10 ans de Rue89Lyon : « Notre équipe est nécessairement couteau suisse »

C’était en novembre 2011. Alors que la presse n’avait pas vraiment investi internet, une petite rédaction de journalistes expérimentés lançait le site d’information Rue89Lyon.
Cela fait donc maintenant 10 ans, ses co-fondateurs Dalya Daoud (rédactrice en chef) et Laurent Burlet (directeur de la publication) mènent la barque en usant des possibilités offertes par le numérique, précurseurs notamment dans le paysage lyonnais de l’usage de la data. Mais Rue89Lyon ne se résume pas à des articles sociétaux, culturels ou politiques : ce sont aussi des participations à l’éducation aux médias, l’organisation d’événements… Et un ton propre et affirmé.
Retour avec Dalya Daoud sur une décennie à façonner l’ADN d’un titre pas comme les autres.

Les deux co-fondateurs de Rue89Lyon, Dalya Daoud (rédactrice en chef) et Laurent Burlet (directeur de la publication) lors de l’édition 2021 du Salon des vins naturels

Il y a 10 ans…

Novembre 2011 : la V1 du site de Rue89Lyon est en ligne. Pourquoi se lancer sur le web ? Seulement car le papier est très cher, ou parce que vous sentiez qu’internet était un espace à investir pour le journalisme local ?

Au-delà de l’aspect logistique, qui peut passer pour celui qui prévaut dans un projet de presse en ligne (parce qu’il nous débarrasse de la lourdeur des questions d’impressions, de diffusion…), il y avait une énergie et des projets sur le web qui nous séduisaient beaucoup à cette époque. On était donc en 2011, Mediapart et Rue89 avaient clairement changé la donne depuis quelques années, dans deux styles différents, dans la presse française. Les fondateurs de Rue89 se sont reconnus dans notre désir d’investir le champ de l’info locale en innovant. Leur façon de pratiquer le web, vu comme un champ d’investigation, nous plaisait, et aussi de faire de l’info “à hauteur d’homme” pour reprendre une expression un peu galvaudée maintenant.

Quelle était l’état de la concurrence web il y a 10 ans, à Lyon ?

À Lyon, il n’y avait quasi que des sites-vitrines de journaux papier ; on avait la place pour proposer autre chose. Mais je tiens à préciser qu’on n’a pas déboulé la fleur au fusil, en donnant des leçons de journalisme. On était tous relativement chevronnés dans notre domaine, et parfaitement informés des difficultés à trouver les ressources économiques pour produire de l’info indépendante de qualité. On était en même temps assez convaincus de pouvoir le faire. Il y a une petite dose d’inconscience à lancer son média, à dire “écoutez-nous”, et même “écoutez-vous” (puisqu’on a fait partie des premiers à prendre en compte les infos délivrées par le citoyen, vérifiées bien sûr, et son témoignage direct). Mais c’était évident que ce projet, dont on ne savait pas qu’il durerait autant de temps, était le bon dans nos trajectoires respectives.

Vous avez été précurseur avec l’intégration d’un datajournaliste, présent maintenant depuis des années. C’est cette culture web qui était à l’œuvre, comme l’accueil de blogs (notamment la 89e minute, de Pierre Prugneau, par exemple, qui a depuis rejoint L’Équipe après avoir fondé Le Libéro Lyon) ?

Quand on a pu embaucher Bertrand Enjalbal en 2015, on a en effet proposé des formats qui étaient nouveaux au niveau local, des applis web ludiques, instructives… qui marchaient bien avec notre idée de re-questionner la ville. À cette époque, il a fallu tout inventer. Désormais des outils sont disponibles, plus faciles d’accès et qui ont permis à d’autres canards de s’y mettre un peu. C’est une très bonne chose mais, dans tous les cas, ce qui prévaut à l’objet numérique, au fait qu’il soit sympa et bien fichu, c’est l’info qui va être délivrée, le choix de ce qu’on va raconter.

Quelle est la philosophie, 10 ans après, de Rue89Lyon ? L’angle a-t-il changé par rapport à la genèse ?

