EELV remporte la métropole et la ville : « maintenant Lyon », demain Paris ?

Ils l’ont fait. Alors que rien dans la culture lyonnaise ne le laissait entrevoir, Bruno Bernard et Grégory Doucet ont déjoué tous les pronostics en quelques mois pour verdir la métropole et la ville de Lyon, à l’instar d’autres communes françaises. Le plus dur commence pour eux, mais cette double-victoire pourrait continuer d’aiguiser certains appétits, tant les perspectives sont alléchantes.

“La politique des petits pas, ça ne suffit pas, ça ne suffit plus”, déclare Grégory Doucet dans l’émission “à l’air libre”, dédiée aux municipales sur le site de Médiapart le 29 juin 2020. En rappelant les mots de Nicolas Hulot à son fracassant départ du gouvernement, le futur maire résume ce que personne n’aurait pronostiqué avec certitude dans la traditionnellement modérée Lyon. La présence persistante des Gilets Jaunes place Bellecour, la participation énorme aux marches pour le climat, et une évolution sociologique de la population n’avaient pas réussi à laisser envisager ce qu’il s’est passé dimanche.

Personne non plus ne voyait EELV mener le jeu du début à la fin. Pourtant dès juin 2019, au sortir des élections européennes qui leurs sont traditionnellement favorables, la stratégie d’EELV pour les scrutins de 2020 était arrêtée : ils partiraient seuls, gonflés par les 21% réalisés sur la ville. Au regard du bilan des épisodes solitaires et des douteuses alliances d’entre-deux tours du passé, l’entreprise semblait une fois de plus vouée à l’échec.

La différence s’est faite grâce à un homme, Bruno Bernard. Baigné dans la politique dès son plus jeune âge (son père, Roland Bernard, était sénateur PS du Rhône et proche de Mitterrand), il arrive avec un atout de taille pour la bataille qui s’annonce : son expérience de responsable des élections et des relations avec les autres partis, au sein du bureau exécutif d’EELV. La maîtrise de la carte électorale et du jeu des négociations s’avèreront décisives. Il pilotera autant la campagne pour la métropole qu’il ambitionne que celle de la ville. En conférences de presse, on l’a vu repréciser les propos de candidats s’effaçant immédiatement derrière sa parole, ou prenant la main lors de questions de journalistes destinées aux têtes de listes des circos ou des arrondissements. Une inlassable machine autant qu’une calculatrice supersonique.

Dans cette stratégie solitaire des Verts, on peut aussi imaginer que Bruno Bernard n’est pas étranger au retrait de Grégory Doucet du collectif “Madame Z” qui projetait de réunir les gauches. Une union qui se concrétisera rapidement après le 1e tour, mais sous l’autorité des Verts.

Le 28 juin au soir, Lyon et la Métropole basculent. L’énorme coup de poker est réussi. Bruno Bernard en ressort renforcé, et cette réussite pourrait se révéler utile à un horizon pas si lointain.

Car on l’imagine mal quitter le back office stratégique du bureau national des Verts pour se frotter au terrain sans autre horizon initial qu’un siège à la métropole. La prise de la présidence lui permettra d’engranger de l’expérience dans l’exercice du pouvoir et des responsabilités. Et il ne serait pas surprenant qu’il soit sollicité pour préparer une échéance plus importante : la course à l’Élysée de 2022. Il aura d’ici-là pu se faire connaître du public, et enrichi son CV de près de deux années de gestion d’une grosse collectivité locale. De quoi lorgner sur un fauteuil bien plus important, si l’effet Vert perdure. Il sera d’autant intéressant de scruter les premières décisions et orientations que prendront les deux nouvelles têtes exécutives, pour y déceler la tendance du programme national de EELV qui sera proposé à la nation.

Pour plaire à Paris, il fallait d’abord séduire Lyon. Reste maintenant à ne pas la décevoir dans les mois à venir. Mais, sauf surprise, ce premier jalon de deux ans devrait se passer sans anicroche dans le déploiement de sa politique ou dans ses relations avec un Grégory Doucet qui a pris de l’assurance face aux caméras, s’affranchissant parfois de l’assentiment du big boss pour répondre avec assurance et une diction moins hésitante. Mais la perspective d’aspirations différentes neutraliserait de fait un éventuel combat des chefs pour l’hégémonie locale, dont on a constaté les conséquences lors du duel Kimelfeld-Collomb.

L’avenir à long terme de EELV se joue lors des nouveaux mandats des édiles de Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours et de toutes les villes qui ont fait le choix d’une rupture écologiste. Pour maintenir cet élan, il faudra convaincre les réfractaires, et satisfaire tous les sympathisants et militants écolos qui attendent certaines de ces mesures avec impatience. Mais qui ne manqueront pas de bruyamment faire savoir leur mécontentement à leurs élus. Une pression immense, à la hauteur des enjeux à relever pour l’avenir de la planète, à l’échelle locale comme nationale…

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