Les gauches lyonnaises face au défi de l’union

Lundi 23 septembre 2019, un peu plus d’une centaine de personnes étaient présentes pour la rencontre publique proposée par Génération Z. La plateforme, initiée par la Manufacture de la Cité de Renaud Payre, ambitionne de rassembler plusieurs courants des gauches lyonnaises et métropolitaines afin de présenter des listes de poids aux scrutins locaux de mars 2020. Si la démarche est attendue par les militants et sympathisants de tous bords, la soirée a cristallisé la situation locale : tout le monde serait prêt à une union, mais les visions diffèrent sur la méthode. Et EELV est bien conscient d’être au centre du jeu.

N’ayant pu être présent dès le début de cette rencontre pour cause de conseil municipal qui se déroulait au même moment, on vous renvoie à l’excellent compte-rendu de Rodolphe Koller, paru dans Salade Lyonnaise. En gros, de nombreux mouvements étaient présents (PS, PC, Génération.s, la Manufacture de la Cité, Nouvelle Donne, Place publique, EELV, etc.) tout comme des figures notables de la société civile (le pédagogue et ex-Vert Philippe Meirieu, l’ancien maire du 4e arrondissement Dominique Bolliet, le géographe Michel Lussault, entre autres).

LFI avait décliné l’invitation. Et l’élu métropolitain EELV Pierre Hémon représentait l’autre absent de marque de la soirée, Grégory Doucet. Élu par 61 % des militants EELV dès le 1e tour de la primaire organisée en septembre pour être le candidat écologiste aux municipales, Doucet fait pourtant partie des initiateurs de Génération Z. Et on peut penser que cette position en faveur de la convergence des forces de gauche a pu jouer, auprès des militants, dans son succès à cette élection interne.

Hélas, sitôt élu, il a du suivre le mot d’ordre national : en 2020, pas d’union avec d’autres organisations au 1e tour pour EELV, à voir pour le second tour mais à l’aune du programme maison. Bref, Doucet est coincé autant par une stratégie risquée d’EELV espérant capitaliser en solo sur le résultat des Européennes, que par les têtes d’affiche locales que sont Bruno Charles ou Pierre Hémon, peu disposés à perdre la main et la face malgré un vote interne que l’on pourrait presque qualifier de « dégagiste » (35 % des votes pour Bruno Charles, 4 % pour Étienne Tête).
C’est donc en toute logique que Pierre Hémon n’a pas pris d’engagement ferme pour participer à Génération Z, rappelant qu’EELV a lancé dès avril un appel à toutes les forces écologistes qui voudront se rallier derrière sa bannière. Dans la foulée, Hémon a aussi précisé que « EELV considère LFI comme écologiste », ouvrant à de possibles discussions avec le parti de Mélenchon. « Le pourriez-vous ? », a-t-il conclu avec une pointe de défi, s’adressant à Renaud Payre et au maire de Villeurbanne Jean-Paul Bret avec lequel il eut quelques minutes auparavant un échange houleux.

Cette soirée était révélatrice des points d’achoppement auxquels fait face cette nouvelle tentative d’union des gauches :

Un calendrier à gérer

Si Renaud Payre n’a pas manqué de rappeler que le temps était compté d’ici les scrutins, la date limite de dépôt des listes en Préfecture est fixée au 27 février 2020, soit deux semaines avant le 1e tour. On est donc encore loin du money time qui verra se boucler les dernières alliances, la température du moment aidant. Si les petites organisations ont tout intérêt à se mettre en ordre de bataille au plus tôt, nombreuses sont celles qui n’ont pas encore consulté leur base militante pour sceller les partenariats ou adouber leurs candidats (quid de LFI, particulièrement absent de la scène lyonnaise depuis des mois ?).
Et la question très pragmatique des élaborations de listes avec les nominations aux places éligibles reste aussi un sujet sensible. Au sein des organisations, d’une part, comme à Génération Z lorsqu’il s’agira de composer ces listes, avec la « contrainte » supplémentaire d’ouvrir des places à la société civile sympathisante de gauche mais non-encartée dans aucun des partis ou mouvements qui s’étiquetteront Z.
Bref, pas de quoi rassurer les vieux de la vieille du paysage politique local, qui n’entendent pas particulièrement laisser leur place d’élu, même au sein d’oppositions minoritaires. L’ancien monde rattrape vite les désirs de rénovation. Et EELV, se sachant au cœur du jeu alors que le PS est plus qu’au creux de la vague, aurait tort de ne pas profiter de la situation en dictant le tempo et les règles du jeu.

Des divergences de fond très anciennes

le PC, productiviste, peut-il s’allier avec EELV ? EELV peut-il trouver des convergences avec le PS, pas franchement anti-nucléaire et plombé par un bilan écolo peu flatteur lorsqu’il était au manettes de la nation ? La liste est longue de ces désaccords fondamentaux qui n’ont jamais été dépassés jusqu’à aujourd’hui, et les rancœurs de chapelles se révèlent toujours bien vivaces. La tâche de Génération Z s’avère ardue, pour parvenir à un big bang idéologique synonyme d’un rassemblement significatif et représentatif. Et sans EELV, il sera difficile de l’emporter ou, du moins, de peser de manière significative.

L’avenir dira si une multitude de listes issues des diverses propositions de rassemblement seront présentes, ou si l’une d’elle aura réussi à fédérer tous les acteurs en place. Si la proposition d’EELV porte les germes d’une énième division de la gauche par son désir unilatéral de diriger cette liste, le parti écologiste a l’avantage d’être porté par une actualité consacrant les thématiques environnementales.

Comme l’hôtel de ville, la gauche lyonnaise et métropolitaine est en chantier.

Des rancunes personnelles tenaces

Pour EELV comme pour Génération Z, le succès d’une liste commune passe aussi par le dépassement de quelques problèmes de personnes et d’ego.
Car si l’union que souhaite proposer Génération Z se base sur des principes idéologiques, il ne serait pas illogique de créer aussi des liens avec Lyon en commun ou LFI. Mais la Manufacture de la Cité est née d’une scission interne du Gram de la maire du 1e arrondissement Nathalie Perrin-Gilbert, et les relations sont si tendues entre les uns et les autres qu’elles ont abouti au tribunal. On imagine donc difficilement une alliance entre les deux mouvements, dans l’immédiat.
Et si par le passé NPG a souhaité conclure des alliances avec des partenaires a priori naturels comme EELV, le PG ou le PC, aucune n’a résisté au temps ou la proposition a été refusée. Son seul partenaire actuel est LFI, sans réelle implantation locale et bien peu raccord avec un ADN lyonnais modéré et pas forcément très à gauche.
Dans une vision plus globale, vu comme le débat s’enflamme vite sur les réseaux sociaux entre les acteurs, il va falloir de nombreuses séances de thérapies collectives pour aplanir les différends personnels avant de pouvoir tenir une discussion sereine autour d’une stratégie commune basée sur des idéologies pourtant proches.

Unir les gauches lyonnaises et métropolitaines semble difficile, donc, mais pas rédhibitoire si chacun agit avec intelligence. Car il n’est pas uniquement question de politique politicienne, mais d’urgence d’une réelle politique climatique et sociale, que la jeunesse mondiale appelle de ses vœux.

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