Maurice G. Dantec : épilogue (et interview de jeunesse)

L’écrivain Maurice G. Dantec est décédé dans la nuit du 25 juin 2016, a signalé son dernier éditeur Inculte sur sa page Facebook. Fin d’une époque pour moi, qui ai découvert cet auteur il y a 20 ans, et dont la lecture des Racines du Mal puis, entre autres, du 1e volume du Théâtre des Opérations, fut un tournant important dans ma petite vie intellectuelle. Dantec se situait, pour moi, dans un triptyque évolutif partant de La Chute d’Albert Camus (le constat de la fin des idéologies), passant par Extension du domaine de la lutte et Les Particules élémentaires de Houellebecq (le deuil de la fin de l’Occident des Lumières). Il représentait cette 3e étape du post-humain, de la post-histoire du XXe siècle, avec une vision du monde totalement décomplexée (géopolitiquement, culturellement, technologiquement) et souvent polémique. L’écrivain du Ragnarök.

Auteur protéiforme et prolixe, il avait aussi touché à la musique avec No One Is Innocent (l’album Utopia, en 1997, pour lequel il composa quelques textes et prêta sa voix, et ça s’écoute toujours très bien) et le groupe Schizotrope, qu’il formait avec le disciple-élève de Deleuze et guitariste Richard Pinhas (qui a d’ailleurs collaboré en 2000 à l’album Présence Humaine de Michel Houellebecq, comme quoi, les hasards…). A l’occasion d’une tournée en 1999, il était passé via feu le Pezner, où le scribouillard balbutiant que j’étais a pu le rencontrer. Retour en arrière de 17 ans, donc, pour un hommage à l’un des écrivains les plus controversés de ces dernières années.

2016-04-DdC-07

Dantec sur les murs de la Demeure du Chaos, qu’on présentait ici

Interview parue dans le magazine 813 n°68, octobre 1999, merci d’être compréhensif pour ces écrits de jeunesse…

Interview Maurice Dantec, 7 avril 1999 au Pezner [Lyon]

Mercredi 7 avril 1999, salle du Pezner à Lyon. La scène lyonnaise la plus alternative recevait l’ultime concert de la tournée de Maurice G. Dantec et Richard Pinhas, intitulée Le Plan. Au programme, « lecture-performance » : Dantec reprend des passages d’ouvrages de Deleuze, Nietzsche et quelques autres, accompagné par un montage video défilant derrière lui, et surtout la guitare et la table d’effets de Richard Pinhas, mythique fondateur du groupe Heldon. Dantec achève donc sa tournée internationale avec Pinhas en France, pour y entamer la promotion de Babylon Babies, dernier opus en date commis par l’exilé [Dantec s’est installé à Montréal], et qui s’annonce comme une nouvelle bombe très attendue par les fans. Un nouveau livre transgenre, annonciateur des formes romanesques du futur, intégrant les divers champs de la culture mondiale au niveau littéraire, historique, religieux, scientifique, etc.

Le concert fini, rendez-vous était pris en coulisse avec l’auteur qui avait dynamité les genres en 1995 avec Les Racines du Mal, ouvrage mélangeant polar et SF, et qui avait marqué un tournant dans la littérature noire française en même temps qu’il redorait les lettres de noblesse du genre fantastique assez sous-estimé en territoire hexagonal. Il ouvrait au passage une brèche médiatique pour une nouvelle génération d’auteurs SF que l’on peut enfin apprécier dans la série des MacNo.

Juste le temps de passer du Schizotrope aux psychotropes, et on commence.

Questionnaire de Proust de Maurice Dantec : quel est pour vous le comble de la misère ?
Le comble de la misère… le comble de la misère… [long soupir de fatigue] Là, après un concert, je peux pas… J’ai même pas deux neurones qui fonctionnent, c’est dur ce que tu me demandes, là…

Ça tombe bien, il y a quarante questions…
Oh putain… [re-soupir] Excuse, mais je crois que ça va pas être possible, là, je suis pas dans le… Je suis trop naze pour avoir même ne serait-ce que le moindre mot d’esprit… Désolé…

C’est pas grave, on va passer à autre chose. On va revenir sur le concert de ce soir : est-ce qu’on peut dire que Neuromatrix [1] est une première introduction à ce que tu fais maintenant avec Richard Pinhas ?
Non, c’est pas comme ça qu’il faut le voir, je crois… C’est que moi de toute façon ça m’intéresse pas de faire chanteur de rock donc les rares fois que des gens qui font de la musique m’ont demandé de faire des choses avec eux j’ai essayé de trouver une manière de faire la chose qui soit différente. Avec No One Is Innocent, Kmar était le chanteur, donc c’était réglé…

