Le macLYON réussit la reconquête de son (jeune) public

Après des retrouvailles contrariées par les fermetures ou les contraintes sanitaires fortes, le macLYON a concocté jusqu’au début de l’été une programmation variée qui réserve une belle place aux enfants. Et qui parvient à toucher tous les publics avec simplicité, si l’on excepte Thameur Mejri, un peu plus ardu. Un bol d’air salutaire.

Il y a une dizaine de jours, le MAC ouvrait ses portes pour l’inauguration publique de sa nouvelle exposition. Une expo qui se méritait : une visite ministérielle de dernière minute stoppait les bus à plusieurs arrêts du site, et les accès par le Parc de la Tête-d’Or s’avéraient bloqués par la présence de nombreuses forces de l’ordre. Le détour effectué pour enfin accéder à l’entrée, la visite pouvait enfin commencer.

La défense de la culture va un peu loin, parfois.

Nous sommes accueillis par les désormais traditionnels crossover, confrontations des visions de deux artistes. Pour ce 3e épisode dédié au jeu sur la théâtralité du corps , la vidéo de Bruce Nauman, qui joue avec sa jambe, est prolongée par les sculptures de l’annécien David Posth-Kohler.

L’installation du 1e étage une histoire de famille, Collection(s) Robelin regroupant 250 œuvres de cette famille de collectionneurs collectées sur un demi-siècle n’est prévue que pour le 20 avril (spoiler alerte, du Fluxus est au programme !), mais il y a suffisamment à faire aux étages supérieurs.

Direction le 3e étage pour la masterpiece de cette exposition : La Ventriloque rouge de l’artiste sud-africaine Mary Sarabande. Arrivée en pénombre par l’arrière d’un décor de théâtre. Lorsque l’on s’y introduit, on découvre une meute de chiens-zombies ocres menaçants, estropiés et décharnés, spectateurs d’une figure féminine au visage noir et à la longue robe pourpre aérienne mime de ses mains en ombre chinoise… le museau d’un chien. Contraste frappant de l’infantilité de la forme projetée et des corps canins abîmés prêts à attaquer, et de la superbe douceur du personnage évanescent.

Par son geste et ce trompe-l’œil de l’ombre chinois ronde et inoffensive, l’artiste engage le constat que la situation a peu changé économiquement et socialement pour la majorité noire : en dépit de la fin officielle de l’apartheid, la ségrégation perdure, et dont la tension du rouge qui enveloppe l’atmosphère de cette installation symbolise la violence. Et nous, spectateurs, sommes invités à nous positionner au centre de cette scénographie, entre les deux protagonistes, sans possibilité de les réunir dans notre champ de vision. Une œuvre magnétique.

Dans une certaine continuité, le 2e étage nous propose un autre artiste à la proposition politique : le tunisien Thameur Mejri, à travers Jusqu’à ce que s’effondrent mes veines (Etats d’urgence) interroge l’état de la Tunisie actuelle, de sa jeunesse en plein doute face à une époque mondialisée et une nation en pleine crise démocratique depuis la révolution du Jasmin en 2011. On vous avoue quand même que, pour Mejri, la visite commentée sera bien utile pour déchiffrer ses toiles aux symboliques et corps enchevêtrés. Pas la salle la plus accessible de la programmation.

Bien plus rassembleur et rafraichissant, et toujours au 2e étage, l’autre point d’orgue de cette exposition : Little odyssée, à destination du jeune public. Une réussite, dans cette démarche de pédagogie et de découverte nécessaire à l’art contemporain pour rencontrer son public, et qui va de paire avec la démarche municipale de faire de Lyon une ville à hauteur d’enfant. D’ailleurs, pour rappel, l’entrée au MAC est gratuite pour les mineurs.

Annoncée pour les 0-11 ans, les différentes salles proposent des œuvres de la collection et qui se révèlent pleines d’imaginaire et d’interactivité (injonctions à effectuer des positions avec les œuvres, live painting, ateliers dessin). Et tendent à montrer que l’art, en soi, peut tout autant se révéler ludique qu’accessible comme en attestent en fin d’exposition les décors méticuleusement peints sur des boites d’allumettes, une performance que chacun pourra reproduire chez soi avec ses enfants.

Bref, pour cette exposition programmée à l’heure du déconfinement, le macLYON réussit son retour avec cette série de propositions qui s’adresse à toutes les générations de visiteurs. Programmée jusqu’au 10 juillet 2022, elle couvrira donc ces vacances scolaires de février ainsi que de Pâques, et on lui souhaite vivement de retrouver notamment son jeune public.

macLYON

Quatre programmations à voir du 11 février au 10 juillet 2022
Plus d’informations sur le site du macLYON

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.