De la cyberculture à la Demeure du Chaos

La Demeure du Chaos, ancien relai de poste de St-Romain-au-Mont-d’Or près de Lyon, a été acquis et transformé par le très discuté Thierry Ehrmann (plasticien et notamment président de Artprice) en un lieu d’art contemporain à ciel ouvert. De nombreux thèmes sont abordés, que ce soit la mystique (alchimique, religieuse, maçonnique, Ehrmann ne se cachant pas d’être un « frère trois-points »), les sciences, l’histoire, la politique… et le numérique.
La présence de références à la culture internet ne se dissocie pas de toutes les influences du maître des lieux, au contraire : elle n’en est que l’une des représentations logiques de sa pensée globale. Et l’un des signes que cette pensée est en mouvement, en évolution perpétuelle, comme le prouve l’actualité récente de certaines œuvres. Visite non exhaustive et réductrice sous cet angle de la cyberculture.

Hakim Bey :

(source : wikipedia)

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Les écrits de l’Américain Hakim Bey sont l’une des sources d’inspiration majeures de Thierry Ehrmann, ainsi que de nombreux acteurs du cyberespace. La Demeure du Chaos peut être vue comme une TAZ, une Zone d’Autonomie Temporaire, concept cher à Hakim Bey et dont internet est l’un des avatars. Outre un portrait, on rencontre aussi plusieurs de ses citations.

The Pirate Bay :

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Présente-t-on encore The Pirate Bay, LE site de torrent des années 2000, qui a en gros été la référence en jurisprudence sur le sujet du téléchargement illégal, mais aussi du débat sur la démocratisation du partage œuvres culturelles, la législation – et par extension la censure – sur le web, et l’anonymat des utilisateurs, etc. La référence explicite à la figure des pirates (symbole de liberté et du refus à l’autorité) est donc tout sauf un hasard, le numérique débordant souvent vers des questions politiques.
Pour rappel, la technologie utilisée pour télécharger, le Peer-to-Peer, avait été initialement inventé par des universitaires pour l’échange d’informations sur leurs recherches. Le P2P a ensuite été démocratisé par eMule.

Arpanet :

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Arpanet est l’ancêtre d’internet – tout au moins du principe d’ordinateurs qui communiquent ensemble, inventé à la fin des années 60 par les militaires américains. Des militaires à l’origine du chaos incontrôlable et protéiforme qu’est internet, c’est toujours amusant à souligner.

Indymedia :

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Indymedia est une plateforme de médias alternatifs (orientés à gauche et à l’extr$eme-gauche) des quatre coins du monde. Les rédactions locales sont autonomes, chacun est libre d’y publier et la modération est faite a posteriori. En Rhône-Alpes-Auvergne, on trouve une rédaction à Grenoble, et si le site Rebellyon ne fait pas partie d’Indymedia (il s’en explique ici), il s’inscrit dans la même démarche militante et activiste.

Fsociety / M. Robot :2016-04-DdC-14
Hackers, activisme anticapitaliste, révolution par le chaos, réflexions sur les pouvoirs et dangers du web… La présence d’une référence à la série M. Robot est tout sauf une surprise ! La saison 1 se termine par une sorte de Tabula Rasa, que les protagonistes espèrent être un renouveau salvateur.

Anonymous :

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Le mouvement Anonymous, apparu dans le courant des années 2000, est très présent à la Demeure du Chaos. Il symbolise autant l’hacktivisme et les luttes collectives que l’autre face du web, le darknet, les chat IRC sans modération (et donc avec une liberté quasi-totale d’expression), ainsi que le droit à l’anonymat sur le web. La capacité de mobilisation des troupes d’Anonymous est forte et a joué un rôle aussi bien lors du Printemps Arabe (l’accès à internet étant censuré par certains états) que lors de l’affaire Snowden et le scandale de la surveillance des données personnelles par la NSA. Les références à Anonymous sont très présentes à la DdC.

Wikileaks.org / Julian Assange / Bradley-Chelsea Manning / Edward Snowden :

(source : livret édité par la DdC)
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De fait, les lanceurs d’alerte comme Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning sont aussi présents sur les murs de la Demeure. Wikileaks est aussi maintes fois cité. Une fois encore, la liberté d’expression et d’information permise par internet, qui redistribue les rapports de force.

Maurice G. Dantec / Norman Spinrad :

(source : livret édité par la DdC)

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Auteur sulfureux de SF, Maurice G. Dantec aborde dans son œuvre le post-humain (et le trans-humain, avec la rencontre de l’Homme et de la machine), l’Intelligence Artificielle, la mystique symbolique et religieuse, les hackers… Adepte de Saint-Augustin (« Mourir par le feu, renaître par le feu ») et de Nietzsche, philosophe du mouvement (le concept de nihilisme actif), Dantec avait tout pour figurer parmi les portraits de la Demeure. Notons aussi la présence picturale de son acolyte l’écrivain d’anticipation Norman Spinrad, dont les romans futuristes à connotation politique préfigureront le Cyberpunk, bien avant William Gibson. Il est décédé le 25 juin 2016.

Pour en savoir plus sur la démarche de Thierry Ehrmann, l’interview nécessaire de Laurent Courau à lire là.

La demeure du Chaos / Musée de l’Organe
Rue de la République, 69270 Saint-Romain-au-Mont-d’Or
ouverture gratuite au public les week-end.

Et pour compléter ce billet, l’album de la visite sur Flickr :
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Une réflexion sur “De la cyberculture à la Demeure du Chaos

  1. Pingback: Maurice G. Dantec : épilogue (et interview de jeunesse) | toniolibero

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