#LyonBierefestival Quand la bière artisanale se digitalise : les brasseurs version 2.0

La 3e édition du Lyon Bière Festival qui avait lieu en cette fin avril 2018 à la Sucrière a permis à un public venu nombreux de découvrir des bières artisanales de toute la France et d’ailleurs, faisant d’ailleurs la part belle aux brasseurs américains cette année. Secteur en pleine expansion, attesté par un nombre croissant de brasseurs et des ventes qui se portent bien, la bière artisanale a également pris le virage du web.
La bière version 2.0, c’était le thème de l’une des conférences proposées lors de ce salon, dont voici la substantifique mousse.

Il suffisait de se promener le long de la centaine de stands pour admirer des bières au design d’étiquette très travaillé. La communication, un enjeu stratégique pour séduire une clientèle de plus en plus importante et exigeante, et redorer le blason d’une boisson à l’image souvent négative, non noble.
Le secteur s’est aussi approprié le web : applications et sites de notations, groupes Facebook d’amateurs avertis ou débutants, comptes Instagram de brasseurs ou blogs d’influenceurs…

La bière version 2.0, c’est ce dont sont venus débattre Rimbault Fontaney (collectif unani-mousse et rédacteur pour zygo-mag.fr), Karim Dubois (rédacteur et président de l’association Bières et Papilles qui organise la Paris Beer Week), Jérôme Thomas (organisateur du festival Les Houblonnades à Dijon) et Laurent Cirurel (qui tient La Fine Mousse, restaurant et bar à bières artisanales à Paris). Un débat mené par Nicolas Dumorier, co-fondateur de bieronomy.com et co-organisateur du Lyon Bières Festival avec Rue89Lyon et Le Petit Bulletin.

L’autre débat éthique de cette conférence : peut-on prendre au sérieux les propos des intervenants quand on dénombre autant de bouteilles d’eau sur la table ?

Y a-t-il un nouveau rapport des consommateurs à la bière, à l’ère du numérique ?

  • Maintenant, une bière est notée au même titre qu’un nouveau smartphone, le testing de bière s’est normalisé en quelques années. Après des sites comme Trip Advisor ou La Fourchette qui jouent un rôle de recommandation auprès des voyageurs ou des restaurateurs, on voit apparaître des sites ou applis de ce type aussi pour les bières.
  • Des applis ou des groupes Facebook comme French Beer Geek permettent aussi de suivre l’actualité des bières aux passionnés, par exemple pour connaître les brasseurs présents à des salons.
  • Attention toutefois aux notations : on est tributaire de l’origine géographique des utilisateurs majoritaires de l’appli, dans les classements de notation. Donc si une appli a une majorité de fans anglophones, en toute logique le titre de « meilleure bière » sera anglo-saxonne et consacrera des bières… qu’on ne trouve parfois pas en France. Alors que la meilleure bière… c’est celle qu’on partagée avec les gens qu’on aime !
  • Certains brasseurs old school font toutefois le choix de ne pas être sur ces applications, par peur de perdre le contrôle de leur communication et de l’impact parfois incontrôlable des commentaires négatifs.


Les groupes Facebooks dédiés, ouverts ou fermés : sociologie

  • La plus grosse communauté se retrouve sur la page French Beer Geek (près de 5 000 membres), créée par des amateurs qui souhaitaient partager leurs rencontres et découvertes de brasseurs. La communauté de fans y vient partager et découvrir de nouvelles bières.
  • La communauté se compose de beer geeks mais aussi de brasseurs artisanaux ou de producteurs qui font de la veille, de l’écoute. Dans ces groupes, il y a aussi des visiteurs curieux, amateurs ou beer geeks en devenir.
  • Une communauté si importante entraîne des avantages mais aussi des inconvénients : outre des débats enflammés, l’un des points négatifs est l’accueil de ces nouveaux curieux, parfois moqués par les habitués. Heureusement ce n’est pas une généralité, car les anciens guident, éduquent ces néo-amateurs vers les bons lieux, les bonnes bières, etc. Dans le ton des commentaires, les propos sont plus courtois dans les groupes fermés.


