Nicolas Barriquand, Mediacités Lyon : “nous n’avons pas varié sur le modèle économique, basé uniquement sur les abonnements”

Déjà cinq ans que Mediacités propose ses enquêtes à Lille, Nantes, Toulouse et Lyon. Un avenir qui s’éclaircit, après une campagne d’abonnement réussie avec plus de 2 000 nouveaux abonnés. Il faut dire que la rédaction ne ménage pas sa peine : outre les enquêtes traditionnelles, elle propose aussi des débats avec experts et élus, suit l’application des promesses des campagnes municipales, répond aux questions des lecteurs à défaut de les rencontrer – COVID oblige…

Nicolas Barriquand, le rédacteur en chef de la rédaction de Lyon, dévoile les coulisses d’une rédaction qui associe ses sociétaires aux décisions, et analyse ce que l’arrivée des Verts aux manettes a changé – ou pas – dans la relation des élus avec la presse locale. Avant de nous présenter comment Mediacités va aborder la présidentielle, un scrutin national qui est toujours un défi pour la presse locale.

Nicolas Barriquand, rédacteur en chef de Mediacités Lyon, et Jacques Trentesaux, directeur de la publication de Mediacités, lors d’une rencontre avec les lecteurs en 2018

Le financement et l’organisation de Mediacités

Mediacités est apparu à Lyon en mai 2017. Quel bilan tires-tu de ces plus de quatre ans entre Rhône et Saône ?

On pourrait dresser deux bilans, après un presque « quinquennat ». Un premier, économique, qui indique qu’on a beau avoir de plus en plus d’abonnés mois après mois, on n’est pas encore à l’équilibre. D’où la campagne de mobilisation – réussie – qu’on a menée jusqu’à Noël, pour permettre à Mediacités de tenir jusqu’au moment où on arrivera à l’équilibre économique. 

Cette campagne est un peu révélatrice de l’autre facette du bilan : beaucoup de gens pensent que c’est gagné pour nous parce qu’on est là depuis quatre ans, et donc qu’on serait là pour toujours. Or, si le pari éditorial est réussi, le pari économique, commercial, ne l’est pas encore. 

Le bilan est donc mitigé car on n’est pas sauvé. Mais Mediacités est maintenant connu et reconnu dans le paysage médiatique local, auprès de ceux qui suivent l’actualité locale comme auprès des décideurs ou des élus.

Malgré des campagnes de levées de fonds importantes et fructueuses par le passé ?

Oui, malgré cela, car réaliser des enquêtes, cela représente du temps et donc un certain coût. Depuis le départ, nous n’avons pas varié sur le modèle économique, basé uniquement sur les abonnements – sans publicité, sans annonces légales, sans subventions de la part des collectivités. Les campagnes de mobilisation nous permettent de gagner du temps. 

On croit toujours que c’est un bon modèle, parce qu’il est sain pour assurer l’indépendance du journal. Initialement, on pensait atteindre l’équilibre économique au bout de trois ans. En réalité, il nous faudra sûrement deux fois plus de temps. Mais cela ne remet pas en cause, à notre sens, la pertinence du modèle par abonnement.
L’équilibre économique de Mediacités (si on reste constant en nombre d’articles publiés par semaine et en nombre d’éditions) se situe aux alentours de 8000 abonnés. Après la campagne de l’automne dernier pendant laquelle 2200 lecteurs ont franchi le pas, nous comptons aujourd’hui environ 6000 abonnés.

Lorsque nous avons lancé cette opération mi-septembre 2021, on a vu un certain nombre d’anciens abonnés se réabonner, et arriver de nouveaux qui lisaient déjà Mediacités par des moyens détournés (par les revues de presse des collectivités notamment) mais qui n’avaient pas conscience de la situation financière du journal. Ils ont eu ce réflexe : “On veut continuer à vous lire, et pour ça, il faut que vous puissiez continuer à exister”. Il y a une part de soutien dans cette démarche de s’abonner.

