François Cohendy, un patrimoine lyonnais du cinéma.

Alors que le Festival Lumière organisé par l’Institut Lumière ouvre ses écrans et célèbre l’histoire du cinéma pour la 10e année, la cinéphilie lyonnaise peut compter sur un autre monument : François Cohendy, journaliste culturel au journal Le Progrès de 1976 à 2011. Retour sur une carrière au service de la culture en général et du 7e art en particulier, à travers les souvenirs d’interviews d’un festival ambulant.

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Ta première interview :
Marcel Dalio, je crois, peu avant sa mort. J’ai généralement plus aimé les vedettes populaires et les seconds rôles, comme Jean Carmet ou Bernadette Lafont, que les stars de la semaine. Ce sont des survivants qui ont traversé beaucoup d’époques, et parfois beaucoup d’épreuves…

L’interview qui t’a le plus ému :
Annie Girardot, évidemment. C’était une actrice et une femme à vif, qui souffrait d’un manque terrible de respect… Mais aussi Patrick Dewaere et Jeff Bridges, question d’identification avec ma génération.

L’interview la plus courtoise :
Schwarzy, qui a pris soin de ne pas me broyer la main. Idem avec Stallone !

L’interview la plus préparée :
Des gens comme Isabelle Huppert notamment, parce qu’elle n’aime pas perdre son temps avec des questions qui ne l’intéressent pas. Et c’est son droit, on entend de telles niaiseries.

L’interview la moins préparée :
Eddie Constantine, à Deauville. On s’est rencontrés par hasard sur les planches et on a discuté de manière informelle, presqu’amicale.

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Isabelle Huppert dans le rôle d’une secrétaire de rédaction du Progrès relisant un papier de François Cohendy (années 80, collection personnelle de F. Cohendy)

L’interview qui aurait pu durer des heures :
Catherine Deneuve. Parce que c’est la « patronne », soixante ans de cinéma et toujours irréductible aux normes qui balisent et banalisent. L’intelligence, la lucidité, pas de faux-pas, pas de compromis et cette dualité rarissime de la star et de l’actrice.

L’interview qui t’a encore plus fait aimer le cinéma :
Je choisis Chabrol parce qu’il mêlait l’intelligence, la culture, l’humour et l’enthousiasme. Et puis, un rêve, à Cannes : Marcello Mastroianni, déjà âgé, l’homme plus-que-parfait.

L’interview la plus improbable :
Jerry Lewis ! Il tournait un film à Strasbourg. On me fait entrer dans sa loge, il était énervé, sans doute fatigué, et ça a duré trois minutes. Je pense quil ne ma ni vu ni entendu !

L’interview la plus absurde :
Souvent celles qui sont traduites, car il y a du lost in translation… Ou alors Woody Allen, qui refuse un interprète et s’acharne à parler un français très approximatif. Difficile ensuite de rédiger quelque chose qui se tient !

L’interview la plus alcoolisée :
Mickey Rourke, à Nice, pour la première d’un Cimino. Il est arrivé au restaurant, a pissé devant la porte et plus tard, au cours du repas, est monté sur les tables… Les organisateurs étaient désespérés…

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François Cohendy et Christophe Lambert, rejouant le bêtisier du Divan d’Henry Chapier. (années 80, collection personnelle de F. Cohendy)

La plus pénible :
Celle de gens comme Claude Berri, Maurice Pialat, Alain Delon, bref les tyrans. Je ne supporte pas ça, le talent ne donne pas de droits et surtout pas celui d’agresser ou d’humilier.

L’interview ingérable :
Les gens qui partent dans tous les sens ! C’est souvent excitant à suivre, mais pas facile à structurer ensuite ! Les Depardieu, Luchini, Galabru, Mocky…  

L’interview qui dérape :
Jean-Claude Brialy, parce qu’en général il était plus intéressé par les jeunes serveurs des hôtels où je l’interviewais que par mes questions. Je le comprenais tout à fait !

