Kaïa, le carnet du long-format papier qui prend son temps (au web)

Il y a quelques mois pointait un crowdfunding de projet média lyonnais (et amiénois) surprenant et à contre-courant : les carnets Kaïa proposaient de recevoir chez soi, en version imprimée, des papiers d’investigation parus sur des pure players : « donner une deuxième vie en version papier à des longs-formats parus sur le web ». Intrigué, on est allé à la rencontre de l’équipe pour en savoir plus sur ce projet qui soulève bien plus de questions qu’il n’y parait sur notre rapport à la consommation de l’information et au temps qu’on y consacre.

On aime bien les papiers longs, sur ce blog. Que ce soit ceux que je vous inflige, ou les longues interviews. Avec une part croissante du traitement des médias, notamment d’investigation. Cette démarche-coup de projecteur, c’est aussi le projet des carnets Kaïa, qui proposent dans un format carnet mensuel imprimé une sélection d’articles de fond, avec une ligne éditoriale ouverte sur de nombreux champs dont la politique, l’environnement, la société, le sport, etc.

Les articles choisis sont issus des publications de six pure players payants français (L’Imprévu, Le Quatre Heures, Le Zéphyr, Les Jours ou 8e Etage, créé à Lyon) ou suisses (Sept.info), avec un objectif simple : faire connaitre ces titres et diffuser le journalisme de qualité. Une démarche peu surprenante quand on sait que trois des quatre fondateurs de Kaïa ont une histoire passée ou en cours avec le journalisme.

Commençons par le nom, déjà : Kaïa, inspiré d’Anna Politkovskaïa, journaliste russe un peu trop curieuse et assassinée en 2006. Si la référence peut être brutale, l’équipe a surtout en tête, outre l’hommage, de célébrer l’investigation autant que… la parité :

« On voulait une référence à une figure du journalisme, engagée, courageuse, « bousculante » ; on voulait un nom relativement court parce que nos carnets sont petits ; on n’était pas contre mettre une femme ou l’idée du féminisme en avant ».

Une parité qui n’est pas seulement de façade, car l’équilibre sera respecté aussi dans les signatures des articles sélectionnés.

On a tendance à l’oublier, mais l’info a un prix. Les articles sélectionnés sont payés aux rédaction, un choix éthique. Un autre choix est celui des rédactions partenaires : si Les Jours a bénéficié d’une belle visibilité à son lancement (et prouve la qualité de son travail par différentes récompenses comme le Prix Albert-Londres en 2017 pour Les Revenants), d’autres rédactions mériteraient aussi la reconnaissance. Un soutien au long-format, plus coûteux à fabriquer, d’autant plus nécessaire dans un contexte économique morose pour les médias. Ainsi Kaïa se veut promoteur du journalisme long, d’investigation et de qualité, autant qu’il pose la question de l’attention du lecteur dans un univers numérique où la vitesse fait foi et où les sollicitations sont démultipliées, entre les sites marchands, les publicités et le nombre important de médias d’info. Quand on navigue sur internet, cette offre pléthorique n’incite pas à se lancer dans de longues lectures…

crédit photo : © Kaïa

Kaïa inverse la donne actuelle : chaque numéro reprend un à deux articles d’un site partenaire en version papier, pour un temps de lecture compris entre 15 et 20 minutes, sur un sujet qu’on ne serait pas forcément allé voir de soi-même. Reprendre la main sur le temps, donc, et ouvrir la curiosité des abonnés à travers la richesse des thèmes disponibles de rédactions qui ont chacune leur identité.

Ce n’est pas anodin si le carnet en lui-même est autant bichonné que le choix de son contenu : une couverture semi-rigide, un format poche A6, et des bords arrondis. Du travail d’artisan, comme peut l’être celui du journaliste qui prend son temps pour rédiger un beau papier, fouillé et précis.

Un objet doux au regard et au toucher, qui appelle à la bienveillance. Un peu à l’image du projet Kaïa, ovni optimiste sur le journalisme de qualité qu’il est ô combien important de diffuser, pour redorer le blason d’une profession parfois décriée mais qu’il y a urgence à soutenir et valoriser.

Kaïa-lescarnets.fr
Diverses formules d’abonnement à consulter sur le site, dont une promo de Noël à 40€.

Kaïa est aussi sur les réseaux sociaux :
facebook.com/carnetsKaïa
twitter.com/carnetsKaïa

Et pour en savoir plus, Kaïa se présente chez France Bleu Picardie ou parle des médias citoyens avec quelques uns des partenaires (L’imprévu, 8e étage, Zéphyr, Sept) aux micros de RFI.

crédit photo : © Kaïa

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