J’avais discuté avec Thierry Molinier [2] et il m’avait dit que tu étais rentré sur scène et que tu avais eu un jeu de scène époustouflant mais très intériorisé…
Ah bon, mais j’ai jamais fait de scène avec eux…

Pourtant il m’avait dit qu’ils avaient tenté l’expérience une fois, et que ça avait pas été terrible…
Si j’avais fait une scène, je m’en souviendrais, pourtant…

Donc il s’est planté…
Peut-être…

Le mélange des images, du texte et de la musique, est-ce que c’est l’intertextualité que tu avais voulu essayer, quand tu avais un projet de CD-Rom, une histoire contenant des liens hypertextes renvoyant à diverses choses [musique, textes, etc.]
Oui, mais le projet de ce CD-Rom n’a pas abouti donc les problèmes d’intertextualité restent en suspens tant que ceux de la textualité ne sont pas encore résolus, on va dire.

C’est marrant de te voir cité par Riton V. [NDLA : dans le n° 2 des MacNo], parce que Jean-Bernard Pouy aussi te cite plus ou moins nommément dans La Belle de Fontenay… tu couvres pratiquement une génération d’auteur…
Ouaih, mais tous ces gens-là se connaissent, c’est un peu des inside jokes, si tu veux…

Riton V, il fait partie du groupe Houssin [3], Kounen, et peut-être aussi Kassovitz, tous se connaissent. C’est donc pas très étonnant que ce soit eux qui s’occupent des adaptations cinéma de tes bouquins…
Kounen n’est pas du tout partie prenante dans l’adaptation, Riton V. non plus… Joël, oui, et Olivier Mégaton aussi, qui va vraisemblablement adapter La Sirène Rouge.

Cet après-midi à la librairie où tu dédicaçais tes bouquins, tu as aussi parlé d’un court-métrage, de quoi il s’agit ?
Je sais pas. C’est un garçon qui a fait ça, je suis au courant de rien [4].

Ce que je connais de toi, c’est tes trois bouquins que sont La Sirène Rouge, Les Racines du Mal et Babylon Babies, un essai dans la revue « Les Temps Modernes », et une nouvelle dans le recueil Paris, Rive Noire.
Y’a eu la nouvelle du Monde, aussi, Là où tombent les anges [5], ainsi qu’un texte sur le site web Pagina. Une conférence sur l’urbanisation du futur [NDLA : transition urbaine, scenarii du futur, dispo sur Internet], il y a deux ans aussi.

Passons à Internet : as-tu un E-mail ou pas ?
Oui. Mais je fais croire que je n’en ai pas, comme ça… ça m’évite de le donner.

Est-ce que tu contrôles ta présence sur le net ?
Tu sais, c’est toujours difficile de contrôler sa présence sur le net. Je sais qu’il y a plein de sites sur lesquels j’ai des trucs, mais je les connais même pas tous…

Tu sais combien il y a d’interviews de toi sur le net ?
Je sais plus. En plus, tu vois, ça part d’un site à l’autre…

Moi, j’en ai recensées huit, et une seule a moins de deux ans. C’est amusant de constater ça et en parallèle de trouver des textes sur l’urbanisation du futur… Y’a rien de récent, en fait…
Ouaih…

[rires] Merci pour le développement de la réponse…
Non, mais je prépare quelque chose, mais on verra ça plus tard.

Donc on n’en parle pas maintenant.
Oui. Et puis, ça n’a pas d’objet…

Est-ce que tu comptes faire un site perso, comme Houssin, ou Spinrad ?
Non. Je refuse. Je veux pas faire ça.

Pourquoi ?
Parce que… Tu vois, je suis en pleine phase où… je vais vers l’isolation. Tout ça est très bien, si tu veux, y’a pas de problème, l’économie en flux continue, le stade schizosphérique terminal du capitalisme… Personnellement, dans une phase transitoire, je suis en train de subir pas mal de transformation, le livre en objet-marchandise, par exemple… Momentanément, je vais faire un petit break…

Justement, la gestion de la sortie du livre et en même temps la tournée, c’est lourd, non ?
Ça, je ne le referai plus jamais [rires] !