L’envie de sortir de bonnes infos, d’ouvrir le récit lyonnais au maximum, continue de sous-tendre notre travail au quotidien. Ce qui bouge pas mal, c’est notre organisation du travail. Dix années avec deux journalistes cofondateurs, un datajournaliste arrivé ensuite en pilier, d’autres talents qui nous rejoignent, une apprentie depuis un an, des plumes qui sont passées et repasseront… Je ne parle pas des graphistes, développeurs, de toutes ces personnes qui nous accompagnent, qui bossent avec nous ainsi qu’avec nos chers cousins, les rédactions de Rue89 Bordeaux et de Rue89 Strasbourg. On forme une petite équipe avec beaucoup d’envies, c’est de l’hyperchoix en permanence. Je parlais d’envies éditoriales, mais il y a aussi d’autres types de projets, des événements (notre salon des vins naturels, avec des débats, des rencontres passionnantes…), des ateliers d’éducation aux médias qui nous tiennent à cœur… Notre équipe est nécessairement couteau suisse. Le tout est de respecter les compétences de chacun·e, que tout le monde soit convaincu de la cohérence du média et des projets qu’on lance. 

la politique lyonnaise et nationale

Vous traitez notamment la politique locale, y a-t-il une différence entre l’ancienne et la nouvelle majorité pour travailler ?

Pas vraiment. Je dirais que, comme il n’y a quasi que des nouveaux et de nouvelles élu·es, ils et elles sont peut-être plus attentif·ves à l’image que l’on va renvoyer de leur politique. Les relations avec des personnes d’une génération similaire peuvent aussi être plus fluides. Je peux vous le dire parce que j’ai commencé à écrire sur la politique lyonnaise à 25 ans et, en plus d’être une femme, ça n’a pas toujours été très simple dans le rapport à l’interlocuteur. Il y a sûrement aussi un peu moins le côté “Le Progrès à tout prix”, comme seule voie d’expression ou thermomètre de l’actu. Mais sinon, on rencontre le même type de difficultés avec des élu·es pas content·es de ce qu’on raconte, et c’est très bien comme ça. On fait notre job.

un maire de Lyon s’est caché sur cette photo, sauras-tu le retrouver ?

La nouvelle majorité a-t-elle apporté de nouveaux sujets à traiter, pour vous, ou les grands thèmes restent les mêmes ?

Les intentions des nouvelles majorités, à la Ville et à la Métropole de Lyon, sont intéressantes à observer. L’aspect social parfois délaissé, de politiques à vocation écologique, est ce qui nous interpelle pas mal. Les stratégies électorales, voire électoralistes, vont nécessairement aussi nous intéresser. Il y a quand même eu des victoires des écolos assez spectaculaires en 2020, même si évidemment on n’oublie pas le taux d’abstention au moins aussi spectaculaire. Là, en amont des élections présidentielles, les journaux, les candidat·es vont encore plus zoomer sur les politiques mises en place dans ces villes. C’est ce qu’on voit avec la Guillotière, devenu l’épicentre de Lyon, un quartier (et en réalité uniquement une place) qui est brandi comme le gros échec sécuritaire des écologistes par leurs détracteurs. Alors que le problème leur pré-existe, que les éventuelles solutions sont loin d’être uniquement contenues dans les compétences de la mairie ou de la Métropole. Bien que, là-dessus, les collectivités locales aient un rôle à jouer : on a des infos et des analyses à venir, qui occupent bien la rédaction.

Rue89Lyon prête une attention particulière à la présence persistante de l’extrême-droite à Lyon, avec parfois des prises à partie très directes et des menaces personnelles envers des journalistes. C’est un sacerdoce ? Comment ça se vit au quotidien ?

Laurent, mon associé et directeur de la publication de Rue89Lyon, est sans doute le journaliste le plus chevronné à Lyon sur ces questions. Nous les avons tous et toutes travaillées aussi par ailleurs, car c’est un vrai sujet dans cette ville et dans les ruralités autour aussi, que l’on connaît bien, et sous des formes différentes. Au lendemain d’un article sur les moyens de financement de groupes d’extrême droite radicale racistes et violents, un tag a été dessiné au bas de l’immeuble de Laurent. Une menace claire. Ça a été un choc, même si on connaît le risque de représailles quand on sort quelque chose et notamment sur ces thèmes. Il a subi aussi des intimidations physiques en direct en marge d’une manifestation. Street Press, un site d’info ami avec qui on a déjà collaboré sur des sujets, vit aussi cette situation et en parle largement. Mais autant te dire que personne n’a envie d’abandonner ni les enquêtes ni le travail de fond.