Vous aviez organisé par le passé d’autres campagnes de financement, et des interventions ou des rencontres publiques avec les lecteurs, des débats lors de projections de films… Cette campagne achevée va-t-elle s’accompagner d’événements en “présentiel” auprès des lecteurs ?

Ces divers événements ont été mis en sommeil à cause du Covid forcément, mais on souhaite les reprendre petit à petit.

On a par exemple un partenariat avec l’Aquarium Ciné-Café, situé à la Croix-Rousse, avec un rendez-vous tous les deux mois. Le principe est de projeter un film de fiction, jamais un documentaire, dont le thème résonne avec des publications de Mediacités, puis de prolonger la séance par un débat avec le public et des invités. On a par exemple organisé une soirée autour du film Hippocrate, qui se passe dans le milieu hospitalier, dans le prolongement d’enquêtes sur les Hospices civils de Lyon. La prochaine est programmée le 20 janvier et tournera autour de la pratique du pouvoir, avec la diffusion du film L’exercice de l’Etat, avec, comme invité, l’ancien député et ex-secrétaire d’Etat Thierry Braillard. Quand on le pourra, on souhaite aussi ré-organiser des apéros lecteurs, sans thème précis, juste avec l’idée de revenir sur les dernières publications et de se rencontrer. 

Et on va par ailleurs continuer le format d’émissions en direct et en ligne qu’on avait lancé pendant le confinement. Ça a l’avantage d’être très léger d’un point de vue technique, avec une webcam et une plateforme logicielle qui donne un bon rendu. On va donc le continuer dans le cadre du suivi de Radar, notre rubrique de suivi des promesses électorales, comme ce fut le cas sur le chantier du Grand Lyon de création d’une régie publique de l’eau. On a aussi réalisé fin décembre une émission qui clôturait en beauté le thème de l’alimentation en présence de deux des journalistes pigistes qui avaient participé à cette série d’articles, ainsi que des experts du groupe de lecteurs qui nous ont conseillés pour l’occasion. On va essayer de rééditer ces événements un peu plus souvent.

Dans la continuité de cette volonté de tisser un lien, peux-tu nous présenter le système de sociétaires mis en place par Mediacités ?

Cette Société des Amis* (SDA) continue de grandir mois après mois : elle compte aujourd’hui 122 sociétaires. C’est une société qui a une existence propre et qui vit à côté de la société éditrice de Mediacités. Elle a un capital variable qui lui permet d’accueillir à tout moment un nouvel actionnaire sociétaire. 

La raison d’être de la SDA est d’être présente au capital de la société de Mediacités (elle est représentée au conseil d’administration du journal) et d’accompagner son projet. Pas d’un point de vue éditorial stricto sensu, dans la mesure où la SDA n’intervient pas directement sur le contenu éditorial, mais ses membres peuvent être consultés, associés à des réflexions par exemple sur l’ouverture d’une cinquième ou sixième ville dans le futur, ou à des projets très concrets comme l’élaboration d’une charte éditoriale… Autre exemple : on a actuellement une réflexion sur la place des femmes dans les contenus de Mediacités, et dans ce cadre nous avons eu une séance de formation par une des sociétaires qui nous a sensibilisés aux clichés de genre dans l’écriture de nos articles. Plusieurs membres de la SDA ont aussi consacré du temps à quantifier la place des femmes et des hommes dans nos articles, c’était très instructif ! Il en ressortait que parmi les personnes citées dans les articles de Mediacités, on trouve deux tiers d’hommes et un tiers de femmes, avec des nuances d’une édition à l’autre. On fait un peu mieux que la moyenne nationale issue d’une récente étude qui concluait à un ratio de 80% d’hommes et 20% de femmes, mais il y a donc une importante marge de progression, des choses sur lesquelles on peut agir : donner davantage la parole à des expertes, aller chercher plus d’interlocutrices… Il y a aussi des choses sur lesquelles on ne peut pas agir : parmi les décideurs politiques et économiques, qui sont pour nous des sujets autant que des interlocuteurs, on est encore loin de la parité. Si on enquête sur GL Events par exemple, le patron s’appelle Olivier et non Mireille (rires). Bref, cette réflexion sur la place des femmes dans les articles de Mediacités a été amenée par la SDA. 

