Médias lyonnais : vers une nouvelle ère ?

Le paysage médiatique lyonnais est particulier : la presse nationale déserte les lieux. Pourtant de nombreux titres locaux, format papier ou web, proposent une diversité de points de vue sur l’actualité lyonnaise et métropolitaine. Même si l’économie du secteur est fragile, les acteurs présents s’adaptent au numérique et à ses nouveaux langages (la data, notamment) ou apportent un nouveau regard sur l’info de proximité. Point d’étape de quelques titres locaux tournés vers l’avenir, parfois sous la contrainte.

Dans un édito daté du 24 juillet et intitulé « Lyon, le désert médiatique », François Sapy, directeur de la publication et de la rédaction de l’hebdo Tribune de Lyon, déplore la disparition prochaine du bureau lyonnais de France info et France Inter. Un départ de plus, après ceux des grands médias comme Le Figaro ou Libération qui ont déserté une agglomération lyonnaise pourtant dynamique. Bien qu’accueillant le siège d’Euronews ou une rédaction locale de l’AFP, Lyon est déserté par les rédactions nationales pourtant encore bien présentes dans d’autres agglomérations, ne faisant appel qu’à des pigistes pour couvrir l’actualité en Auvergne-Rhône-Alpes.

François Sapy n’avance pas de motifs à des départs (si vous en avez les raisons, ça m’intéresse) sinon par le point de vue suivant :

« les médias vont là où se trouvent les pouvoirs. Si les médias désertent, c’est que les pouvoirs ont déjà commencé à tirer leur révérence. »

J’entends le point de vue alarmiste de notre éditorialiste local, je suis d’ailleurs assez d’accord avec lui sur la bizarrerie de cette particularité lyonnaise. Malgré tout, le panel des médias locaux tend à me rassurer quelque peu sur l’avenir du journalisme entre Rhône et Saône : les nombreux titres, bien qu’économiquement fragiles, publient régulièrement des papiers de qualité ou adoptent des formats pleinement ancrés dans leur époque, tournés vers l’avenir de la profession. Petite sélection :

On a déjà beaucoup parlé de Salade Lyonnaise sur ce blog. Initié par le jeune journaliste Antoine Comte, le site a amené une nouvelle façon de traiter de l’actualité locale. Souvent bien informée, toute la rédaction de Tribune de Lyon auquel le site des coulisses locales est rattaché est sollicitée pour écrire sur les différents titres du groupe : web ou print, en mode quotidien, hebdo, mensuel.
En contenu, des articles plus ou moins longs selon les besoins, des vidéos, une application iOs/Android, et une politique de communication via les réseaux sociaux bien rodée. Salade Lyonnaise s’est rapidement imposé auprès des lecteurs amateurs de politique, mais pas sûr malgré tout qu’il pourrait se passer de la manne des annonces légales parues dans Tribune de Lyon. Pas toujours bien vue dans la profession, sa démarche a pourtant initié une nouvelle manière de parler de l’actualité lyonnaise, libérée du poids de la traditionnelle discrétion lyonnaise.

Le pureplayer Rue89Lyon commence aussi à avoir pas mal de bouteille. L’aide du fonds Google arrive bientôt à son terme, obligeant l’équipe à diversifier les sources de revenus : formations aux médias en milieu scolaires, événements fooding, etc. Mais cela n’empêche pas l’équipe de traiter l’actu avec les outils du XXIe siècle : de nombreuses infographies, data-visualisations ou animations 3D complètent une ligne rédactionnelle au ton libre, une démarche technologique pour le moment encore rare dans le petit milieu des médias web lyonnais. Le site avait déjà eu le nez creux en accueillant le blog « à la 89e minute », d’un certain Pierre Prugneau. Fondateur par la suite du LibéroLyon, il est depuis l’une des jeunes plumes du grand quotidien L’Équipe. Donc, tenter des paris et croire dans les talents, l’équipe de Rue89Lyon sait faire, espérons-le encore pour très longtemps.

 

Petit nouveau dans la web-arène, Médiacités Lyon. On avait rencontré le rédac’chef local (le titre est présent dans plusieurs agglomérations du territoire), qui avait assuré que l’équipe de pigiste pourrait sans problème passer outre le déficit de culture locale en matière d’investigation. Les premiers papiers ont validé cette promesse. Et ont réjoui les lecteurs en manque d’enquêtes depuis la reconversion de Slim Mazni, regretté locataire des colonnes de Lyon Capitale. Peut-être manque-t-il moins dans certains milieux politiques et économiques, qui avaient pu exfiltrer un Fabrice Arfi un peu trop curieux à l’époquei. Peut-être aussi que sans la présence de Médiacités, Acteurs de l’Economie/La Tribune n’aurait pas fait un long papier sur l’ambiance au siège de la Région et la gestion des services par son président Wauquiez.