J’ai trouvé qu’il n’y avait pas eu beaucoup de promo… Y’a les Inrockuptibles qui sont allés te voir à Montréal, mais sinon, j’ai pas trouvé qu’il y avait eu beaucoup de couverture médiatique par rapport aux Racines du Mal.
Si, si. Ça va venir [6]. Oulah… Ce n’est qu’une longue, longue montée en puissance. C’est que le début. Le bouquin est sorti seulement y’a quoi, un mois…Trois semaines, même…

La promo des Racines du Mal s’était faite plus proche de la sortie du bouquin, si je me souviens bien…
Tu sais, je m’intéresse peu à ce genre de truc. Eux, ils font leur plan marketing, je passe un mois en France, je remplis les cases. Et j’essaie de faire mon job, aussi dans la mesure du possible de ne pas me laisser piéger par le cycle de la marchandise. Essayer au moins d’être un grain de sable là-dedans. Mais je peux pas faire plus.

Revenons aux Racines du Mal. Tu peux nous le présenter, ce bouquin ?
Tu vas pas me demander ça… Comment veux-tu que je présente mon propre bouquin ? On n’est pas journalistes, nous, moi je sais pas faire une synthèse de mon travail. Il me faut 650 pages, déjà, pour pouvoir l’exposer…

Désolé, ce n’était qu’une honteuse introduction à une question de détail sur le personnage de Schaltzman. J’avais trouvé que la manière dont il meurt, ça rappelle un peu Mesrine [7], par rapport au fait qu’il laisse un testament en K7 audio, qu’il meurt dans un fourgon, points communs qu’il partage avec le défunt ennemi public n°1…
Je serais tenté de dire que chacun voit midi à sa porte. Moi, j’ai pas pensé à Mesrine, mais t’as le droit de faire cette interprétation-là, ça me pose pas de problème. Si ça a stimulé quelque chose dans ton imagination…

Tu dis que dans Les Racines du Mal, le personnage d’Eva Kristensen et le Club des Ténèbres torturent et agissent par jeu…
C’est ça. Si tu veux, j’ai fait un peu mien un certain précepte… Il me semble que l’activité supérieure de l’Humanité, et d’une certaine manière du divin, c’est le jeu [voir Deleuze, qui reprend lui-même Héraclite, etc.] y compris dans le crime. Ce type de processus humain peut s’effectuer dans toute sa dimension, et y compris la criminalité.

J’ai trouvé aussi que si le personnage principal Darquandier cherchait à coincer le Club des Ténèbres, même si c’était par but scientifique car c’est sa formation et son boulot, c’était aussi par jeu…
C’est la même chose, c’est par jeu. J’ai remarqué que plus ça va, et plus mes personnages sont eux-mêmes aux prises avec des forces comme s’ils étaient des pions, des figures d’un jeu tout en étant eux-mêmes des joueurs. C’est un peu un résumé, même s’il vaut ce qu’il vaut, de la condition humaine, il me semble…

Y’a aussi dans tes bouquins souvent aussi bien des références textuelles à des bouquins que des trucs plus sous-entendus. Et j’ai trouvé que toute la nouvelle Là où tombent les anges était en fait un énorme jeu de piste, avec beaucoup de références à trouver… C’était pas vraiment « j’écris une nouvelle pour l’avoir fait et basta », mais plutôt « mettre tout ce que je peux en private jokes« …
C’est exact, ouaih… Mais c’est pas vraiment de la private joke, c’est plutôt des espèces de signes laissés aux générations futures.

D’où le nom du personnage principal, H. G. B. Dantzig…
Oui, ça fait partie de ce système, aussi…

Il y a la fin d’un chapitre dans lequel Dantzig raconte qu’il a lu les bouquins de son grand-père… Tu n’as pas peur qu’on y voit une démarche mégalo ?
Si je commençais à avoir peur de ça, alors je m’arrêterais tout de suite… A partir du moment où tu joues avec toi-même, on te prend peut-être pour un mégalo… Mais y’a rien de mégalomane, c’est un jeu… c’est une activité supérieure…

Y’a aussi les photos qu’on a de toi, sur les quatrièmes de couverture ou sur le net, une image assez rigide, toujours avec les lunettes noires… le fait aussi que tu te sois barré à Montréal, ça pourrait être pris d’une manière assez hautaine si on ne veut pas aller plus loin…
C’est leur problème, qu’est-ce que tu veux que je te dise…