Cette société n’est donc pas uniquement un véhicule financier pour les gens qui veulent investir dans Mediacités au-delà d’un simple abonnement. Elle est aussi une démarche originale qui nous force à lever le nez du guidon et à réfléchir avec des gens qui nous lisent, qui ont un pied dedans et un pied dehors.

*NDLA : SDA dont votre humble serviteur est membre

Est-ce que la presse écrite ne devient pas un espace de niche, face aux chronophages télévision, radio, mais aussi les réseaux sociaux ou Netflix ? Comment garde-t-on la foi dans l’écrit ?

Difficile de répondre à cette question… C’est certain qu’au début du XXe siècle, la presse écrite se vendait par millions d’exemplaires, c’était encore le cas, il y a quelques décennies, pour la presse régionale. Beaucoup de foyers achetaient le journal local, même si ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le Monde vend à 420 000 exemplaires, L’Equipe à environ 200 000, Libé est maintenant sous la barre des 100 000 exemplaires… Incontestablement la presse écrite papier vit ou a vécu une période de déclin. 

Mais la presse écrite ne se limite plus, depuis longtemps, au papier. Mediacités est par exemple exclusivement numérique, mais je nous range dans la case “presse écrite”. Je regarde aussi avec beaucoup d’intérêt ce que fait Le Progrès avec Asapp. Comment classer ce truc-là : est-ce toujours de la presse écrite car ce sont des journalistes du groupe du Progrès qui sont derrière ? Est-ce un media audiovisuel, car une place importante est accordée à l‘image, en reprenant les codes d’Instagram ? J’ai du mal à répondre. 

On sait qu’un monde s’est écroulé, celui de la presse papier distribuée dans les maisons de la presse. Mais un autre monde est en train d’émerger, qui tente beaucoup de choses différentes. Je ne sais pas si un modèle va s’imposer, peut-être qu’il n’y aura pas de modèle dominant finalement. Mais la nature du métier de journaliste ne change pas : on recueille des infos, on les vérifie, on rencontre des interlocuteurs et on met tout cela en forme pour aider nos lecteurs/auditeurs/internautes à comprendre le monde tel qu’il va ou ne va pas. Ce qui a changé, c’est qu’on cherche et qu’on expérimente de nouveaux canaux pour toucher ses lecteurs.

Nicolas Barriquand (Mediacités Lyon) et Laurent Burlet (Rue89Lyon) lors d’un débat organisé par l’Acrimed en 2018

Des titres locaux indépendants comme Rue89Lyon ont choisi de publier les annonces légales, et ce sujet des annonces légales peut être parfois sensible dans la profession. Vous avez choisi de ne pas les publier. Quelle est votre position sur cette indépendance protéiforme de la presse locale ?

Le terme de “média indépendant” n’est pas une formule déposée à l’INPI, chacun peut y mettre ce qu’il veut. Notre vision de l’indépendance à Mediacités, c’est :

  1. le contrôle de la société par ses journalistes fondateurs, 
  2. l’absence de publicité et d’annonces légales dans nos pages
  3. le refus de subventions de la part de collectivités locales ou de fondations d’entreprises. C’est aussi refuser de s’engager dans de l’événementiel qui implique des partenariats avec des collectivités. 

Donc effectivement, on ne souhaite pas publier d’annonces légales sur Mediacités car cela ne semble pas compatible à notre conception de l’indépendance. 

Dans un article du 4 janvier 2022, le magazine L’Offre Media informe d’un “décret publié le 15 décembre 2021 [qui] institue une aide au pluralisme des services de presse tout en ligne (SPEL) d’information politique et générale. Ce nouveau dispositif, doté de 4 millions d’euros par an, s’inscrit dans le cadre du plan de filière «presse»”. Allez-vous solliciter ce fonds national à destination de la presse en ligne ?

Non, on n’en a pas encore parlé entre nous. Pour tout te dire, tu m’apprends son existence.

La politique lyonnaise : un avant et un après 2020 ?

As-tu perçu une différence entre l’ancienne et la nouvelle majorité dans les relations avec la presse ?

