Au Progrès, une auto-critique interne bienvenue avant les élections municipales et métropolitaines… au détriment du secret des sources.

Qui a dit que les journalistes ne savaient pas se remettre en cause ? Une démarche d’autant plus nécessaire dans un contexte de digitalisation de la presse, où la course au clic le dispute parfois à la rigueur de la vérification de l’information. Le Progrès n’est pas épargné, mais n’hésite pas à tirer les leçons de ses erreurs. Et pour le cas dont il est question, une première conclusion : ne pas se fier aveuglément à une source, tout en dévoilant son identité dans un compte rendu syndical.

En se baladant sur le site internet du Progrès, la page de présentation du journal indique ceci :

La mise en place du Digital First depuis plus d’un an nécessiterait de remettre à jour cette notice, tant la priorité est maintenant donnée au web et une organisation interne tournant autour d’internet. Cette digitalisation s’est accompagnée d’une réduction des effectifs de la rédaction, ce qui ne va pas sans poser de difficultés pour traiter correctement les sujets de manière optimale, encore plus en cas d’événement exceptionnel.

L’engagement de vérification des faits avant publication a, lui aussi, été mis à mal récemment : dans un compte rendu de comité d’établissement diffusé début juillet, les membres du Syndicat National des Journalistes (SNJ) du Progrès ont mentionné l’affaire du colis piégé qui a explosé rue Victor-Hugo en mai dernier. Dans son traitement, le journal a rapidement annoncé que le suspect était étudiant à l’école d’informatique Epitech (sa demande d’inscription avait été refusée par l’établissement), « ce qui s’est avéré faux », le syndicat précisant que la tentative de confirmation de cette information auprès de l’établissement « a fait chou blanc ». Malgré tout, l’information fut diffusée, dans un contexte de compétition avec les autres rédactions locales et nationales pour sortir les dernières infos de cet attentat. Conclusion sur la méthode, rappelée par la direction du journal : « Il faut qu’on s’astreigne à aller au bout de nos procédures, quelle que soit l’urgence. C’est encore plus important aujourd’hui de faire attention sur le web, parce que la moindre erreur nous revient immédiatement. Là, il y a eu un manquement, qui a été débriefé, qui ne se reproduira pas ». Un gage nécessaire, alors que les relations entre la direction et les syndicats ne sont pas des plus apaisées.

Jusqu’ici, a priori, rien que de très banal : le traitement d’un incident pour ne plus qu’il se reproduise.

Reste un point, relayé de manière très surprenante par le SNJ dans ce communiqué, la source de cette information (et pourtant, au SNJ, d’habitude on est très pointilleux sur le secret des sources). «  D’où venait cette info ? De BFM ? Non, c’est Gérard Collomb lui-même qui nous l’aurait révélée ». On se remémore alors, dans un contexte de pré-campagne municipale déjà lancée, la course à la visibilité médiatique que le maire revenant a menée, réendossant subliminalement les galons de chef d’un ministère de l’Intérieur qu’il venait de quitter quelques mois plus tôt. Au grand dam de son remplaçant à Beauvau, Christophe Castaner, qui le « recadra sèchement » en lui reprochant de divulguer trop rapidement et sans mandat des informations sur l’enquête : « Il y a quelques semaines, Gérard Collomb m’avait adressé un conseil : celui de ne jamais trop parler. Il avait raison. »

Dans cette affaire débriefée en interne par la rédaction du Progrès, la publication d’une information erronée provenait donc du maire de Lyon, dont le statut a prévalu sur la nécessité de recouper le renseignement. Un constat qui amène la direction du journal à une conclusion lapidaire : « On a eu le tort de considérer un ancien ministre de l’Intérieur comme une source fiable. La ligne éditoriale du site est la même que celle du journal papier. On doit assurer le contradictoire et la vérification avec le même soin. On n’a pas le droit d’altérer la marque sous prétexte qu’on publie sur leprogres.fr ».

On ne peut que saluer ce souci de vigilance de la part de la rédaction du journal dans la qualité de l’information qu’elle publie. Une nécessité encore plus marquée alors que la rentrée de septembre lancera officiellement la double campagne électorale pour les municipales et la métropole, avec son lot de communication politique : on ne peut que souhaiter que les journalistes qui accueilleront les candidats dans leurs colonnes prendront le temps de préparer et vérifier les promesses ou positions de chacun. De faire le boulot d’enquête, en somme. Et, comme on l’a vu précédemment lors de l’interview de David Kimelfeld à Tribune de Lyon, l’enjeu du choix d’un titre pour s’exprimer n’est pas neutre, donc autant entretenir de bons rapports avec les rédactions en ne racontant pas trop de bêtises. Espérons que la démarche présente, s’appliquera à tous, donc, sans parti-pris partisan dans le traitement des candidats.
Mais on est quand même troublé par le fait que le SNJ, dans ce compte rendu de comité d’établissement, retranscrive l’identité de la source, pas vraiment dans l’ADN de ce syndicat ni de la profession. Simple erreur humaine, ou était-ce un message subliminal adressé à la direction de la rédaction avec une intention plus particulière ? *

Outre cette démarche d’amélioration continue, nous encourageons le journal à se rapprocher de ses lecteurs, à ouvrir ses portes sur son fonctionnement, à créer de réels moments de dialogue autour de sa profession et de ses conditions de travail, et à renforcer ainsi un lien qui pourrait être mis à mal par ce type d’affaire. Une nécessité en période de baisse des ventes papier, loin d’être compensées par le web. De nouvelles offres d’abonnement numérique et un paywall vont d’ailleurs apparaître à la rentrée, nous aurons probablement l’occasion d’en parler sur ce blog.

L’autre leçon à retenir est que de nombreuses rédactions locales reprennent le contenu du Progrès dans leurs propres colonnes, en citant souvent la source, mais sans nécessairement revérifier l’info. En l’occurrence, cette information erronée à propos du suspect a été relayée par de nombreux médias – nationaux et locaux. Cet exercice d’auto-critique ne se limite donc pas seulement à la rédaction du quotidien…

*PS du 31/07/2019 :
Afin de contextualiser mon questionnement sur la citation d’une source par un éminent syndicat de journalistes, au travail reconnu par toute la profession, je poste ici la réaction du SNJ après une intervention télévisuelle surréaliste de Pascal Jalabert, rédacteur en chef du Bureau d’Informations Générales (BIG) basé à Paris et qui rédige les informations nationales qui sont en suite publiées dans les pages des journaux du groupe EBRA, dont fait partie Le Progrès.
En effet, sur le plateau de LCI, Pascal Jalabert a tenté avec insistance auprès d’un journaliste de Mediapart de lui faire citer ses sources à propos de l’affaire Rugy.
Ce qui a valu la publication par la section Progrès du SNJ d’une déclaration offensive à propos du secret des sources, se désolidarisant, à juste titre, de la démarche de l’un de ses rédacteurs en chef.
Si cette péripétie est postérieure de quelques jours à la réunion dont il est question dans ce billet, la réaction du SNJ a toujours été identique en prônant la défense des journalistes, de leurs droits et de leurs sources. Ce qui interroge donc sur l’intention d’un tel déballage contraire aux habitudes.

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