Quid du Progrès, paquebot local ?
Lui aussi va devoir se réinventer, suite au changement de direction au sein du groupe Ebra (auquel appartient Le Progrès). Déficitaire, le quotidien aurait trois ans pour rééquilibrer ses comptes. On en saura plus en octobre sur la nouvelle ligne rédactionnelle et les orientations, mais un plan social est attendu. Difficile, donc, avec moins de journalistes, de faire des papiers fouillés nécessitant du temps, ou de rédiger des articles destinés au web et au papier (deux formats différents, donc là encore nécessité d’avoir du temps).
Mais la conquête du web sera à coup sûr l’un des objectifs pour un journal encore bien dépendant des revenus du print, et qui tente timidement l’expérience numérique depuis quelques années (avec notamment quelques infographies montées sur la bonne volonté des journalistes plus que dictées par une politique rédactionnelle en ce sens). Le web, un gros défi pour Le Progrès, et pour la PQR en général, comme nous l’expliquait en 2015 Chantal Pétillat de La Nouvelle République du Centre-Ouest.


LyonMag, attendu au tournant ? Suite à la publication de ce billet, un journaliste de LyonMag a déploré être absent de cette liste. Ce à quoi j’ai répondu qu’on était quand même dans de la brève classique, des éditos ou contributions de militants-petits-soldats, bref, rien de très neuf. Mais il a rappelé que LyonMag proposait depuis cette année quelques vidéos homemade, et je me disais que le ton des billets politiques ou les éditos de Romain Meltz (ni encarté ni militant, juste observateur averti en sa qualité de prof à Sciences Po) étaient à encourager, tout comme la brève réapparition de Slim Mazni (et l’apparition d’articles plus longs, donc, enquête oblige). Last but not least, notre journaliste-twittos annonce des changements à venir. Attendons de voir, donc.

La culture lyonnaise, catalyseur involontaire d’une évolution en cours

Depuis quelques temps, donc, des sujets rarement traités sur le fond ont paru. On aborde publiquement les arrangements politiques, les notes de frais des directeurs de prestigieuses structures culturelles, etc.
Plus habitué à la discrétion, le puissant milieu lyonnais réagit parfois maladroitement. Le ton hallucinant (et halluciné) des réponses de l’OL publiées sur le site du club (à lire ici, puis et encore ) à un premier papier de l’hebdo satirique Les Potins d’Angèle, puis à deux autres parus dans Lyon Capitale ont beaucoup surpris. Et n’ont fait qu’amplifier la médiatisation des questions posées par les comptes d’un Olympique Lyonnais alors en pleine finalisation de la signature avec Groupama pour le naming de son stade. L’autre conséquence fut d’attirer les lecteurs vers ces papiers, autant qu’inciter de nombreuses rédactions à s’intéresser au sujet, ou en tout cas à peut-être voir avec un œil différent les prochains papiers sur la gestion du président Aulas.
Un magnifique effet Streisand, avant d’autres ? La culture lyonnaise est en train d’évoluer en tout cas. Journalistes de titres locaux ou nationaux, l’avenir est sous votre plume.

i si quelqu’un a des infos à ce sujet, d’ailleurs, le sujet Arfi à Lyon est un tabou surprenant lorsqu’on cherche des réponses.

[MAJ 02/08/2017 : ajout de LyonMag]

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3 réflexions sur “Médias lyonnais : vers une nouvelle ère ?

  1. remarque sur Lyon Mag : Meltz est, comme toi, issu des rangs de NPG. J’ai sans doute un côté militant soldat (quoi que je le pense assez décalé dans le monde politique lyonnais parfois terne) mais au moins j’affiche la couleur. Et d’ailleurs je ne parle pas que de politique ou que sur la ligne de mon camp…mais bon. Après si faire des affaires avec des twittas d’extrême-droite c’est ne pas être un moine soldat je te laisse ce privilége 🙂 bonne journée à toi et sinon merci pour ce billet assez complet par ailleurs.

    • oui et non :
      1) ce billet parle des sites d’info générale locale. Donc les sites spécialisés n’étaient pas prévus dans le corpus (sinon on aurait ajouté Le LibéroLyon, par exemple)
      2) les blogs politiques à Lyon… On est combien à parler de politique, parmi les blogueurs locaux ? 😦

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