Pour parler du Kosovo et de la situation actuelle, la protestation de l’Assemblée Nationale concernant la légalité des premières interventions m’a rappelé la Sirène Rouge, et l’épisode à l’hôtel de Sarajevo qui accueille pour un cocktail toutes les personnalités occidentales couvrant le conflit yougoslave. Et Toorop, mercenaire marqué par les atrocités commises, débarque là-dedans et remet les pendules à l’heure avec les diplomates en costard cravate et les journalistes en robe de soirée…
[Il coupe] J’ai plus rien à dire sur l’ex-Yougoslavie. Je préfère pas parce que… à la limite, je pourrais dépasser les bornes. On va dire que j’attends l’événement en cours depuis si longtemps que… je me dis juste qu’avec un peu de chance, c’est pas encore trop tard. Bon, on verra bien…

T’aimes pas qu’on te pose cette question, donc je te demandes pas ce que tu vas faire après…
C’est pas que j’aime pas, c’est que je sais pas… J’aime pas trop programmer ma vie à l’avance. J’ai des voyages à faire, des expériences musicales avec l’énergumène nommé Richard Pinhas, des amis à revoir… Maintenant, j’ai fait ma part de boulot pour un certain nombre d’années, entre le bouquin et Schizotrope. Ça vaut ce que ça vaut, après les critiques jugeront, mais moi il faut que je me ressource, que je découvre d’autres choses. Que je reparte un peu à zéro.

Tes rééditions chez La Noire, c’est dû à tes propos dans les interviews où tu disais que t’étais pas assez payé chez Gallimard ?
Ah, ça a peut-être fait pression sur la maison… En fait, c’est des décisions qui ne m’appartiennent plus… La série Noire, j’y suis entré un peu par hasard, on m’y a bien traité… tant qu’à choisir une case dans l’édition, après tout, c’était pas si mal, donc… moi, je suis un peu loyal aussi avec les gens qui ont su prendre le risque, parce que je savais qu’il y avait quand même un risque, de me publier… Donc voilà…

Au niveau ciné, tu attends ou craints quelque chose pour les adaptations de tes bouquins ?
Moi, si tu veux, ce sont des machines qui me sont un peu étrangères. Avec Joël Houssin qui adapte Les Racines du Mal, j’ai annoté son scénario, mais en toute liberté, car contractuellement, à tout niveau, je ne suis rien dans l’adaptation. C’est uniquement entre lui et moi. C’est des échanges d’opinions, d’idées, mais ça va pas au-delà. Il fait ce qu’il veut de mes idées. Elles sont gratuites, il les prend ou il les prend pas. Moi, je fais des livres et après il y a des gens qui veulent bien éventuellement les adapter, c’est leur problème, des gens qui vont les réaliser, ça va être leur problème… des producteurs qui vont peut-être perdre beaucoup d’argent, ce sera encore leur problème… Voilà, quoi…

Je te demande ça parce que généralement, les adaptations de SF ou d’anticipation sont plus ou moins catastrophiques, à part quelques rares succès…
J’ai pas de jugement a priori… De quoi tu parles ?

Au niveau des fiascos, y’a les adaptations de Gibson qui sont quand même assez terribles…
[rires] C’est exact…

… et la seule adaptation réussie, bien que différente du livre, c’est Blade Runner
Oui, mais y’a pas de solution, de recette a priori. Même un bon réalisateur peut rater un film, c’est arrivé aux plus grands. Tu peux aussi tomber sur un mauvais réalisateur, ou sur un réalisateur qui n’en a rien à foutre et qui veut juste passer sa gonzesse… Les typologies peuvent pulluler. Dans le cinéma, tu sais jamais sur quoi tu vas tomber, c’est un peu le problème… Joël Houssin est bien placé pour le savoir…

Houssin, il fait partie de cette jeune génération dont on parlait tout à l’heure, plus ou moins inclus dans cette bande des Kounen, Kassovitz, ou Caro, où tout le monde se connaît. Et ça peut ouvrir des portes, surtout avec le nom de Dantec derrière…
Oui, mais moi, c’est pas mon problème, je veux pas mettre le pied, même le moindre bout d’orteil dans la machine de la production cinématographique… Je connais un peu, et non merci. S’il y a des gens qui veulent prendre le risque d’adapter mes livres, eh bien ils prennent ce risque, ils achètent les droits et ils essayent de faire un film. Je ne veux pas être partie prenante de ça.

Tu as des projets d’écriture au niveau cinéma, justement ?
Non, non. Moi, j’écris pas pour le cinéma.

Et tu ne l’envisages pas ?
Non. Pas maintenant, en tout cas. Peut-être que dans dix ans, j’aurai changé d’avis, j’en sais rien. Mais à l’heure où je te parle, non.

