Bridges to the Balkans : vive l’Europe (de l’Est) !

L’Europe a été au centre de la campagne présidentielle française, le candidat Macron martelant dans son programme une position pro-européenne qui a joué dans sa victoire finale. Et pourtant, l’Europe reste une entité floue pour les citoyens, tant dans un sentiment d’être européen pour tous les citoyens que dans le fonctionnement de l’Union Européenne, parfois pointée comme bouc-émissaire de nombreux maux nationaux.
Deux solutions : faire des chroniques pédagogiques à la radio comme certains, ou se jeter corps et âme dans la construction de ce lien européen, sur le terrain. C’est cette seconde option qu’a choisie Thibaut Boudaud, étudiant à Sciences Po Grenoble : début avril, il a débuté un périple de 4 mois à travers les pays des Balkans, avec le projet d’un festival-dialogue entre pays européens de l’Ouest et de l’Est.
Pourquoi est-ce si important, la culture, la jeunesse et l’Europe ? Début de réponses en action avec Thibaut, dont l’escapade à travers des paysages magnifiques donne bien des envies de voyages.Thibaut, comment es-tu arrivé dans le milieu culturel, alors que pourtant tu en étais loin au départ ?

Après un bac technologie en hôtellerie en 2007, j’ai travaillé dans ce secteur jusqu’en 2009. Là, je décide de reprendre des études à Lyon 2. Sans dénigrer ce secteur hôtelier, je me suis dit que je pouvais prétendre à autre chose, et à un métier qui me plairait beaucoup plus. Un métier un peu plus intellectuel, sans que ça aie un sens péjoratif. Mais ça n’a pas duré, j’ai tenu un mois à la fac en me disant qu’en fait ce n’était pas fait pour moi. Ce n’était pas facile de passer d’un salaire à temps complet à un salaire à temps partiel car je continuais à faire des extras à côté des études. Je suis donc retourné dans l’hôtellerie.

A l’époque j’étais aussi déjà engagé en politique, et je me suis dit que faire de la science politique serait ce qui se rapprocherait de cet engagement militant au MJS puis au PS, débuté en 2006 lors des mouvements contre le CPE. En 2013, je commence à contacter des associations sur Lyon qui organisent des soirées car l’événementiel me plaisait, j’organisais déjà des soirées donc pourquoi ne pas faire ça sur un truc plus gros. Nuits Sonores (NS) m’a pris en stage, et ça s’est bien passé. C’est comme ça que j’ai découvert la culture.

Tu participais déjà en 2013 à l’organisation des conférences European Lab organisées par Nuits Sonores ?

Non, j’ai seulement assisté à l’époque à quelques conférences, j’étais un stagiaire prod parmi la vingtaine disséminée sur tous les sites. C’est Patrice Moore, qui est à NS et qui est aussi DJ, qui m’a fait rentrer. Ce stage m’a fait découvrir le monde associatif. Après cette expérience je retourne à Lyon 2. Je réussis ma licence en 2016 malgré des notes pas exceptionnelles.

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En parallèle, via mon engagement politique à Ste-Foy-lès-Lyon, on monte l’asso Fidégones et on commence à organiser des événements malgré quelques difficultés car la ville n’est pas du même bord politique que nous : des tournois de pétanque, des soirées théâtres qui se sont bien passées… Ça a confirmé ce désir de travailler dans la culture. Et dès 2013 j’avais repéré un Master 2 qui me plaisait : management et politique culturelle dans les pays des Balkans. Les Balkans, dont je suis tombé amoureux cette même année en partant à l’aventure avec des potes. On est passé par la Slovénie, la Serbie, la Croatie, la Bosnie… et c’était magnifique : la culture locale, les paysages, ce mélange de richesses entre plusieurs mondes différents. Le monde Ottoman a été présent pendant des siècles, mais on trouve aussi l’influence orthodoxe ou catholique pour la Croatie… A Sarajevo, ce mélange était flagrant. Donc 2013, année de toutes les découvertes.