Quels sujets de discussion sur ces groupes Facebook :

  • Sur la page French Beer Geek, on traite de l’actualité de la bière artisanale : nouveaux produits, évidemment, mais aussi les salons, les concours, les rachats de brasserie, les innovations…
  • Le groupe Facebook unani-mousse est plus axé sur la découverte et la dégustation.


La bière fabriquée par les brasseurs est-elle influencée par le 2.0 ?

  • Le web a accéléré le développement de la bière auprès du grand public : les IPA de la Côte Est américaine sont arrivées plus rapidement en Europe, les nouvelles techniques de brassage sont plus vite diffusées. Il y a donc une influence d’internet.
  • D’autre part, certains brasseurs vont fabriquer des bières éphémères pour satisfaire les beer geeks et les influenceurs.
  • Si l’une des brasseries américaines est présente à ce Lyon Bière Festival alors que leurs bières sont un peu plus chères que les autres, c’est parce qu’ils savent que le tarif n’est pas un problème pour les amateurs, et que les tendances des consommateurs de bière sont analysées sur le web : ils savent qu’ils peuvent se lancer en Europe, d’après les résultats de leur étude.
  • L’influence des réseaux sociaux a un impact sur les ventes, il y a une nécessité pour les brasseurs d’être tendance et les cavistes regardent aussi les sites de notation. Le 2.0 a moins d’influence lorsqu’un bar décide de passer des bières des distributeurs industriels grand public à de la vente de bière artisanale.
  • La force du web va aussi être utilisée pour enrichir le catalogue des bières françaises, dans le cadre d’un projet du Musée de la Bière basé à Stenay, en Lorraine.


Les notations ne font-elles pas oublier la bière-plaisir, au détriment de bières fabriquées pour satisfaire le marché ?

  • Si l’IPA est à la mode et se vend beaucoup, peut-être au détriment d’autres bières de qualité, c’est aussi une bière d’appel qui peut amener à découvrir d’autres bières.


Les brasseurs 2.0 :

  • Fonctionnant quasiment comme des entreprises digitales, la jeune génération des brasseurs est présente sur les réseaux sociaux, souvent pour parler des produits qu’ils aiment.
  • On constate une communauté très réactive, mais avec des côtés négatifs : des notations en baisse ou négative de bières peuvent avoir un impact sur les ventes malgré la communication réalisée par le brasseur.
  • Parmi les outils utilisés, Instagram permet d’inviter les followers à la brasserie, montrer les coulisses de fabrication, présenter l’équipe, signaler sa présence à un événement…
  • Attention toutefois à ne pas s’éloigner trop du produit, ou aux conséquences d’une mauvaise maîtrise des codes de la com digitale…


Un brasseur est-il obligé d’être présent sur internet ?

  • Lors du France Bières Challenge, concours de bières françaises, certains brasseurs qui tournent grâce à un excellent bouche-à-oreille et une clientèle fidèle ont été sélectionnés, alors qu’ils n’ont aucun site internet ou aucune présence numérique.
  • Mais ce sont effectivement des exceptions dans un secteur qui s’est énormément digitalisé.

Ma conclusion personnelle :

Boisson festive, conviviale et accessible financièrement, la bière trouve sur internet un relai efficace et une communauté grandissante et active. Bien aidée par une nouvelle génération de brasseurs Digital Native qui a parfaitement su s’approprier les réseaux sociaux et internet. Tout comme les distributeurs dont le nombre de magasins physique augmente dans les villes, appuyés par des sites internets aux catalogues riches et variés.
Les influenceurs ne sont pas en reste, eux aussi apportant leur part d’innovation numérique : big up à Un bar et j’y vais, qui propose de découvrir en podcast les bonnes adresses lyonnaises de bars et dont l’équipe est très sensible aux bières artisanales (vous pouvez les suivre sur twitter ici, et sur Instagram là).