Je répondrais plutôt non. D’abord, un certain nombre de responsables presse des mandatures de Gérard Collomb et de David Kimelfeld sont restés en poste plusieurs mois après l’arrivée des écologistes, notamment à la ville de Lyon. Au cabinet de Grégory Doucet, il y a depuis eu un renouvellement et l’équipe me paraît plus réactive qu’avant quand on les contacte. C’est moins vrai du côté de la Métropole… Pour prendre un exemple : on a demandé le même type de documents administratifs à la ville et au Grand Lyon, des documents dont j’avais bien conscience qu’ils pouvaient être un peu longs à réunir en interne. La ville a fait le boulot, pour la Métropole, j’attends toujours. J’ai d’ailleurs saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) pour les faire bouger et qu’on m’assure que ma demande sera bien traitée.

Et avec les membres de l’ancienne majorité dorénavant dans l’opposition, les rapports ont-ils changé ?

Forcément. On n’a pas les mêmes rapports avec les élus selon qu’ils sont dans l’opposition ou dans la majorité. Typiquement, des élus passés dans la majorité sont moins bavards que quand ils étaient dans l’opposition, et vice-versa. C’est toujours plus simple de faire parler un opposant que de faire parler un adjoint.

C’est assez frappant avec certains adjoints ou vice-présidents au Grand Lyon, qui ont été longtemps dans l’opposition ou dans l’ancienne majorité composite de Gérard Collomb ou David Kimelfeld, sans avoir été vraiment au cœur de la décision politique. Auparavant, ils nous parlaient facilement, maintenant qu’ils sont pleinement dans cette majorité, ils ont acquis d’autres réflexes dans leurs rapports avec la presse. Bref, ils se sont mis à faire un peu de langue de bois, à renvoyer systématiquement vers la com’. C’est dommage… Je constate que ce n’est pas parce que la mairie ou la métropole sont devenues vertes que le contrôle de la communication s’est desserré. Et la communication, cela reste toujours un obstacle sur nombre de dossiers quand on est journaliste.

C’est pour ça que je sens certains Verts frileux pour faire avancer le débat sur la publicité avant séance du contenu précis des délibérations votées en conseils municipal ou métropolitain, d’autant plus que l’opposition leur tape dessus dès qu’ils lèvent le petit doigt.

Oui mais je trouve que c’est un mauvais argument. J’ai eu des échanges avec des élus Verts, qui me disaient “vu l’opposition qu’on a face à nous, on préfère ne pas trop vous en dire”. Ce n’est pas recevable ! Encore moins quand tu représentes un parti qui prône la démocratisation et la transparence de la vie publique.

Concernant cette mise à disposition des projets de délibérations – que l’on publie en amont des conseils sur Mediacités, depuis quelques mois -, c’est peut-être un peu utopique de dire ça, mais si on veut lutter contre l’abstention ou le désamour des citoyens envers les responsables politiques, très modestement ce genre de petite mesure peut contribuer à lutter contre cette défiance. Et je ne vois pas ce qu’il y a à cacher, en fait. À partir du moment où ces documents sont communiqués aux élus d’opposition, pourquoi ne pas les mettre à disposition des citoyens qui sont directement concernés ? 

J’avais échangé avec un membre des équipes de l’opposition du mandat précédent, qui tenait une position d’entre-deux, sur ce sujet : il considérait qu’une délibération est un document de travail tant qu’elle n’est pas votée, et c’est à partir du moment où elle est votée qu’on pourrait la rendre publique. le problème de cela, c’est que si la délibération touche à un sujet important ou très impactant, on ne sensibilise pas la population en amont. Tout comme cela pourrait amener un rejet au vote de la délibération après une remontée populaire très négative. Rendre publique une délibération avant son vote, ça peut tout autant la propulser que la bloquer, au final.