Et 2016, je réussis à entrer à Sciences Po Grenoble. Une grand école après mon parcours, j’étais assez fier. Je fais maintenant un Master en direction de projets culturels. On a un semestre de cours et un semestre de stage. Et un mémoire, pour ceux comme moi qui viennent d’arriver à Sciences Po. Le thème de ce mémoire sera « Peut-on parler d’un rôle structurant des programmes culturels européens sur le secteur dans les pays d’ex-Yougoslavie ? ». Il y a une amorce d’intégration à l’UE par la culture pour ces pays des Balkans. De nombreux projets sont financés par l’UE, autant pour des pays qui sont candidats que pour des pays non-candidats, l’Ukraine par exemple. Dans les pays que je vais visiter qui ne sont pas dans l’UE, la Serbie est le pays le plus financé (entre 20 et 30 projets). Pour établir mon parcours, j’ai regardé toutes les listes des projets financés, puis sélectionné les pays qui m’intéressaient et j’ai trouvé quelques projets un peu partout, sauf au Kosovo. Mais pour ce pays, ça devrait arriver.

Donc j’ai ce mémoire à écrire. Et en décembre 2016, je me dis : « pourquoi pas lancer une opération de crowdfunding ?« . Car à côté de Sciences Po, j’ai avec mon association Balkans Lab un projet de festival avec ces pays des Balkans. Et faire cette campagne de financement participatif sur mon voyage dans les Balkans, destiné à créer ce réseau avec des acteurs culturels sur place, ça permettrait de commencer à médiatiser ce projet de festival, et aussi m’aider à monter une équipe autour de moi. La campagne a été lancée en février, et s’est terminée victorieusement avec un peu plus de 4 000€. Voilà comment le projet est né.

Il y a aussi Hajde, un site internet dédié à la culture en Europe de l’Est et auquel tu participes.

Hajde (ça se prononce « aïdé ») s’est monté avec un ami de réseaux sociaux qui a vécu au Kosovo (et qui avait lancé le site Footballski, dédié au foot des pays de l’Est) et qui est maintenant dans les Pays Baltes. Il m’a contacté en septembre 2015 pour lancer un média sur la culture dans les pays de l’Est. On a lancé Hajde en janvier 2016, après avoir mis en place le site et une ligne éditoriale assez précise. Le choix de la présence sur internet : c’était simple et pas cher. Le seul coût est le nom de domaine car la vingtaine de rédacteurs n’est pas payée.

Hajde t’a aidé de quelle manière ?

Hajde m’a aidé comme une carte de presse. En tant que rédacteur pour eux, je suis parti en avril 2016 à Belgrade, en Serbie, pour couvrir un festival qui s’appelle Resonate. Grâce à cette accréditation presse, j’ai pu faire des interviews, notamment avec le fondateur de Nova Iskra, un incubateur sur l’architecture. Ça m’a permis de me faire un petit réseau dans les Balkans. Mais au départ ça ne devait pas rentrer dans Balkans Labs, car Hajde couvre toute l’Europe de l’Est et pas uniquement les Balkans. Au mois de septembre, je suis passé rédacteur en chef et j’ai voulu intégrer Hajde dans Balkans Labs.

À Balkans Labs, on a trois gros projets en plus de Bridges to the Balkans :

  • ce gros projet de festival qui devrait débuter en septembre 2018, avec une petite équipe montée à Sciences Po Grenoble.
  • La partie journalistique avec Hajde. Et pourquoi pas se lancer dans l’édition, qui m’attire aussi, en plus du journalisme. À terme, j’aimerais bien aller vers un modèle à la So (Society, SoFoot) avec l’édition d’un magazine papier.
  • Une troisième partie serait d’ouvrir un espace culturel, un espèce d’incubateur, un espace de coworking avec une salle de spectacle… Une sorte de Maison des Balkans en France. Pourquoi pas aussi en faire un modèle pour l’exporter dans d’autres villes, d’autres pays, notamment dans les Balkans. L’idée est que si les gens ne peuvent pas venir en France, ils peuvent apporter leur projet ou participer à la Maison des Balkans qui sera plus la proche de chez eux tout en bénéficiant du réseau global de la structure. Je voudrais un endroit comme le 104 à Paris, ouvert tout le temps, avec des expositions, des événements… Une agora avec des bureaux et des espaces publics.

Mais pour le moment, on va se concentrer sur le festival pour ne pas aller trop vite…

Tu peux nous en dire plus sur ce festival ?

