Après Trump et Fillon, qu’attendre des médias en 2017 ? Du fact checking et pas de sondages.

Comme le disant Boris Vian, « le jour où le peuple sera à même, par sa culture et ses connaissances, de choisir lui-même sa propre vérité, il y a peu de chances pour qu’il se trompe ». On est encore loin, hélas, de cette prophétie. Et 2017, qui s’annonce très politique, arrive à grand pas : primaires PS en janvier, présidentielles en mai et législatives en juin. Bref, on va vite saturer, noyés entre les analyses des spécialistes médiatiques et des militrolls des partis en lice.
Face à cette overdose annoncée à l’issue plus qu’incertaine, tirons quelques enseignements des élections américaines et de la primaire LR (dont François Fillon est sorti en vainqueur-surprise), portant sur la place accordée aux sondages aventureux et au fact checking à l’influence hélas encore relative.

1) Une année 2017 sans sondages

Rien que pour cette année 2016, les projections sondagières ont remporté la palme :

Aux USA, Hilary Clinton l’emportait dans quasiment tous les sondages, à une seule exception (et encore, la veille des élections). On connaît le résultat.

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En France, pour les Primaires LR, le 2e tour devait voir inévitablement s’affronter Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Là encore, ça ne s’est pas exactement passé comme prévu.

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L’usage (abusif ?) des sondages chez les journalistes politiques conclut souvent à un duel, au mieux ne s’intéresse qu’au podium. Exit les autres candidats, et leur programme avec. Et notre société pressée s’arrête donc souvent à ces visages de pré-vainqueurs, se focalisant aussi sur leur personnalité. Je suis peut-être un éternel utopiste, mais je me dis qu’une absence de sondage permettrait donc de niveler l’intérêt porté à chaque postulant, et que de fait on s’intéresserait aussi peut-être un peu plus au contenu de leur programme.

Au passage, rappelons qu’un sondage, c’est un peu un micro-trottoir à grande échelle. Et que plus un résultat de sondage est annoncé serré, plus cela signifie qu’avec la marge d’erreur (pas toujours précisée) on ne peut pas vraiment dire que l’item présenté en tête est réellement majoritaire. Et donc, la valeur « informative » de la tendance sondée se dilue alors que de nombreuses conclusions vont en être tirées…

MAJ 1 : Le Parisien/Aujourd’hui en France indique qu’il ne publiera plus de sondages sur les présidentielles. Youpi ! Par contre, il ne s’empêchera pas de commenter ceux des autres (comprendre : « en fait, on dit qu’on va faire de la meilleure info, mais on va surtout faire des économies ») et va donner plus de place pour « aller sur le terrain » (comprendre : « on va faire encore plus de micro-trottoirs !!!!!! »)

MAJ 2 : MERCI OUSMANE NDIAYE, de Courrier International !

2) 2017, l’année du fact checking ?

Là encore, de nombreux sites comme Les Décodeurs du Monde ou la cellule Désintox de Libé ont beau faire un très bon travail de vérification des faits face aux affirmations des candidats (d’autant plus utile dans une ère propice au populisme en Europe et dans le monde), ceux-ci continuent pourtant à recourir à des arguments falsifiés.

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Et même si les trolls pullulent sur les internets et qu’un tri est nécessaire, Twitter démontre à chaque occasion en temps réel sa capacité à contredire les affirmations infondées. Lors des multiples émissions télé politiques (et elles vont se multiplier), un membre de la rédaction pourrait très bien faire du fact checking en simultané et signaler au journaliste en plateau que son invité raconte n’importe quoi.

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Bref, encadrer plus strictement les sondages et encourager un fact cheking réactif permettrait non seulement une meilleure couverture citoyenne de toutes les propositions programmatiques de chacun des candidats, et permettrait une mise en lumière d’autres partis que les tout-puissants PS ou LR (ex-RPR-ex-UMP).

Cela redorerait peut-être aussi le blason des journalistes pas toujours prompts à porter la contradiction ou aborder les sujets qui fâchent avec leurs invités (dernier exemple en date, Nicolas Sarkozy outré qu’en plein débat des primaires LR, David Pujadas aborde le sujet Takieddine).

Enfin, cela pourrait peut-être remobiliser les abstentionnistes qui se diraient que tout est joué d’avance au regard de ces sondages, et qu’il vaut mieux pêcher qu’aller voter. Rappelons que l’abstention aux municipales de 2014 a été de plus de 36% au national (43% à Lyon), et que les élections législatives partielles entre 2012 et 2016 ont été un carnage : jusqu’à 80% d’abstention dans la 1e circonscription du Bas-Rhin en mai 2016, mais on est rarement à moins de 60%/70% en moyenne ailleurs, de mémoire.

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Les sondages n’en sont pas le principal facteur, la crise est bien plus profonde sur ces motivations à l’abstention, mais il faut bien commencer quelque part. La confiance dans les représentants du peuple est aux abois, entre mensonges et reniements. Un fact checking plus offensif permettrait de réduire cette liberté laissée aux postulants, restaurant par cette contrainte un lien plus que ténu actuellement. Et au passage, les journalistes retrouveraient quelques lettres de noblesse

 

Tous les billets média sont à retrouver ici 🙂

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2 réflexions sur “Après Trump et Fillon, qu’attendre des médias en 2017 ? Du fact checking et pas de sondages.

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