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5 réflexions sur “#LyonBierefestival Quand la bière artisanale se digitalise : les brasseurs version 2.0

  1. A te lire, on penserait presque que la microbrasserie est une révolution comme a pu l’être, l’imprimerie de par sa diffusion rapide et son universalisme 😉
    Dans un linéaire, c’est vrai qu’une étiquette qui ressort bien soit par son code couleur et/ou son nom attire plus l’attention. Je ne sais pas si certains brasseurs pour se démarquer osent d’autres formes de bouteilles… J’en ai pas vu, après vu le coût d’une bouteille dans le prix final de la bière, pas sûr qu’ils s’aventurent là-dedans. Car peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse…Surtout il faut que cette ivresse modérée (hein !) doit être avec un breuvage agréable en bouche 🙂
    Pour ce qui est des notations, j’avais téléchargé les deux applis dont parlait un billet sur les beergeeks de Rue89Lyon, hélas je ne bois pas assez de bières différentes pour rentrer dans le jeu de la notation (je vais quand même y zyeuter un oeil de temps en temps pour une veille pro sur les bières bio).
    Et en plus les notations, j’ai donné depuis Yelp et c’est toujours suggestif surtout en fonction du palais de chacun. La même chose se fait pour le vin…
    Sinon c’est super de citer « un bar et j’y vais » , il est vraiment super ce podcast et les gars derrière !
    Cheers !

    • Je ne dis pas du tout que la micro-brasserie est une révolution, par contre que le nombre d’enseignes liées au secteur croît autant que leur visibilité (regarde rien qu’à Lyon le nombre d’adresses dispo entre les bars, les distributeurs, etc.). Une nouvelle mode qui a débutée depuis plusieurs années, mais qui explose dernièrement (et tant mieux, tant ce milieu m’a l’air rempli d’artisans et d’amoureux de leurs produits).
      Et le panorama de com numérique qui a été proposé ne révolutionne en soi rien non plus, mais je constate une certaine maturité dans leur usage du digital (site web, pages FB) autant que le recul nécessaire (les notations, les trolls) 🙂

  2. En fait (comme souvent), je me suis mal exprimé le « A te lire » et le subjonctif étaient de trop, mon propos n’était pas de dire que tu disais que c’était une révolution mais que la microbrasserie est vraiment un lame de fond qui a tout de même changé pas mal de choses dans la consommation des gens. On peut se faire en plaisir en buvant autre chose qu’une simple Kro ou 1664 pour certes un peu plus cher mais avec une qualité supérieure.
    Et aussi de dire que la microbrasserie est un univers certes commercial mais aussi fédérateur humainement parlant (ce que tu transcris très bien) où les brasseurs viennent volontiers dans ce genre de salon, certes pour vendre mais aussi partager leur passion IRL ou sur les réseaux avec leur client/consommateur 🙂
    J’ai bon ? 😉

    • Je partage ton point de vue sur l’état d’esprit de cette communauté. Je ne connais rien de ce milieu, mais c’est ce que j’ai retenu des deux jours du salon : un super état d’esprit tant chez les exposants que les visiteurs. Rien que pour ça, c’était très chouette 🙂

      Et effectivement, parmi des connaissances (communes ou non), il n’est pas rare de les voir parler de bières artisanales alors qu’il y a quelques années, on se contentait d’une 16 en pression (ce qui est quand même mon cas, en soi : je cherche surtout une terrasse sympa, pas nécessairement un lieu qui a du choix en bières). Mais voir autant de comptoirs qui ont troqué les fûts de bière « industrielle » pour de l’artisanale où les bières locales sont souvent présentes, c’est assez chouette je trouve pour les producteurs régionaux. Une autre manière de faire du circuit court, c’est l’autre bonne nouvelle amenée par l’expansion des bières artisanales 🙂

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