Vous ne vous êtes pas trop cachés d’avoir un ancrage plutôt à gauche, cela a-t-il présenté des avantages ou des inconvénients ?

Je me souviens, quand on s’est lancé en 2011, j’ai dit dans une interview que l’on pouvait nous définir comme “progressistes”. Depuis cette date, le mot a été utilisé par celui qui était alors candidat, Emmanuel Macron. Et on ne peut plus l’employer sans être affilié à En marche. Bien entendu, on ne veut être affilié à absolument aucun parti. Globalement cela m’amuse parce que j’aime beaucoup les définitions et redéfinitions des lignes politiques. Les médias se sont aussi vachement polarisés, comme l’ensemble du débat sociétal. Je ne sais pas si c’est une mauvaise chose, mis à part le fait que cela devient vraiment violent. Une personne passée par le cabinet de Bruno Bernard, président écologiste de la Métropole de Lyon, m’a un jour dit, très énervée : “de toutes façons vous êtes un média d’opinion”. Elle nous accusait en gros d’être anti-élus écolos, à cause d’un article qui la mettait en cause. Même si sa critique était un peu grossière, je l’ai vraiment goûtée parce que, le fait de traiter de sujets environnementaux et sociaux depuis notre création ne fera jamais de nous des affidés d’élus EELV ou de gauche. 

Comment allez-vous traiter la présidentielle ? La presse locale arrive-t-elle à se faire entendre normalement en période de campagne présidentielle face à la presse nationale ?

La règle est la même à chaque fois, qu’il s’agisse d’articles politiques ou non : quand bien même un sujet émergerait depuis chez nous, depuis la presse locale donc, la caisse de résonance nationale reste importante. Ce n’est pas un problème, c’est une règle de proportion. Mais oui, on a des projets éditoriaux, avec Rue89 Bordeaux et Rue89 Strasbourg. On va monter et diffuser une série de podcasts, dans lesquels on va mettre en dialogue différentes voix (pas des élu·es ni des candidat·es, cette fois), pour faire entendre ce qui les préoccupe à la veille de ces élections. 
Il y a des journaux qui arrivent à marketter assez bien un travail que nous faisons, nous, depuis le début. C’est faire remonter les voix, ne pas se contenter de celles des politiques, ou plus globalement des personnes formées aux médias. Je pense à la série d’articles que Le Monde a faite avec “100 journalistes envoyés partout en France”, pour aller à la rencontre de gens random en résumé. Ça m’a fait sourire parce que c’est le boulot que l’on fait chaque jour, que pas mal de gros médias devraient faire davantage en effet, mais c’est surtout qu’ils sont meilleurs en marketing et que l’on devrait de notre côté le dire davantage.

L‘indépendance

Y a-t-il eu débat en interne sur le fait de publier les annonces judiciaires et légales (AJL), qui trainent une réputation pas toujours flatteuse soit de retour d’ascenseur envers les annonceurs, soit d’influence dans les relations avec la Préfecture qui délivre les autorisations ?

Si je puis me permettre, le vrai débat porte sur l’existence même de cette obligation de publication d’AJL pour les entreprises. On peut tout à fait considérer qu’il s’agit d’une obligation française incongrue, voire absurde. Mais voilà, elle existe encore, pour le moment, même si l’Europe s’interroge sur son bien-fondé. Surtout, elle représente une aide indirecte à la presse, qui pèse des millions d’euros et qui, jusqu’en janvier 2020, n’était attribuée qu’à la presse papier. On s’est battu avec d’autres pure players, au sein du Spiil (syndicat de la presse indépendante), pour que les sites d’infos aient aussi la possibilité d’être habilités à la diffusion d’AJL. Les représentants de la presse hebdo régionale et d’autres ont été très offensifs et plutôt mécontents à l’idée de devoir partager le gâteau. Quand on voit les sommes phénoménales que cela rapporte à des journaux papier qui ne font pas du tout d’information, qui n’existent que pour ramasser le pactole et qui, comme tu le signales, ont des pratiques très limite avec les annonceurs, il y a vraiment de quoi se scandaliser. Que le système des AJL soit supprimé est une option qui arrivera peut-être dans le futur. Tant qu’elles existent et constituent une aide à la presse, elles doivent bénéficier à tout le monde. Mais ce que l’on demande, nous, principalement, c’est que les aides directes à la presse versées par l’État chaque année soient différemment réparties, de manière plus équitable et dans une transparence totale.
Et si je puis me permettre encore une fois, désolée je ne veux pas faire les questions et les réponses -mais bon, travers professionnel je pense- ce n’est pas avec la Préfecture que l’on pourrait avoir des soucis d’indépendance, mais peut-être plutôt avec nos annonceurs publicitaires. Et comme je viens de me poser la question à moi-même (rires), je peux dire très clairement que je défie quiconque de trouver une situation où l’on aurait été complaisant. On paie cher notre indépendance, on a des rapports clairs et bien souvent tendus -ce qui est normal- avec des élus de droite comme de gauche. On a très souvent subi de bons petits coups de pression, cela ne nous a jamais empêchés de sortir des infos. Je crois qu’on peut enfin dire après dix ans que notre travail est reconnu par nos pairs et par les lecteurs, et souvent par les élus mis en cause eux-mêmes. Un élu du conseil régional de Laurent Wauquiez, après un débat sur France 3 auquel je participais avec lui, me disait qu’il trouvait super les échanges que l’on pouvait avoir. Joli LOL.