L’organisation du festival est la suivante : un partenariat sur deux ans entre deux villes. Les partenariats entre villes européennes et non-européennes existent déjà, d’ailleurs : Sainte-Foy et Kraljevo en Serbie, par exemple, où je me suis déjà rendu pour des projets culturels montés avec FidéGones en 2015. Le festival aurait lieu en septembre. Donc entre septembre de l’année précédente et le festival, on essaie de créer un espace pour que les gens travaillent ensemble. On va voir les écoles, les lycées, les universités, les assos qui nous intéressent et on fait travailler ensemble les gens des deux villes sur un événement du festival. Ils l’organisent, et on les aide sur la logistique, sur des contacts…

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Le festival se passerait sur un week-end de 3 ou 4 jours, début septembre, à un moment où tout le monde est rentré et où il ne se passe pas encore beaucoup de choses. Évidemment, l’objectif est que tous les gens qui ont participé aux projets soient présents lors du festival pour se rencontrer. Cette première édition se déroulerait en France en septembre 2018.

Dès la fin du festival, on travaille sur un modèle totalement différent car l’édition suivante se déroule dans les Balkans.

Avec quel type d’associations souhaitez-vous travailler ?

Des associations plutôt orientées sur la culture. On vise des projets de culture urbaine : breakdancers, graffeurs, hip hop… Toute cette culture de moins en moins underground, mais encore cachée et quasiment pas subventionnée. Et qui peut nous apporter beaucoup de choses.

Dans les photos de tes voyages passés, le graf est assez présent. Tu as aussi fait des playlists de hip-hop pour Hajde

Je me suis intéressé au hip-hop en Serbie. C’est vraiment une musique que j’aime beaucoup, qui parle des problèmes des jeunes. Ça ne va pas aller dans le sens des acteurs culturels d’aujourd’hui, mais je crois que le plus important n’est pas d’amener de la culture à ces gens-là car ils ont déjà une culture. Le problème est que cette culture n’est pas du tout subventionnée, et donc personne n’en parle. Dans les médias, on montre surtout les projets qui sont déjà très subventionnés, qui n’en ont plus besoin. Mais on ne va pas parler du gars qui fait son truc à la marge des grandes institutions.

Pourtant à Lyon, le musée Gadagne commence à organiser des visites graf (alors que pourtant la ville passe son temps à les effacer). Il commence à y avoir une valorisation de ce milieu.

Cette question générale de la culture, Sciences Po l’a prise en compte. On est très sensibilisé au droit culturel dans notre formation à Grenoble, car ça commence à être intégré dans certaines lois.

Et la valorisation des cultures urbaines est de plus en plus fréquente, tant mieux. Car c’est aussi à ces acteurs culturels institutionnels comme Gadagne d’en parler. Mais il reste du chemin à parcourir. L’Opéra de Lyon, financé à hauteur de 6 millions d’euro annuels par la Ville, commence à aller dans des endroits où il était absent. Mais il n’aurait jamais fait cet effort-là il y a quelques années. Et j’insiste, l’important n’est pas d’apporter une certaine culture à des gens qui n’auraient pas de culture. C’est vraiment se dire que tout le monde a une culture, et que cette culture a aussi le droit à être autant subventionnée qu’un autre projet. L’objectif c’est d’aller dans des cités et de montrer aux jeunes qu’ils ont les capacités de réaliser eux-aussi des projets liés à leur propre culture.

Et qu’ils peuvent le montrer, à travers le festival.

Oui. Et même si on n’a pas de tête d’affiche, j’ai envie que ce soit des jeunes qui ne sont pas écoutés, pas médiatisés, qui soient là et qui savent qu’ils ont leur place.

Dans ce partenariat entre deux villes, quelle sera la répartition des propositions des villes ?

On discute encore de la forme dans l’équipe, mais il y aura des propositions des deux villes. L’objectif est de faire venir des artistes des deux villes, et des artistes du pays. Et pourquoi pas élargir, suivant la production et ce qui sera possible. La 2e année, on ira dans un pays des Balkans, et on fera le même projet qu’en France. Mais ce qui est compliqué, c’est que le modèle de festival y est totalement différent. Tu ne peux pas mettre le même prix d’entrée dans les Balkans qu’en France. Dans les gros festivals de ces pays, les pass 3 jours sont à 20€ alors qu’en France, à ce prix, on ne peut même pas se payer le prix d’une soirée. Après, il y a festival et festival, Woodstower est plus accessible et il y a pourtant de belles têtes d’affiches.

Quel est l’enjeu d’un tarif basé sur celui des gros festivals, en Europe comme dans les Balkans ?