C’est vrai, mais on peut aussi supposer que les citoyens sont suffisamment intelligents pour comprendre qu’il s’agit d’un projet de délibération et que tant qu’elle n’est pas votée, ce n’est pas un fait politique. Faisons le parallèle avec l’Assemblée nationale : les propositions de loi sont publiques et on peut consulter les amendements en temps réel. Toutefois, j’ai bien conscience que ce n’est pas seulement en rendant publiques les projets de délibération qu’on fera reculer l’abstention… 

Presse locale et présidentielle

Allez-vous traiter la présidentielle, et si oui sous quel angle, dans quel dispositif ?

Oui, on va le traiter à notre manière, en enquêtant avec une approche locale.

Il y a deux grandes lignes dans le traitement qu’on imagine : d’une part, suivre les personnalités lyonnaises, lilloises, toulousaines et nantaises qui sont impliquées dans la présidentielle. A Lille, les collègues se préparaient à suivre Xavier Bertrand… Bon, c’est un peu loupé ! À Nantes, on va regarder de près ce que fera la maire Johanna Rolland, impliquée dans la campagne d’Anne Hidalgo. Ici, à Lyon, on s’intéressera au rôle que Laurent Wauquiez jouera auprès de Valérie Pécresse, ou aux écologistes impliqués dans la campagne de Yannick Jadot. 

D’autre part, on souhaite garder à l’esprit qu’il y a aussi les élections législatives dans la foulée de la présidentielle. D’ailleurs, dans les partis, on s’agite déjà pour savoir qui se présentera dans telle ou telle circonscription. En termes de suivi d’actu politique, notre préoccupation sera de donner la place qu’elles méritent aux législatives, de lutter contre le rouleau compresseur médiatique qu’est la présidentielle.

Enfin, le temps de la campagne présidentielle, on repositionnera “Veracités”, l’outil qui permet à des lecteurs de poser des questions à la rédaction, mis en place pour les municipales, sur ce scrutin. Il sera rebaptisé “Veracités 2022”.

Ceci dit, pour les médias locaux, le traitement de la présidentielle reste un défi. Comment se situer, quand on est un journal local, dans une actu nationale ? Je pense qu’on a une carte à jouer à travers des enquêtes illustratives. Exemple : en novembre dernier, on a publié une longue enquête de Mathieu Périsse sur le désert médical psychiatrique à Vaulx-en-Velin, sachant qu’en septembre s’étaient déroulées les Assises de la Psychiatrie et de la Psychologie, puis la publication d’un rapport inquiétant sur la santé mentale des enfants. C’est un bon exemple d’un sujet national d’importance, malheureusement relégué derrière des sujets qui écrasent tout (immigration, sécurité), qui se prête à un traitement médiatique local.

Il y a aussi des sujets locaux qui peuvent avoir une résonance à l’échelle nationale. Par exemple, quand Xavier Bertrand annonçait qu’il luttait efficacement contre le chômage dans sa région, en mettant à disposition des véhicules aux chômeurs longue durée : on avait fait une enquête pour décortiquer le dispositif. Au final, il bénéficiait à très peu de demandeurs d’emploi.

Va-t-on revoir des enquêtes croisées qui vont comparer un même thème dans les villes où vous êtes présents ?

On ne l’a pas fait depuis un moment, mais oui. Ces derniers temps, on a plus dupliqué sur une autre ville une enquête menée dans une première ville (comme par exemple sur “les forêts urbaines” : le même journaliste s’est intéressé à ce type de projets à Lyon, Nantes et Lille), mais on n’a pas cherché à refaire de gros dossiers comparatifs comme on l’avait fait sur la vidéo-surveillance il y a un an ou les pesticides à l’échelle de nos régions. 

On a toutefois adopté un traitement multivilles ces derniers mois sur l’alimentation, une préoccupation citoyenne croissante qui prend petit à petit de l’ampleur dans le champ politique (remember la polémique sur les cantines scolaires de Lyon…). Il y a eu une prise de conscience de certains élus locaux que l’alimentation est aussi une question sociale. C’était un sujet très présent dans le programme des Verts pour les municipales, mais aussi chez les autres candidats, avec la question du bio et du local dans les menus des cantines, la création de maisons de l’alimentation. Des promesses qu’on suit via Radar

5 more years : le quizz Mediacités

Quel est l’article qui a le mieux marché ?

