Festival Peinture Fraîche : le street-art peut-il rester un art populaire ?

Le festival Peinture Fraîche a ouvert ses portes et celles de la Halle Debourg à Lyon. Dédié au street-art, l’événement illustre autant la riche variété des artistes programmés que le grand écart d’un art de rue qui s’éloigne progressivement de son public populaire en intégrant le marché de l’art.

Depuis le 2 mai, la Halle Debourg connaît une nouvelle vie en devenant le centre névralgique du festival Peinture Fraîche. Dédié au street-art, cet événement est co-organisé par l’asso Troi3 et le groupe Unagi. Ce dernier, éditeur de titres bien connus localement (Le Petit Bulletin, Spot) continue sa diversification au-delà des médias, après l’organisation du très récent Lyon Bière Festival, ou des partenariats avec l’équipe de Lyon City Crunch.

Marc Renau (Unagi) et Cart'1 (asso Troi3), co-organisateurs du festival Peinture Fraiche, lors du vernissage de l'exposition.

Marc Renau (Unagi) et Cart’1 (asso Troi3), co-organisateurs du festival Peinture Fraiche, lors du vernissage de l’exposition.

La direction artistique du festival a été confiée à Cart’1 (Association Troi3) qui a amorcé la visibilité du street art à Lyon depuis plusieurs années avec Trublyon ou Wall Drawing, deux autres événements dédiés à cet art. Le graffeur globe-trotteur a ramené dans ses bagages des artistes du monde entier comme les portugais Hazul et Bordalo II, la canadienne MissMe (Canada) ou le performeur américain Skeleton of Color, etc.
Les lyonnais ne sont pas en reste et occupent 33 strapontins sur les 69 invités, soit près de la moitié. En étendant le périmètre à la région Auvergne-Rhône-Alpes avec les artistes de Grenoble ou Saint-Étienne, ce sont 48 artistes locaux qui sont présentés, soit quasiment 70 % de la programmation.
Si on continue sur les stats, les Français représentent au total un contingent de 56 nominations, soit plus de 80 % de ce festival international.

Skeleton of Color, performance lors du vernissage de Peinture Fraîche.

Skeleton of Color, performance lors du vernissage de Peinture Fraîche.

Avec un prix d’entrée fixé à 4€ (et gratuit pour les moins de 12 ans) et l’organisation de nombreux ateliers pour les kids, in situ et hors les murs, Peinture Fraîche permet à la plupart des publics d’accéder à un panel de fresques très varié. Et le sous-sol propose quelques bijoux comme « Sweet Nigthmare » de Monsta, tout en se méritant : selon l’affluence, prévoir jusqu’à quasiment une heure d’attente.

"Sweet Nigthmare" de Monsta

« Sweet Nigthmare » de Monsta

Nombrilyon

Le festival n’est cependant pas exempt de tout reproche, si l’on cherche un peu à pinailler : on pourra mégoter sur la (trop ?) grande place réservée aux lyonnais et aux Français dans un festival annoncé pourtant comme international. Et, toujours concernant les lyonnais, questionner l’importance donnée aux talentueuses têtes d’affiche que sont les Big Ben, Don Matteo, Cap Phi et autres (liste non exhaustive) mais que l’on a vus et revus, et qui, pour certains, peinent parfois à se renouveler.

Si t’as pas ton Ememem à 7 800€ avant 50 ans, t’as raté ta vie.

Le street-art, un art de moins en moins populaire ?

L’autre critique portera sur les prix des œuvres mises en vente : du Big Ben à 4 000€ ou du Ememem à 7 800€, des tarifs délirants même si on ne peut pas non plus leur reprocher de vouloir vivre de leur art-passion (tarifs qui contrastent avec cette entrée à 4€, qui justifie la forte fréquentation de ce samedi 4 mai, comme nous l’avons constaté avec plaisir). Ces prix n’étaient pas affichés lors du vernissage de jeudi, mais le choix de Pignol comme traiteur était déjà un signe annonciateur.

Une visite un peu teintée d’amertume, donc, à cause de ces tarifs des œuvres. Dans le même temps, l’ex-lyonnais et néo-stéphanois totipote expose à Stamtich (2, rue Berthelot, Lyon 7), avec des œuvres en vente entre 20€ et 150€.

Totipote, au Stamtich jusqu’à fin juin.

Lors des journées professionnelles inaugurales, une conférencière s’inquiétait de la marchandisation et de l’institutionnalisation du street-art. Ancré dans les quartiers populaires, il s’invite de plus en plus sur le marché de l’art dans des proportions financières qui interrogent. Le festival Peinture Fraîche semble parfaitement synthétiser la situation.

Petite visite en image du lieu, qui vaut le détour quand on aime les sites industriels :

Peinture Fraîche est aussi hors les murs : ici, l’autopont de Perrache en cours de réhabilitation par Kid Kréol et Boogie.

Publicités

4 réflexions sur “Festival Peinture Fraîche : le street-art peut-il rester un art populaire ?

  1. Salut Antoine et merci pour cet article d’une expo que j’ai vraiment envie de visiter vu les belles images que j’ai pu voir circuler sur les réseaux.
    Ton titre est assez évocateur de l’esprit que je me fais de l’art contemporain en général, c’est pas populaire pour un sou à mes yeux.
    Du coup, le Street-Art permet une autre approche du monde de l’art. Ce mode d’expression est séculier et vit au rythme de l’endroit où l’artiste jette son dévolu. Accessible H24, on la comprend tout de suite qu’on adhère ou pas au mode d’expression choisi par l’artiste. Des gens comme emenem ont pris un concept de réparer le quotidien avec poésie.
    Alors qu’ils gagnent leur vie en vendant cela ne me dérange nullement par contre, l’inspiration trouvée dans la rue serait-elle toujours la même s’ils ne faisaient par la suite que des œuvres hors sol destinées aux galerie ?

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.