L’interview ratée :
Disons qu’il est en général plus satisfaisant de solliciter quelqu’un que de suivre une conférence de presse sans surprises… Donc pas vraiment de ratages, mais trop de rendez-vous formatés, minutés, « encadrés ». Cela dit, rencontrer Jessica Lange, Michelle Pfeiffer, Mel Gibson, Travolta, Kim Basinger, Tom Cruise, Sharon Stone ou Meryl Streep, c’est forcément intrigant. Je cite les Américains, car c’est très fréquent d’avoir des interviews standard, avec eux.

L’interview mutique :
Michel Serrault, pas facile, le contraire de Rochefort qui était bavard et rieur. Mais je me dis aussi qu’avec des gens dont les propos m’ont déçu par rapport à leur carrière, comme Nathalie Baye ou Michèle Morgan, c’est sans doute parce que je ne posais pas les bonnes questions.

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Jean Rochefort et François Cohendy, dans un moment de franche déconnade (années 80, collection personnelle de F. Cohendy)

L’interview mauvaise foi :
Sans doute celles trop basées sur la séduction, la valorisation égocentrique. Donc, à des gens comme Jeanne Moreau ou Yves Montand, je préfère Darrieux, Trintignant ou Micheline Presle

L’interview que tu aurais rêvé faire :
Greta Garbo, Cary Grant, Hitchcock, Kubrick, Méliès… L’invention, le mystère, le style !

L’interview avec des étoiles dans les yeux :
Les mythes, bien sûr, comme Clint Eastwood, Robert Redford, Gregory Peck, Jean-Paul Belmondo, Jane Fonda, Sean Connery, Paul Newman, Kim Novak, Bette Davis, Jean Marais, ou encore Gene Kelly, Cyd Charisse… Et je n’oublie pas, évidemment, Harrison Ford. Quand même, on a beau jouer les blasés, c’est le fameux ruban de rêve qui devient un peu réalité, pour une heure et pour toi…

L’interview dont tu ne comprends même plus tes questions ni les réponses :
Jean-Claude Van Damme, déjà « aware » ! C’était délirant, il nous disait « vous avez vu ma femme comme elle est belle ? » et il l’a sifflée pour qu’elle vienne se montrer !!!

L’interview la plus hallucinante :
Jodie Foster, à 13 ou 14 ans, avec sa maman, dans un bouchon lyonnais pour un inutile et improbable film français. Elle avait l’air si perdue… Je l’ai retrouvée vingt ou trente ans plus tard, si formidable, si exemplaire… et si bilingue !

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François Cohendy devant une imitation de Mark Zuckerberg par Guillaume Canet (2002, collection personnelle de F. Cohendy)

L’interview la plus cool :
Ça se passe bien quand il y a un minimum de confiance de la part de gens qui sont à l’aise, et qui sont très sûrement des gens « bien » : les Miou Miou, Sandrine Kiberlain, Hugh Grant, Sandrine Bonnaire, George Clooney, Emma Thompson, ou les maitres comme Resnais, Scorsese, Malle, Losey, Chahine, Angelopoulos, Bertolucci, Sautet, Chéreau, Bertrand Blier…

L’interview la moins cool :
Celles des gens pour qui tu n’existes pas, quand tu es juste là comme caisse enregistreuse de leurs propos.

L’interview dont tu es le plus fier :
Marilyn Monroe ! C’était en août, dans les années 80. Au Progrès, il y avait chaque dimanche une interview d’une personnalité mais ce dimanche-là on a choisi de faire un portrait de Marilyn pour les 25 ans de sa mort… tout en oubliant d’enlever le surtitre « interview » ! Donc je l’ai interviewée alors qu’elle avait disparu depuis longtemps. Mon scoop absolu !

Pour l’anecdote, François Cohendy dispose chez lui de plus de 4 000 DVD. Un panel éclectique de grands classiques et de comédies musicales nord-coréennes, en passant par des films de Mario Bava ou d’autres trésors cinéphiliques. La curiosité, l’ouverture, encore et toujours.

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