Tout dépend de ce qu’on met derrière “mieux marché”. C’est une question que l’on se pose beaucoup en interne : sur quelles bases décide-t-on qu’un article a rencontré du succès ? Quand il a dépassé 20 000 vues, même si on ne cherche pas à faire du clic parce que notre modèle économique ne repose pas sur le nombre de vues ? Parce qu’un article a généré des abonnements ? Mais c’est très difficile pour nous de savoir si un lecteur s’est abonné pour un article en particulier… Est-ce qu’on ne s’abonne pas plutôt à Mediacités pour une somme d’articles ? Faut-il sinon se focaliser sur des articles qui ont fait le buzz, comme celui sur l’école hôtelière Vatel, qui avait beaucoup tourné parmi ses anciens élèves ? Ou l’enquête sur le docteur Freyer, professeur de la faculté de médecine Lyon Sud, dont les propos ont débouché sur une enquête de l’inspection générale et dont on a suivi les suites de l’affaire ? Pour quand même te donner une réponse précise, en 2021, l’enquête qui a été la plus consultée est celle sur le promoteur Nicolas Gagneux qui a coupé plusieurs dizaines d’arbres sur la colline de Fourvière, en plein secteur classé. 

L’article dont vous êtes le plus fier ?

C’est difficile d’isoler un article… Parmi les récents, je citerai le papier publié en novembre dernier sur la sage-femme Marie-Agnès Cabot, spécialiste des accouchements à domicile. Je suis très fier de ce papier, signé par Béatrice Kammerer, parce que il était très compliqué à faire, que le parcours du sujet n’est ni tout noir, ni tout blanc. Cette sage-femme, élue aujourd’hui à la Métropole, a arrêté son activité suite à un accident dramatique, la mort d’un nouveau-né, qui a entraîné sa radiation par l’ordre des sages-femmes (Marie-Agnès Cabot a fait appel de cette décision). On a été plus loin que ces deux infos simples, qu’on a d’ailleurs apprises au fil de l’enquête. On aurait pu faire un papier sensationnaliste de type “une élue du Grand-Lyon radiée de sa profession suite à la mort d’un nouveau-né”, cela aurait été facile et on aurait été sûr de faire du clic… Ce n’est pas ce que nous avons fait. Béatrice Kammerer a interviewé beaucoup de gens, cherché de nombreux documents, donné la parole longuement à Marie-Agnès Cabot. Et à travers tous les événements qui lui sont arrivés, on comprend beaucoup de choses sur le phénomène de l’accouchement à domicile, qui concerne un nombre croissant de couples. C’est une enquête très précieuse, qui raconte la société française aujourd’hui à travers le portrait de cette femme. 

J’en suis aussi fier parce que ce n’est pas le genre d’article qu’on s’attend à trouver sur Mediacités. Cet article démontre qu’on peut appliquer une démarche d’enquête journalistique à tout type de sujet.

Je suis aussi fier quand on organise un débat en ligne dans le cadre de Radar autour de la promesse de passer l’eau du Grand-Lyon en régie publique. On avait un opposant opiniâtre,  Louis Pelaez, face à Anne Grosperrin, vice-présidente chargée du dossier, qui est aussi combative. A la fin, les deux étaient satisfaits : “C’est bien qu’on puisse débattre comme ça”. C’est aussi une mission que l’on assigne, de faire vivre ce débat démocratique.

Le secret de la rédaction ?

La moussaka du traiteur syrien qui se trouve à deux pas de notre bureau. Il ne se passe pas une semaine sans qu’avec Mathieu Périsse, l’autre journaliste de la rédaction lyonnaise, on aille remplir nos gamelles et nos panses avec ! 

Le scoop fictif que vous auriez aimé publier ?

Oulah, il ne faudrait pas que je lance une fake news ! “On a trouvé à Lyon le remède contre le Covid pour soigner tout l’humanité en une semaine” ?

Comment voyez-vous Mediacités Lyon dans 5 ans ?

Avec une équipe de journalistes plus étoffée et avec toujours plus de lecteurs et d’articles !

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