L’enjeu est de créer un modèle financé. C’est le problème de la culture : sans financement, sans subvention, on a plus de mal à créer le projet souhaité. On en avait discuté avec un directeur de DRAC : ils continuent à financer les gros festivals à la même hauteur que les années précédentes, mais ces derniers demandent chaque année encore plus d’argent car ils ont encore plus d’idées, de projets. Et à coté de ça, les plus petits acteurs culturels n’ont plus de financements pour leurs projets. Donc on arrive à la situation d’un milieu culturel où seuls les gros peuvent créer des trucs, peuvent être médiatisés. Et les plus petits festivals restent underground. Si tu n’es pas dans le bon groupe Facebook, tu n’en entendras jamais parler parce qu’ils ne sont pas financés, parce qu’il n’y a pas de modèle économique sur ces acteurs culturels-là. Et sans modèle économique, on ne peut pas avoir d’équipe qui travaille toute l’année sur le projet.

Mon objectif, c’est de pouvoir me payer et payer une équipe pour travailler toute l’année sur les projets, et notamment quelqu’un qui pourra faire un vrai travail de communication.

Tu avais déjà prévu un budget com sur ta campagne de crowdfunding. Et tu pars déjà sur l’ambition d’un gros événement pour qu’il soit pérenne rapidement. Et ça passe donc par un certain poids de l’événement, qui lui-même passe par un certain niveau de financement autant que par un certain niveau de communication.

Oui. Pour moi, aujourd’hui, sans communication, tu n’existes pas. Pour s’informer, les gens vont sur Facebook, sur Twitter, sur des sites spécialisés, sur Le Petit Bulletin. Mais c’est énormément sur Facebook que tout se passe. Et si tu n’as pas un logo ou une typo attractifs, les gens ne vont pas rester sur ta page, ne vont pas liker, ne vont pas regarder tes événements… C’est le jeu aujourd’hui, et c’est pour ça que j’avais prévu ce budget com dans le crowdfunding.

Internet, les réseaux sociaux paraissent inévitables, mais est-ce que ça ne passe pas aussi par le tissu relationnel direct, humain, que tu es en train de construire depuis ces années ? Sur des projets comme ça, ça passe aussi par un réseau de personnes convaincues, non ?

J’ai réussi à avoir plus de 70 donateurs sur la campagne, dont des personnes que je ne connaissais pas et qui ont dû avoir connaissance du projet par les réseaux sociaux ou quelques papiers. C’est déjà pas mal, à mon échelle. J’ai commencé à développer le réseau en France, maintenant je vais développer le réseau dans les Balkans. Le problème que j’aurai là-bas, c’est que je vais rencontrer des gens qui ne connaissent personne en France pouvant leur parler du projet. Et face à eux, si tu n’es pas un minimum crédible, tu ne le seras jamais. Sans le beau logo, il peut déjà y avoir un a priori d’amateurisme. Quand les gens vont à un événement, ils s’attendent à un minimum d’organisation, de garanties.

Tu es en contact avec les ambassades ?

Avec les ambassades françaises, les instituts français, les alliances françaises, les bureaux Creative Europe qui sont présents dans ces pays-là… La plupart des gens présents dans ces institutions sont prêts à écouter mon projet. Il me reste encore à contacter les ambassades des pays des Balkans en France. J’ai contacté le centre culturel Serbe à Paris, qui m’a donné un contact au ministère de la culture serbe en Serbie pour les rencontrer. Lorsque je présente mon projet et que je dis que je suis étudiant à Sciences Po Grenoble, même si personne ne connait Sciences Po à l’étranger, être étudiant amène une part de crédibilité. Quand je parle ensuite de la campagne de crowdfunding, du projet de partir 4 mois dans différents pays pour créer un réseau afin de faire un festival, du projet et du thème du mémoire, ça amène aussi une autre part de crédibilité.

Les partenariats entre villes, ce sera forcément Europe-pays Balkans, ou ça pourra être entre pays Balkans ?

Pas forcément, mais pourquoi pas y venir à terme. En tout cas, pour les pays d’Europe, l’idée n’est pas de faire ça uniquement avec la France. Aujourd’hui, pour être financé par l’UE, il faut au minimum trois pays, si je ne me trompe pas. Donc on fera peut-être avec trois pays au final, même si c’est plus d’organisation pour nous. Notre asso est là pour créer le festival, pendant les 2 ans on aide les deux villes, et après on part sur d’autres villes. Donc on leur laisse le modèle du festival, à charge pour ces villes de continuer ou pas. Nous, on aura intégré les villes pour bénéficier des subventions, mais le plus important est d’intégrer la population, les acteurs culturels sur place, les assos, les jeunes car notre festival est orienté vers la jeunesse.