Il y a quelques mois, Rue89 Strasbourg a ouvert son capital à Mediapart, est-ce que ce serait quelque chose d’envisageable pour vous de partager les commandes avec un autre actionnaire ?

Ce n’est pas d’actualité. Il n’y a de discussion en cours avec personne à ce jour, concernant le capital de Six Neuf médias qui est la société éditrice de Rue89Lyon, et qui est détenue à ce jour par ses deux journalistes cofondateurs, Laurent et moi. 

Dans le financement de Rue89Lyon, quelles sont les parts pour la pub, les abonnés, les prestations et interventions ? Et en quoi l’organisation d’événements est importante pour le titre ?

On a lancé une formule abonnés il y a deux ans, sans vraiment marquer le coup pour le moment. Nous proposons assez peu d’articles avec un paywall alors que c’est ce qui suscite l’acte d’achat. C’est parce que l’on est sans cesse partagé entre l’envie d’être soutenu directement par nos lecteurs, et celle de diffuser le plus largement possible l’information, qu’elle reste un droit accessible à tous. On va atteindre un millier d’abonnés et on ne vise pas d’objectifs précis, en dehors de la volonté de grossir cette communauté step by step. Mais comme c’est notre anniversaire, des personnes qui nous lisent depuis toujours vont peut-être enfin se décider à nous soutenir
Pour ce qui concerne la publicité, elle représente à peu près 40% de notre chiffre d’affaires. Nous recevons aussi quelques aides et des subventions, fléchées notamment sur notre travail d’éducation aux médias et octroyées par le ministère de la Culture ou la Drac directement. On mène des ateliers toute l’année dans de nombreuses structures.
Le salon des vins naturels de novembre, lui, participe en petite partie à l’économie générale du média. L’événement est surtout là pour notre présence dans la ville, pour continuer à tenir un propos, en 3D d’une certaine façon, qui nous tient à cœur, avec des agriculteurs qui sont clairement fer de lance dans les changements qui touchent leur pratique et leur milieu.

Quelle est la démarche de communication, quelle stratégie de présence et de visibilité sur les réseaux sociaux, notamment la page Facebook “Lyon” que je trouve plus “foutraque” que celle mise en place par Rue89 Strasbourg ?

Notre utilisation des réseaux sociaux est quotidienne et accompagne notre travail sur le site, mais on peut dire aussi qu’elle est assez basique. On a globalement des habitudes de communication simples, qui gagneraient je te l’accorde à être étoffées. 
Concernant le groupe “Lyon”, on en a été un peu dépossédé -ce qui est normal !
Il s’agirait de redonner un contour à ce groupe FB, avec une obligation d’y poster des sujets sociétaux ou politiques par exemple (ce que j’appelle “politiques” veut dire “qui concernent la cité” et pas des considérations un peu fourre-tout). Cela demande une animation précise, c’est un temps que l’on a des difficultés à trouver, c’est lié aussi à nos personnalités au sein de la rédac, par choix, nos obsessions et notre temps sont dédiés à la production d’info et vont vite ailleurs. 🙂

Nicolas Barriquand (Mediacités Lyon, à gauche) et Laurent Burlet (Rue89Lyon, à droite) lors d’un débat organisé par Acrimed en 2018

Vous ne faites pas qu’écrire des articles, vous animez des ateliers ou participez aussi à des débats. Certaines de vos interventions ne semblent pas neutres : participation à de l’éducation aux médias, ateliers d’écriture notamment à la Duchère. Une volonté d’indépendance, certes, mais aussi une volonté d’engagement dans la cité (au sens large) ?