Pour l’adaptation ciné des Racines du Mal, par rapport à ce que tu as proposé à Houssin, t’es rassuré ou pas concernant les parties philosophiques ou disgressives qui ont une part importante dans le livre…
Pour l’instant je mets ma réponse en suspens parce qu’en ce moment Houssin est face à des problèmes de production qui dépassent allègrement ceux de l’écriture. Mais a priori je suis plutôt rassuré par le traitement préliminaire de Joël là-dessus.

Parce que La Sirène Rouge est plus facilement adaptable que Les Racines du Mal
On verra bien…

Et Là où tombent les Anges, il y a quelque chose ?
Non, y’a rien.

Je suis étudiant en cinéma, et je ne peux donc pas louper cette question : qu’est-ce que c’est, tes références cinématographiques ?
J’aime pas le mot référence. Sincèrement, j’ai pas de référence cinématographique, sinon tout le cinéma, peut-être… sinon, mes goûts, euh… mes goûts sont variés et d’ailleurs variables… Kubrick, Cronenberg, Lynch, Lars von Trier, Tarkovski, des gens comme ça… Sergio Leone, Clint Eastwood, pas mal de cinéma américain, John Ford, Mankiewicz, Hitchcock qui n’est pas américain… Sinon, chez les Français, y’a Méliès qui fut un génie, j’aime bien certains films de Godard, plutôt dans la première période, tu dois en connaître…

Alphaville [8]
Ouaih, tout à fait. C’est peut-être même son chef-d’œuvre, à Godard. C’est un vrai film, vraiment grand…

Alphaville, j’ai l’impression que ce film est 15 ans avant ce que Brazil a pu être…
Oui… Y’a aussi des mecs comme Chris. Marker [la Jetée] aussi dans les années 60 dont Gilliam s’est ouvertement inspiré pour faire 12 Monkeys. Mais il est vraisemblable qu’un mec comme Gilliam ait beaucoup regardé un certain type de cinéma un peu marginal expérimental français des années 60.

La Nouvelle Vague, etc.
Ouaih, tout ça. Après cette période, le cinéma français commence un peu à m’ennuyer, personnellement…

Y’a Blier, quand même…
Ouaih, mais Blier m’a jamais…

Buffet Froid est quand même grandiose…
Ah ouaih, remarque, c’est vrai que Buffet Froid c’est quand même bien. Je dis pas qu’il n’y a pas eu quelques trucs…

C’est vrai qu’au début des années 70, la production française bascule, y’avait moins de prises de risques et plus de tentatives commerciales…
Ouaih, c’est ça… le cinéma français est devenu assez sage, assez conservateur…

Sinon, tout va bien, tu es content de ce que tu fais ?
Je suis jamais très content de ce que je fais… c’est mon problème, mais je vis avec… 

NOTES :

[1] : Maurice Dantec a travaillé en 1997 à l’écriture du dernier album de No One Is Innocent, Utopia. Sur le dernier morceau, Neuromatrix, Dantec lit des passages des Racines du Mal.

[2] : Thierry Molinier : ex-batteur de No One Is Innocent.

[3] : Joël Houssin est l’auteur de la série des Dobermann [entre autres livres], qu’il a ensuite co-scénarisé avec Jan Kounen pour l’adaptation cinématographique du même nom.

[4] : Je n’ai recensé à ce jour qu’un documentaire consacré à Dantec : Les territoires de Maurice G. Dantec, 25′, Christophe Derouet, 1998. Ce documentaire a été diffusé le 19 avril 1999 sur France 2 à… 2h30 du matin.

[5] : En 1995, Le Monde commande à Maurice Dantec une nouvelle dans le cadre du cinquantenaire de la Série Noire. Son titre sera Là où tombent les anges, disponible sur le Net sur le site des OuRs.

[6] : En effet, depuis cette date, Maurice Dantec est apparu ou a été « promotionné » [liste non exhaustive et en constante expansion] sur : France Culture, Canal + [NPA], Libération, Technikart, SF Magazine, etc.

[7] : Impression renforcée par le souvenir de Trust reprenant un poème de Mesrine pour la chanson Le Mitard sur l’album Répression [1980], et le fait que dans le dernier album d’Heldon, Dantec « chante » le poème de Schaltzmann qui sert de prologue aux Racines du Mal.

[8] : Alphaville – une étrange aventure de Lemmy Caution, Godard, 1964, avec Eddie Constantine et Anna Karina. Incroyable à première vue, mais pourtant vrai : un film de SF français et en plus de qualité, dans les années 60.

2016-06-Dantec

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