Qui décide du choix des villes partenaires ?

Les premières années, on va s’orienter vers des partenariats qui sont déjà créés. Mais à terme, s’il n’existe pas déjà de passerelles entre des villes, ce sera l’asso qui décidera. Avec un choix de villes culturellement porteuses, comme Villeurbanne, Saint-Fons ou Feyzin par exemple.

Parlons du trajet : tu ne vas visiter que les capitales ?

Je vais visiter plus d’une vingtaine de villes en tout. Les capitales évidemment mais aussi des villes beaucoup plus petites. En Slovénie, par exemple, je vais commencer par Ljubjana mais j’irai ensuite à Maribor (même si footballistiquement, ce n’est pas un bon souvenir pour les supporters lyonnais !).

Je vais aller dans les « secondes villes », je viens de Lyon, on est bien placé pour savoir qu’il n’y a pas que les capitales. Ljubjana, Maribor, Zagreb, Osijek un peu plus à l’est, puis Novi Sad (Serbie) qui accueille Exit Festival, un événement très connu dans les Balkans et à l’international. Puis Belgrade, Kraljevo pour revoir quelques amis, Niš (Serbie), puis Mitroviça au Kosovo, Pristina (Albanie)…

Comment communiques-tu avec les gens, là-bas ?

On discute en anglais. J’ai du contacter une cinquantaine d’acteurs culturels, et on échange en anglais.

Sur place, tu vas rencontrer les acteurs de ces villes, et on pourra suivre ton périple, via internet. Sous quelle forme ?

Le rendu de fond, ce sera mon mémoire, déjà. Mais le premier rendu que je ferai aux gens qui m’ont aidé, ce sera sur les réseaux sociaux : montrer comment ces acteurs culturels arrivent à faire, à organiser un festival, à travailler toute l’année dans leur incubateur… Je pense faire une vidéo par pays, environ 5-10 mn, pas trop long. Avec des bribes d’interview… Je prendrai des photos, et un article pour revenir sur tous les acteurs culturels que j’ai rencontrés dans le pays pour montrer que je ne suis pas parti en vacances ! Ça devrait donc faire 8 articles, un par pays, sur les 4 mois. Je vais passer par le site de Hajde, via un onglet « Bridges to the Balkans« 

Le but, c’est un vrai rendu sur les réseaux sociaux pour que la communauté puisse voir ce qu’il se passe, et qu’elle puisse s’agrandir grâce à ces publications partagées. Je publierai ces posts avec les comptes Facebook, Instagram ou Twitter de Bridges to the Balkans, et je les relaierai avec mes compte personnels (FB, Twitter et Insta).

À terme, il y aura un ou des sites, mais je ne sais pas encore sous quel label dominant : le festival, dont le nom n’est pas encore défini ? Bridges to the Balkans ?

À ton retour, le but sera d’avoir construit ces relais locaux et établi les premiers liens avec les associations, les partenaires volontaires. En France, tu feras la même démarche de partenaires. Pour pouvoir lancer le festival en 2018 ?

C’est le planning idéal. Je me dis toujours que c’est mieux d’aller rencontrer les gens, de discuter avec eux. J’ai à la fois le mémoire et le projet, donc j’ai une raison de les rencontrer.

Parlons d’Europe. Tu veux faire collaborer des pays de l’Union Européenne avec d’autres qui n’y appartiennent pas encore. Quelle vision européenne as-tu ? En quoi est-ce important de faire dialoguer ces pays d’Europe de l’Est avec des pays de l’Ouest, encore plus dans un contexte compliqué politiquement et démocratiquement pour certains de ces pays comme la Hongrie, par exemple ? Quelle est la vision européenne qui sous-tend la démarche, et pourquoi aller chercher des pays de l’Est qui sont un peu la banlieue de l’Europe, et d’autres qui n’y sont pas rattachés ?