Notre engagement dans la ville se traduit en effet aussi par nos interventions en éducation aux médias. On a lancé, sur le modèle de nos collègues Rue89 Strasbourg, l’opération “Quartiers connectés”. C’est-à-dire des articles de presse tirés de rencontres prolongées et de points réguliers faits avec des habitants de quartiers dits “éloignés” ou “empêchés”. C’est-à-dire populaires et qui, en général, ne bénéficient pas d’une couverture médiatique très valorisante.
L’idée n’est évidemment pas de rendre le paysage idyllique, mais de créer des liens de confiance en expliquant notre démarche journalistique, en formant les gens à cela. Et à en tirer du récit pertinent pour tout le monde. 

Alors que la situation économique de la presse écrite (print ou web) est globalement morose, pourquoi faut-il continuer à croire en elle ?

Parce que l’intérêt de la presse est de révéler des choses, d’alerter, d’informer. Et que c’est un travail long qui ne doit pas se contenter de faire caisse de résonance à des images prises sur le vif. Il y a des erreurs commises, mais arrêtons de parler de “lémédia” en un seul mot. Il y a une offre intéressante, diverse, il suffit de bien viser et de fournir un tout petit effort de comparaison, pas très difficile cela dit, pour entendre les différences de propositions éditoriales.

Et qu’est-ce qui explique la présence à Lyon, selon vous, d’un nombre si important de médias d’info locale, que ce soit en presse écrite, en radio ou en télévision ?

C’est la grande histoire de la presse à Lyon, qui a connu des rédactions étoffées et autonomes du Monde, de Libération, du Figaro. Le petit complexe de Lyon par rapport à Paris se joue là aussi : quel récit on fait de cette ville et qui pour le faire ? Et puis, tout simplement, la vivacité de cette presse correspond à celle du territoire qui est couvert.

Avez-vous des partenariats avec d’autres titres, lyonnais ou ailleurs ? Comment se manifestent-ils ?

On est très copains avec le Petit Bulletin, avec qui on a notamment mené le seul débat opposant tous les candidats à la mairie de Lyon en 2020, sur des questions de politique culturelle. Avec Heteroclite (mensuel gratuit gay mais pas que) également, dans le même univers de presse magazine. On a des rapports plutôt confraternels avec l’ensemble des titres. Pendant un temps, dans la matinale de BFMTV Lyon, au moins un article par semaine de Rue89Lyon était repris et mis en avant. J’ai du respect pour les journalistes qui bossent sur l’info locale dans des conditions pas toujours simples, ou dans des structures qui, à l’inverse de la nôtre, sont des paquebots compliqués à comprendre et à faire bouger.

Top 89

Quel est l’article qui a le mieux marché ?

Pour tout te dire, on a changé de versions du site plusieurs fois et les compteurs sur des articles qui étaient à des centaines de milliers de vues sont retombés à zéro, à plusieurs reprises. Donc je ne peux pas dire depuis 11 ans, celui-là c’est le “best”. Il y a eu des articles qui ont “cassé les internets”, comme on dit, qui ont fait des scores de folie et très vite, qui nous ont demandé un gros SAV aussi. Au plus fort des actions menées par la Manif pour tous notamment, avant que le mariage gay ne soit entériné, un témoignage sur ce qu’on a appelé le “train de la haine”. Nos papiers sur l’extrême droite radicale sont très lus, on est très attendu là-dessus, tant sur les enquêtes, les reportages que sur les analyses. Mais aussi des témoignages de personnes qui racontent des tranches de vie, des modes de consommation, qui témoignent de notre temps -c’est notre patte à nous depuis le début et souvent, c’est très lu, très partagé. Nos papiers sur la situation dans la ville au moment du premier confinement, dans cette sidération face à la pandémie de Covid qui s’étendait, ont aussi été très utiles, je crois.
Pour aller sur des choses plus récentes, je citerais une enquête de longue haleine sur une situation d’emprise et de violences sexuelles au sein du département cinéma de Lyon 2, avec les témoignages à visage découvert d’au moins quatre femmes devenues réalisatrices ou professionnelles installées. Une situation connue de tous depuis 30 ans. L’enseignant en question, un ponte, a fini par être suspendu, après nos articles publiés en septembre dernier.
Il y a une expression que j’aime bien même si elle est un peu trop utilisée en ce moment, c’est le journalisme d’impact. Qu’est-ce que nos infos publiées modifient éventuellement dans la cité ? Qui s’en empare et pour quoi ?

