidéo. Continuons là-dedans, avec nos moyens et nos ressources.

L’autre possibilité du web, ce sont aussi des papiers plus longs. Est-ce envisageable pour le web malgré tout, dans cette idée d’écrire pour le web ET pour le print ?
Oui, c’est ce qui nous manque actuellement : on n’a pas assez de papiers plus longs. Aujourd’hui, les papiers longs sont ceux du
print et sont payants. Du coup, sur la partie gratuite du site web, on a surtout des brèves. Les papiers longs, en ligne, ce sont les dépêches AFP, ou quelques contenus à la marge. Je trouve que ça manque. Après, est-ce que justement il ne faut pas être un peu plus offensif à Lyon, parce que c’est là qu’on a un réservoir d’audience formidable et qu’il faut aller le chercher ? Je pense que LyonCapitale.fr, Rue89Lyon.fr et LeProgres.fr pourraient faire des audience formidables à Lyon sans se voler le moindre visiteur. On est sur des offres presse différentes.

Une vitrine-web active pour le titre, mais pour quel résultat ? Les chiffres de rentabilité web sont rarement publics, et l’économie de la presse est fragile. Tribune de Lyon, s’il n’y a pas les annonces légales, c’est compliqué.
Pour beaucoup de titres, c’est
compliqué. Le drame, c’est que si vous mettez sur la table toutes les publications qui sortent à Lyon, qu’elles soient gratuites ou payantes, avec beaucoup ou peu d’info, ça fait une pile énorme. Sur un mois c’est phénoménal. Des journaux de quartier, d’associations de commerçants… C’est délirant ! Et des lecteurs qui, de plus en plus, ne sont pas Lyonnais.

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De tête, 50% de la population lyonnaise n’est pas lyonnaise d’origine.
Et je ne sais plus quel est le pourcentage qui change tous les quatre ans. Ce n’est pas un jugement de valeur, juste une donnée sociologique. C’est un syndrome que
Le Parisien connaît bien à Paris. Quand vous pensez que Le Parisien vend 200 000 exemplaires à travers la France, alors qu’il s’adresse à un bassin de 9 millions de personnes… Le taux de pénétration est inversement proportionnel au nombre de leurs citations dans les médias. Malgré cela, ils font – 8 % en diffusion.
Mais ils ont cette culture de sortir de l’info, d’essayer d’imposer leur propre timing, de ne pas attendre les communiqué… Les pages « Evénement » ou « Le fait du jour » ont été un modèle pour la PQR.
Le Parisien a inspiré tout le monde. Malgré tout, ça ne paie pas.

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une partie de la constellation de comptes Twitter du Parisien.

Le Parisien a une constellation de comptes Twitter aussi. Je ne suis pas allé voir en détails ce que ça donnait en contenu mais s’ils arrivent à les alimenter tous, je dis bravo. Mais ça brouille la lisibilité de l’offre, malgré tout.
Parfois, quand je suis dans l’
Apple Store ou GooglePlay, je tape le nom d’un journal et je vois trois applications. Laquelle dois-je pour avoir de l’info ? Au Progrès, on n’en a qu’une et c’est pas près de changer. Et sincèrement, je la trouve très bien. C’est une appli unique pour tablettes et smartphone, ça s’affiche plus large selon le support mobile. Elle se charge vite, se réactualise simplement. Sur tablette on télécharge son PDF quand on est abonné, c’est rapide et confortable.

Comment sont vus les blogueurs, au sein de la rédaction ?
Il y a beaucoup de blogueurs à Lyon, et je pense qu’on sous-estime leur importance, on ne les connaît pas assez. C’est un chantier important pour nous parce que les blogueurs lyonnais devraient être parmi nos premiers interlocuteurs. Dans notre stratégie digitale,
via Twitter par exemple, il faut qu’on s’intéresse plus à cette communauté. Sans du tout donner l’impression que c’est le gros journal de PQR qui veut récupérer de l’audience, on aurait beaucoup à gagner à avoir des liens plus étroits avec les gens de la blogosphère lyonnaise. Voir comment on peut les mettre en avant ou montrer ce qu’ils font à nos lecteurs qui ne les connaissent pas forcément, etc. Je pense que ça ne dérangerait pas forcément la blogosphère d’avoir un peu plus de liens, de proximité avec un gros média local.

1 Chaque année, le journal organise ou co-produit divers événements comme les Trophées de l’Entreprise, les trophées des Maires du Rhône, des concerts, des événements sportifs…

2 Auparavant rédacteur en chef du Bien Public (basé à Dijon) et du Journal de Saône-et-Loire (basé à Châlon-sur-Saône), Michel Mekki a été nommé en septembre 2014 directeur technique des rédactions du Progrès (basé à Lyon), du JSL et du Bien public.

 

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5 réflexions sur “Presse et internet : Le Progrès se développe sur le web #PQR #media

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