C’est la base du projet de festival et de Bridges to the Balkans : le festival, doit éveiller les consciences. C’est un projet vraiment militant, dans le bon sens du terme. Je suis né en 1989, avec l’Europe, je suis un européen convaincu… L’Union Européenne a été faite pour rapprocher les peuples, éviter les guerres, ce postulat est important à préserver. J’ai envie que les peuples vivent ensemble. Plus qu’Européen, je suis fédéraliste. Je suis pour une fédération européenne où l’UE doit primer sur les états. Je ne suis pas pour l’état-nation, je suis pour une grande et forte Union Européenne.

Sauf qu’elle a été créée à la base pour contrer la guerre, et qu’elle s’est construite sur des accords économiques comme ceux sur le charbon. Mais pas pour les peuples. Et c’est ça le problème aujourd’hui. Il faut un vrai projet européen pour les gens, et pas seulement un projet économique. Un projet avec une nationalité européenne, qui ne nie pas pour autant nos origines nationales, mais un projet qui fait passer la fédération européenne avant l’état-nation.

L’un des échecs de l’Europe, ce serait de ne pas avoir suscité ce sentiment citoyen d’appartenance à l’Union Européenne ?

Je pense que la génération des années 80-90 se sent vraiment européenne. Et j’ai le sentiment que c’est moins le cas pour la génération 2000, mais je me trompe peut-être. J’ai l’impression que l’UE n’a rien prouvé à ces jeunes nés à partir de la fin des années 90. Nous, on a eu Erasmus, dont beaucoup de mes copains ont profité. Je voyais plein d’amis partir en Erasmus et je voulais faire la même chose… Pour moi, Erasmus, c’est aller rencontrer des gens qu’on ne connaît pas. Avec cette idée que ces gens ont quelque chose à nous apporter, et nous aussi. Un esprit de partage, loin de toute approche colonialiste.

Dans les 8 pays que je vais visiter, il y en a deux qui sont déjà dans l’UE : la Slovénie et la Croatie. Et pour ces deux pays, il y a peu d’accords signés avec la France. Ils ont beau être intégrés à l’UE depuis plusieurs années, on ne fait rien avec eux. Donc à un moment, il faut créer des ponts pour aller les voir. Après, il y a les pays qui sont candidats mais pas encore dans l’UE, et le président de la Commission Européenne, Juncker, ne souhaite pas intégrer de nouveaux pays à l’UE avant 2020. C’est sa politique, mais ce n’est pas une raison pour ne pas créer de projets avec ces pays-là. Le problème, c’est que quand tu vas voir des jeunes Serbes, Kosovars, Albanais ou d’ailleurs, quand tu leur demandes ce que pourrait leur apporter l’UE, ils ne le savent pas.

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Pour les jeunes de ces pays candidats, quel est leur sentiment vis-à-vis de l’Europe ?

Dans les années 90, ces jeunes ont connu la guerre, il ne faut pas l’oublier. On ne pourra déjà pas se mettre à leur place, vu que la dernière guerre connue sur le territoire, c’est la 2e Guerre Mondiale.

Et les Casques Bleus n’ont pas laissé que des bons souvenirs lors du conflit serbo-croate.

C’est ça le problème : « à quoi ça va nous servir, l’UE ? ». Déjà, à mon niveau, je me dis que ce n’est pas l’UE sous sa forme actuelle que je voudrais, donc à quoi ça sert. Mais d’un autre côté, je me dis aussi qu’il faut quand même relier les peuples d’une manière ou d’une autre, et je pense que l’UE est ce liant qui peut faire quelque chose.

Et ce liant, pour toi, passerait pas une connaissance de ville à ville, par des dialogues de cultures d’une même génération ?

Tout à fait. C’est pour ça qu’il faut passer par la jeunesse, parce que c’est à ce moment de la vie que l’on se fait sa propre idée sur tout, que tu t’éduques, mais que tu peux aussi passer par les extrêmes. C’est à ce moment-là qu’il faut changer les idées. Aujourd’hui, quand on demande à un Français ce que lui évoquent les Balkans, il va répondre que c’est la guerre, les armes, les prostituées. Alors que quand tu y vas, les habitants des Balkans ont juste envie de vivre normalement comme toi et moi. C’est cet a prori que j’ai envie de faire changer au niveau des mentalités d’Europe occidentale, comme j’ai envie de montrer à ces pays des Balkans que l’UE peut aussi leur apporter beaucoup.

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Qu’est-ce que l’UE peut leur apporter, justement ?