Si l’on excepte ceux avec les photos de vos séminaires-piscine, l’article dont vous êtes le plus fier ?

Ah, voilà la question à laquelle il est impossible de répondre. Choisir un seul article parmi les centaines et même les milliers publiés, c’est trop difficile. Tu peux dire lequel tu préfères de tes enfants, ou de tes meilleurs amis ? (rires)

– vous avez des visuels, pour illustrer le passage sur la carte interactive ?
– non, pas encore, mais t’as qu’à mettre la photo de notre séminaire annuel de rentrée à la piscine.
– t’es sûr ?

Le secret honteux de la rédaction, mais il y a prescription ?

Très honnêtement, on a des profils de journalistes assez sérieux et sérieuses. On rigole beaucoup bien sûr, et heureusement, car sinon ça n’aurait pas tenu 10 ans, mais il règne souvent dans la rédaction un silence studieux. 
Par exemple, on essaie de se nourrir sainement (toujours des amandes et du chocolat noir sur la table commune) et de conserver un équilibre psychologique pour ne pas dérailler -c’est vite possible dans ce métier. L’équilibre sanitaire, je te disais donc, mais c’est là qu’arrive le truc honteux, puisqu’on a retrouvé du houmous avec une DLC de 2012 dans le frigo… Et on était en 2019. Bon, voilà, il nous est arrivé de faire le nettoyage du frigo de façon trop rapide je dirais. Mais depuis tout est réglé : on a lancé des tours de ménage. Okay ils ne sont pas du tout respectés.

Le scoop fictif que vous auriez aimé publier ?

Personnellement j’adorerais qu’on ouvre des espaces à la fiction. On l’avait un peu expérimenté avec un concours de nouvelles sur ce que pourrait être une ville comme Lyon en 2050, et l’édition d’un recueil… Mais tu parles d’autre chose je n’élude pas la question ! On pourrait imaginer différents sujets… Un truc lourd, comme la révélation du déversement délibéré de produits polluants dans le Rhône, par une boîte de la région. Ou la participation d’un politique local de première catégorie à un réseau de blanchiment d’argent. Ou un scoop qui nous aurait mis mal à l’aise mais que, je crois, on aurait sorti, avec quelques critères d’intérêt général tout de même : une romance entre un élu local et une chanteuse de variété célèbre. Peut-être que ce n’est pas aussi fictif qu’il n’y paraît d’ailleurs. Enquête en cours…

Comment voyez-vous Rue89Lyon dans 10 ans ?

Comme un site d’info avec une rédaction solide qui sera en capacité de fonctionner en dehors de ceux qui l’ont créée (mais avec eux quand même s’ils sont encore là), avec de nouveaux projets d’événements qui font sens dans cette ville. Comme un site d’info incontournable qui est cité quand il est repris (pillé) par les confrères au national. Comme un acteur local de l’éducation aux médias. Tout est encore possible d’ici dix ans.

5 réflexions sur “10 ans de Rue89Lyon : « Notre équipe est nécessairement couteau suisse »

  1. Salut Tonio,
    La lecture de tes articles est l’un des seuls moments où à mon habitude sur le web, je zappe d’onglet à onglet.
    Je prends le temps comme pour la lecture d’un article papier et il le faut car tes interviews foisonnent d’infos.
    Je connaissais pas toute la genèse de la création de Rue89Lyon et je ne me doutais pas qu’il s’agissait d’une entreprise indépendante « sous franchise » Rue89 comme les collègues d’autres villes. J’ai souvent parcouru en 10 ans leurs articles.
    Un pure player de qualité mais sur lequel, je ne vais que lorsque j’ai un lien sur les RS sur un sujet qui m’intéresse. Vous parliez du Progrès plus haut mais j’ai encore ce réflexe d’aller les consulter par facilité avec leur appli. Et dans le même ton, je dévore les articles de Arrière court à chaque fois que je reçois un de leurs articles dans ma boite mail.
    A tout bientôt.

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