Je pense que ça peut leur apporter une ouverture sur le monde, déjà. L’Albanie, par exemple, est un pays qui est resté fermé pendant des années. On ne pouvait pas sortir du pays, il n’y avait qu’un seul média… Dans l’Union Européenne, on a une certaine liberté de pensée, de mouvements, et on doit leur montrer qu’ils peuvent faire pareil. J’ai envie, à mon niveau, de créer un projet qui puisse rapprocher les peuples. Créer des liens entre des gens différents qui peuvent pourtant avoir une même culture urbaine. Montrer qu’un rappeur serbe peut être proche d’un rappeur français.

Par des similitudes, amener ce sentiment d’appartenance commune à un ensemble qui s’appellerait l’UE ? « On ne vous délaisse pas, vous avez aussi votre place, vous existez » ?

C’est ça. Et médiatiser ces pays-là sur d’autres choses que du négatif. On a publié un article dans Hajde sur des rappeurs du Kosovo et d’Albanie. Un reportage sur eux dans l’émission L’Effet papillon de Canal+ les montrait qui cherchaient à se battre. On a fait le papier en disant aux médias que l’Albanie et le Kosovo, ce n’est pas seulement ça. Qu’il y a aussi des choses très intéressantes dans ces pays-là, donc bougez-vous et allez voir leurs autres facettes qu’un conflit qui n’existe même plus aujourd’hui. On aurait pu faire la même chose suite à l’émission Enquête Exclusive sur l’Albanie, pleine de clichés. Quand aujourd’hui le journal Le Monde parle de la Serbie, du Montenegro ou de la Macédoine, c’est seulement quand il y a des élections et qu’elles se passent mal. Alors qu’à côté de ça, il y a tellement de choses intéressantes de ces pays-là à montrer… J’ai envie de montrer qu’il y a là-bas des projets culturels qui sont aussi bien voire même certains mieux qu’en France. Je vais voir dans des petites villes des incubateurs qu’on ne trouvera jamais dans une petite ville en France, parce qu’en France on commence à quitter les campagnes, ce qui n’est pas le cas là-bas. Tu as des festivals de la viande, des événements qu’on ne voit pas dans notre pays. J’ai envie de montrer qu’il y a d’autres choses qu’en France, et qui méritent d’être médiatisées. En comparant les cultures de chacun sur des projets communs, la confrontation des idées, est toujours une bonne chose.

En Serbie, je vais rencontrer les gens d’un lieu qui s’appelle « Mikser ». C’est un espace culturel avec un espace de coworking, qui organise des conférences, plein de choses s’y passent. Ils ont créé un lieu à côté de leur espace culturel pour accueillir des réfugiés. C’est avec des gens comme ça que j’ai envie de travailler, avec des gens qui ont envie que le monde aille mieux.

Il va y avoir une forte présence du numérique sur la manière dont tu vas travailler, ne serait-ce déjà que pour le reporting de cette épopée de 4 mois. Et potentiellement aussi dans la préparation du festival, pour permettre les échanges entre les villes. Donc autant sur la communication que sur les collaborations. En France, on a un accès simple à internet. Dans ces pays-là, où en est-on autant dans l’infrastructure que dans les usages ? Internet est-il présent, accessible et adopté dans les Balkans ?

Pour parler des pays de l’Est en général, je suis allé quelques fois en Hongrie, et dans n’importe quel bar il y a du wifi ouvert, sans mot de passe de connexion. Ça m’avait vraiment marqué, la première fois que j’y suis allé, et ça commence à être pareil dans les pays des Balkans. Internet est là. Et pour nous, c’est la façon la plus simple de travailler. Par exemple, pour la préparation du festival, j’ai créé un groupe Facebook dans lequel on discute des idées de chacun. On a fait de la même manière pour Hajde. Pour contacter les gens, aussi, je préfère le faire par mail… J’ai presque envie de dire que ces pays-là sont en avance sur nous sur cet accès libre et gratuit à internet. Alors qu’à Lyon, aujourd’hui, il faut commander un café pour avoir le code d’accès au wifi du bar.

Dans l’usage, tous les gens que j’ai contactés et qui habitent dans les Balkans ont un compte Facebook, sont présents sur Twitter, Instagram, ont tous des sites internet… Donc ils ne sont pas du tout en retard sur nous, c’est certain. Éventuellement j’ai une appréhension sur le Kosovo pour cet accès, mais il n’y aura aucun souci pour travailler.

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